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Plus de six années s'étaient écoulées depuis la fondation de Québec, et cette ville naissante, de même que les tribus sauvages répandues sur cet immense territoire, était encore privée de tout secours religieux.
Champlain, ayant traversé en France dans le cours de l’année 1613, s'occupa de pourvoir à ce besoin urgent. Voici en quels termes il s'exprime à ce sujet :
“ Ayant reconnu, dans mes nombreux voyages, qu'il y avait, en quelques endroits du Canada, des peuples sédentaires et se livrant à l'agriculture, mais qui n'avaient ni foi ni loi, vivant sans la
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et comme des bêtes brutés, je ‘compris que je me rendrais coupable d’une grande faute, si je ne faisais tous mes efforts pour leur procurer les moyens de connaître Dieu et notre sainte religion. Pour exécuter ce dessein, j'ai tâché de trouver quelques bons religieux qui avaient le zèle de la gloire de Dieu.”
Champlain réussit pleinement dans sa louable entreprise ; et, en l’année 1615, il revint à Québec avec quatre récollets, dont trois pères et un frère. Les noms des trois pères étaient : Denis Jamay, Jean Dolbeau et Joseph Le Caron ; le nom du frère était Pacifique Duplessis.
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Aussitôt après leur arrivée, les récollets entreprirent de bâtir une chapelle. Le soin de cette construction fut confié au Père Dolbeau qui choisit, comme emplacement de ce premier temple consacré au culte catholique sur la terre de la Nouvelle-France, un lieu voisin de l'habitation de Champlain. Ce lieu correspondait, à peu près, à l'encoignure des rues Champlain et Sous-le-Fort, : à la basse-ville de Québec. Le 25 juin de la même année, le Père Dolbeau avait le bonheur de dire la première messe dans cette petite chapelle de bois.
“ Rien ne manqua, dit le Père Le Clercq, pour rendre cette action solennelle, autant que la simplicité de cette petite troupe d’une colonie naissante le pouvait permettre. S'étant préparés par la confession, ils y reçurent le Sauveur par la communion eucharistique. Le 7e Deum y fut chanté au son de leur petite artillerie ; et, parmi 1ss acclamations de joie dont cette solitude retentissu de toutes parts, l'on eût dit qu'elle s'était
changée en un paradis.”
L'historien américain Shea apprécie cet événement remarquable de la manière suivante :
“Ce fut un beau jour pour Champlain et pour les colons réunis autour de lui, que celui où, dans
la petite et pauvre chapelle de Québec, ils assistaient, pour la première fois, au saint sacrifice de la messe, sur les bords du grand fleuve Saint- Laurent, inaugurant ainsi la foi catholique dans le Canada. Pendant un siècle et demi, l’église de Québec a été le centre et le seul foyer du catholicisme dans les immenses régions qui s'étendent depuis la Baie-d'Hudson jusqu'aux possessions espagnoles.”
Dix années plus tard, c’est-à-dire, en 1625, les premiers jésuites arrivaient dans la colonie, à la demande des Récollets eux-mêmes. Les noms des trois premiers Pères étaient : Jean de Brébeuf, Charles Lalemant et Ennemond Massé : ils étaient accompagnés de deux frères de leur ordre.
Comme on le pense bien, la vie de ces premiers prédicateurs de l'Evangile, Récollets et Jésuites, a été une vie de privations, de misères et de dangers
de toute nature ; le frère Sagard nous en a laissé la peinture suivante : “ Nous prenions nos repas, dit ce frère, sur une natte de jonc ; un billot de bois nous servait de chevet pendant la nuit, et nos manteaux de couvertures. Nous n'avions point d’autres serviettes pour essuyer les mains que les feuilles de blé-d’inde. Nous avions bien quelques couteaux, mais ils ne nous étaient aucunement
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nécessaires pendant le repas, n'ayant pas de pain à couper. La viande, d’ailleurs, nous était si rare que nous avons souvent passé des six semaines et des deux mois sans en manger un seul morceau, sinon quelque petite portion de chien, d'ours ou de renard qu'on nous donnait dans les festins. À la réserve du temps de Pâques et de l’automne, que les Français nous donnaient abondamment de leur chasse, nos viandes ordinaires étaient. ...de la sagamité faite à l’eau avec de la farine de bléd'inde, des citrouilles et des pois, où nous mettions, pour y donner quelque goût, de la marjolaine, du pourpier, d'une certaine espèce de baume avec des petits oignons sauvages que nous trouvions dans les bois et dans la campagne. Notre boisson était l'eau des ruisseaux, et si, dans les temps que les arbres étaient en sève, quelqu'un de nous se trouvait indisposé ou ressentait quelque débilité de cœur, nous faisions une fente dans l'écorce d’un érable qui distillait une eau sucrée, qu'on amassait avec un plat d’écorce, et qu’on buvait comme un 1emède souverain, quoiqu’à la vérité les effets n’en fussent pas bien considérables.”
Quant aux difficultés à vaincre pour opérer la conversion de ces barbares, le Père Joseph nous en donne une idée dans une lettre qu'il écrivait à ses supérieurs :
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“On fait peu de véritables conversions, écrivait: il, parmi nos sauvages ; le temps et la grâce ne’ sont pas encore arrivés....Tout ce qui regarde la vie humaine et civile sont des mystères pour nos barbares dans l’état présent, et il faudra plus de dépenses et de travaux pour les rendre hommes qu'il n’en a fallu pour rendre chrétiens des peuples entiers.
“Ces peuples ne manquent pas de bon sens, en ce qui regarde l'intérêt public et particulier de la nation, et néanmoins, ils n'ont rien que d’extravagant et de ridicule, quand il s'agit ou de dogmes de religion, ou de règles de mœurs. Chez les huit ou dix nations dans le bas du fleuve, l’on entrevoit, à travers leur aveuglement, quelques sentiments confus de divinité. Les uns reconnaissent le soleil, d’autres, un génie qui domine en l'air; quelques-uns regardent le ciel comme une divinité, d’autres, un manitou bon et mauvais. Les nations du haut du fleuve paraissent voir un esprit universel qui domine partout. Ils s’imaginent qu’il y a un esprit dans chaque chose, même dans celles qui sont inanimées, et ils s'adressent quelquefois à lui pour le conjurer. Les songes leur tiennent lieu de prophéties, d'inspiration, de lois, de commandements et de règle, dans leurs entreprises de
guerre, de paix, de traite, de pêche, de chasse.
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“S'il y a quelque saut difficile à passer, quelque péril à éviter, ils jetteront dans l'endroit même une robe de castor, du petun (tabac) pour se concilier la bienveillance de l'esprit qui y préside.
“ Ils croient communément à une espèce de création du monde, disant que le ciel, la terre et les hommes ont été faits par une femme qui gouverne le monde avec son fils; que ce fils est le principe de toutes choses bonnes, et que cette femme est le principe de tout le mal; qu'elle est tombée du ciel, et fut reçue sur le dos d’une tortue qui la sauva du naufrage.
“Ils font profession de croire l’immortalité de l'âme et une vie future, où on trouve même une chasse et une pêche abondantes, du blé-d'Inde et du petun. Ils croient que l'âme n’abandonne pas le corps aussitôt après la mort ; c’est pourquoi, on enterre avec le corps, arc, flèche, blé-d’Inde, viande et sagamité pour le nourrir en attendant. Ils supposent que les hommes, après la mort, chassent les âmes des castors, élans, renards, outardes, loupsmarins, et que l’âme des raquettes leur sert à se
tirer des neiges. Ils s’imaginent que les âmes se
promènent dans les villages durant un temps, et qu'elles participent à leurs festins et régals dont ils laissent toujours leur portion.
“ Ces pauvres aveugles professent, de même, une infinité d’autres superstitions. ... Ils ont une manie de ne pas profaner certains os d'élans, de castors et d’autres bêtes, ni de les faire manger à leurs chiens ; mais on les conserve précieusement ou on les jette dans le fleuve. Ils prétendent que les Âmes de ces animaux viennent voir de quelle manière on traite leurs corps, et en vont donner
avis aux bêtes vivantes et à celles qui sont mortes,
de sorte qu'elles ne voudront plus se laisser prendre, ni dans ce monde-ci, ni dans l’autre.
“ Si on les presse sur nos mystères, ils écoutent cela avec autant d’indifférence que s'ils racontaient leurs chimères. De là vient que communément ils ne se soucient pas d’être instruits.... On leur apprend leurs prières, et ils les récitent comme des chansons, sans aucun discernement de foi.”
Le bon père terminait sa lettre en émettant l'espoir qu'après les avoir fixés au sol, en leur enseignant à défricher et à cultiver la terre, il serait plus facile ensuite de les civiliser et de les convertir. “Mais, dit Ferland, il fut toujours impossible d'établir parmi eux l’agriculture, avec son travail assidu, avec ses instruments de labourage, avec ‘ses habitudes d'ordre, d'économie et d’assiduité. Les femmes sauvages consentaient à cultiver
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