‹ Histoire populaire du Canada [microforme]Chapitre 198 sur 289 · DE ER PS EE EN ERS · texte numérisé non relu

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sauvegardé par le fait que le lieutenant-gouverneur trouva un premier ministre pour prendre la responsabilité de son acte. Mais ici surgit la question politique—une particularité beaucoup plus grave dans un pareil coup d'Etat : Letellier était libéral, son ministère était conservateur, Joly était libéral. Les conservateurs furent lésés par le renvoi et invoquèrent la vieille raison libérale qu'il y avait là une infraction aux principes du gouvernement responsable en vertu duquel un gouverneur est censé être lié par ses aviseurs aussi longtemps que ceux-ci ont pour eux la majorité parlementaire. Telle iut l'attitude prise par sir John Macdonald à Ottawa. Cependant, les libéraux d'Ottawa prétendirent que le gouverneur avait été relevé de sa responsabilité par son nouveau premier ministre, et cela semble réellement être la véritable interprétation constitutionnelle, tout en n'étant pas incompatible avec l'exactitude de l’autre. Le débat devint acrimonieux, M. Letellier fut maintenu à son poste, et sa politique approuvée. Cependant, lorsque les conservateurs arrivèrent au pouvoir à Ottawa, quelque temps après, il était inévitable qu’une mesure quelconque fut prise et, en dépit des objections de lord Lorne, lequel croyait que ce serait abaisser la position de lieutenant-gouverneur à celle de l'apanage d’un parti, Letellier fut destitué. Incidement, cette affaire marqua un changement dans les fonctions dü gouverneur-général. Le marquis de Lorne,* qui avait succédé à lord Dufferin en 1878, en soumettant la destitution projetée au Bureau Coloniai, avait reçu avis dans sa réponse qu'il devrait suivre les recommandations de son gouvernement. C'était virtuellement, le dernier pas pour rendre sa position semblable, dans toutes les relations du gouverneur-général avec le cabinet et le Parlement, à

celle du souverain en Angleterre. En même temps, la politique au

* Lord Lorne devint duc D’Argyil en 1900 par ia mort de son père. Lord Dufferin, après avoir servi comme vice-roi de l'Inde et dans d'autres pusitios &« grande importance fut créé marquis de Dufferinet Ava. Il convient

d'ajouter aussi que lord Stanley de Preston, uu gouverneur-générx| subséqrient, devint pius tard, le seizième comte de Derby.

Canada s'était lentement améliorée et la portée des opérations et de l'esprit public s'était agrandie. Elle était encore essentiellement

coloniale et quelque peu étroite, mais elle s'élargissait constamment vers le développement impérial du quart de siècle suivant Nul doute que l'expérience des chefs en formant la constitution, et en la mettant ainsi en pratique et en pleine opération, contribua pour beaucoup à ce progrès.

Depuis la Confédération, MM. Galt, Rose et Hincks, comme ministres successifs des finances, avaient été obligés d'établir un nouveau système financier, de réunir les divers fils de l’expérience provinciale en conflit; de créer un nouveau programme fiscal large et adapté aux diverses provinces et au grand nombre d'intérêts en jeu ;

‘établir vn système de banques féderales. Ce n’était pas une tâche facile. Il fallait de plus considérer le pays d'un océan à l’autre et l'étudier dans ses travaux publics, ses améliorations possibles, ses vastes exigences de facilités de transport, ses réseaux de voies ferrées et fluviales adverses. (Un ministère de la Marine et des Pêcheries, traitant des conditions d'importance internationale et touchant la rivalité américsine sur l'Atlantique, le Pacifique et les grands lacs, dût être ét!‘ :t maintenu. Des questions compliquées de revenu et de tarit!, de relations entre les provinces et avec Îles Etats-Unis durent être considérées. Il fallait régler des points constitutionnels et administratifs difficiles au sujet de l'admission de nouvelles provinces; il fallait satisfaire aux besoins des vastes étendues du Nord-Ouest, contrôler les Indiens et en prendre soin; il fallait organiser ou réorganiser tout le système postal de la moitié d'un continent.

Le premier gcuvernement fédéral :'avait certainement pas une tâche facile à ‘emplir. Il avait à résoudre un bon nombre de grands problèmes tels que la création de la cour Suprême du Canada qui pasta à ses successeurs, En s:.nme, il réussit cependant, et si le

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