‹ Histoire populaire du Canada [microforme]Chapitre 245 sur 289 · CHANGEMENTS A MANITOBA · texte numérisé non relu

CHANGEMENTS A MANITOBA

Les blancs de Manitoba ont eux-mêmes subi des transformations depuis les jours orageux de 1870. L'existence des premiers cultivateurs, qui arrivaient par dizaines, centaines et milliers, pour jouir du sol riche et facile des prairies, n'avait pas été exempte des inévitables difficultés et misères des débuts, surtout à cause des rigueurs du froid des inconvénients des inondations ou des pluies désolantes. Le climat, qu'ils ne connaissaient pas tout d'abord, les portait au découragement ; lasolitudeet de rudestravaux s’y joignaient, et tout cela dans une proportion un peu trop forte. Mais ce n'était rien pourtant comparé aux dangers que couraient les fermiers français et les loyalists du Canada, tant de la part des bêtes sauvages que des Indiens. Enfin, quoiqu'il en fut, la situation tournait au mieux et nous avions maintenant un peuple satisfait de la vie des plaines, aimant l'atmosphère froide des hivers, l'air vivifiant et agréable de cette contrée hygiénique, et captivés par ce sentiment vigoureux de progrès, particulier à l’ouest, où tout vibre dans le sens de l'avancement.

La marche politique de Manitoba avait été d'accord avec ces améliorations générales ; il surgit de ce milieu un problème qui devait secouer jusqu’ à leurs racines les partis et les principes du public

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Canadien. Durant plusieurs années, la politique locale se concentra sur des matières purement d'intérêt restreint et le gouvernement se bornait à réglémenter les écoles éparpillées sur de grandes étendues de territoire à jeter les semences du régime municipal, à introduire les formes constitutionnelles et à sauvegarder les intérêts de la petite population agricole qui se développait. Alfred Boyd, M. À. Girard, H, J. H. Clarke, R. A. Davis et John Ncrquay se succédèrent comme premiers ministres. Après cela vint l'ére des chemins de fer, une gracieuse libéralité du Canada-Est aux provinces-sœurs de l'Ouest. Avec le Pacifique Canadien surgirent les questions de monopole, de droit de contrôle sur les lignes en concurrence, de la nécessité de la compétition, du règlement du tarif de frêt et passage, de la location de branches de chemins de fer additionnelles, et toutes complications incidentes à l'expansion d'une système de transport naissant. Ces problèmes ont été réglés ou trouvent actuellement leur solution sous une forme ou sous une autre. Il y a eu, çà et là, des frictions entre: le gouvernement provincial et le fédéral mais rien de trop vif, sauf peut-être à l’occasion du chemir de fer de la Rivière-Rouge.

Trois ou quatre hommes ont surgi de l'existence politique de cette province qui se sont rendus remarquables. L'archevèque Taché était un pionnier de la religion, doué d’un zèle de missionnaire intense, d'une vigueur au travail qu'il mettait toute au service de l'Eglise, et jouissant d'une très forte influence répandue au loin. Du jour où, en 1845, il franchit en canot et sur des charrettes la distance qui séparait le Canada des rives lointaines de la Rivière-Rouge, il se voua à la tâche pénible et fatigante de parcourir les profondeurs du Nord-Ouest et d'y établir le règne de l'Eglise pour les-temps à venir. Il devint évêque en 1850, atteiwnit le sommet des honneurs ecclésiastiques en 1871 et mourut en 1894 On le trouve identifié aux questions qui agitaient la province dès ses débuts. Il prit une part importante comme médiateur auprès de Riel en 1870, aussi bien que plus tard,

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en 1885, lorsque le même personnage reparut. Notons aussi son attitude décidée dans la question des Ecoles de Manitoba en 1800.

L'archevêque Machray a occupé une position très semblable dans l’histoire de l'église anglicane aux Territoires, depuis sa consécration en 1865 jusqu'aujourd'hui. Son énergie personnelle très grande et sa sincère piété ont fait une impression profonde sur la population, son progrès religieux et intellectual. Il n’a jamais été, toutefois, un personnage politique de l'importance de son rival dans l’ordre ecclésiastique et religieux. L’honorable John Norquay était le frappant contraste de ces deux hommes. Métis d'origine, il fit sentir la vigueur de son tempérament sur la politique et le progrès du Manitoba, devint son premier ministre dans ce qu'on pourrait dénommer la période de première croissance de cette province, et demeura au pouvoir de 1878 à 1887. Sa modération lui assura le respect et le rendit populaire dars sa jeunesse à l’époque des troubles de 1869-70, et la même qualité lui fut bien utile subséquemment; d'autre part, son extérieur un peu rude, sa personnalité bizarre, ses étranges manières en faisaient un type unique dans la politique. À la suite d’un court interrègne rempli par le ministère de D. H. Harrison, il eut pour successeur en 1888 l'honorable Thomas Greenway, cultivateur de son état, libéral en politique, et aucunement remarquable personnellement, si ce n’est en ce qu'il réussit à se maintenir au pouvoir depuis cette date jusqu’à la fin.du siècle.

Le personnage le plus marquant de son administration, en même temps que le produit le plus singulier de la politique de l'Ouest canadien, fut l'honorable Joseph Martir, procureur-général de 1887 à 1891. Radical en politique, grossier dans ses manières et de peu d'éducation, il était doué d’une formidable vigueur d'élocution et d'une audace toute aussi grande, jointes à une véritable passion pour ies luttes de la politique. L'absence chez lui de tout principe arrèté en faisait, en pratique, un démagogue, et d'autre part, ses aptitudes

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