QUATRIÈME ENTRETIEN
Grâce à une veine de beau temps exceptionnelle, les entretiens de madame Genest se succédaient tous les soirs, sans interruption. Cependant, la veille du quatrième jour, on s'était séparé sans être trop rassuré sur le lendemain. La lune commençait à décliner, la mer était dans son plus grand rapport, et dans le cours de l'après-midi, il y avait eu mirage des îles et de la pointe du sud ; or, quand il y a mirage des îles et du sud, à
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l'époque de la grande mer surtout, on peut être certain qu'il va y avoir un gros vent de nord-est, accompagné d’une pluié battante, qui dure ordinairement trois jours et trois nuits.
Malgré ces signes fâcheux, madame Genest, qui savait par cœur tout :’almanac et les nombreuses complications des agêts, avait prédit une belle journée. Le mauvais temps, avait-elle dit, n’a pas commencé un vendredi; il n’y a pas eu de marionnettes au firmament ; le ciel n’est pas pivelé ; la lune n'a pas eu de cerne à son lever, et enfin le soleil ne s’est pas couché dans un nuage.
Le lendemain donna pleinement raison aux prévisions de madame Genest, et, à l'heure dite, tout le monde étant au rendez-vous, la noble dame commença son quatrième entretien.
À partir de 1635, dit-elle, époque de la mort de Champlain, jusqu'à 1665, pas moins de six gouverneurs ont été chargés, successivement, de l'administration de la Nouvelle-France. Les noms de ces gouverneurs sont, par ordre de dates. de Montmagny, d’Ailleboust, de Lauzon, d’Argenson, d'Avaugour, et de Mésy.
Cette période fut féconde en événements remar-
quables, en tête desquels il faut placer l’établissement de nos principales communautés religieuses,
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telles que: les monastères des Ursulines et de l'Hôtel-Dieu de Québec, qui furent fondés la même année, en 1639, le premier, par madame de la Peltrie et la mère Marie de l’Incarnation, le second, par la duchesse d’Aïguillon ; le couvent de la congrégation de N. D. et l’'Hôtel-Dieu de Montréal, qui furent fondés, le premier, par la sœur Marguerite Bourgeois, en 1653, le second, par mademoiselle Manse et madame Bouillon, en 1657; enfin, le séminaire de Québec, qui fut fondé par Mgr. de Laval, en 1663.
Le collége des Jésuites de Québec, transformé en casernes depuis la cession du Canada à l’Angleterre, avait précédé ces nombreux établissements, sa fondation datant de 1637, deux ans après la mort de Champlain. |
Au mois de juin 1659, le premier évêque de la Nouvelle-France et de toute l'Amérique du Nord François Laval de Montmorency, arrivait à Qué bec, avec le double titre d’évêque de Pétrée et de vicaire apostolique. Il lui fut fait une réception des plus solennelles, accompagnée d’une foule de réjouissances. Les Relations des Jésuites nous ont conservé les détails de cette réception.
“,... M. le vicomte d'Argenson, gouverneurgénéral depuis un an, alla au-devant du vicaire
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apostolique, et le reçut avec tous les honneurs dus à son rang et à son mérite. Mgr. de Laval, environné de ses compagnons de voyage, monta avec le gouverneur au son des cloches et au bruit de toute l'artillerie du port. M. d’Argenson le conduisit à l’église paroissiale, puis au château où les Jésuites vinrent lui rendre leurs devoirs.
‘“ Une fois arrivé sur cette terre, la première pensée du prélat fut pour les pauvres sauvages ; et un enfant huron étant venu au monde, il eut la bonté de le tenir sur les fonts du baptême. Un jeune homme, aussi huron, malade à l'extrémité, devait recevoir les derniers sacrements. Mgr. de Laval voulut s’y trouver, et lui consacrer ses premiers soins et ses premiers travaux, donnant un bel exemple à nos sauvages qni le virent, avec admiration, prosterné près d’un pauvre moribond qui sentait déjà le cadavre et auquel il nettoyait, de ses propres mains, les endroits du corps où l'on devait faire les onctions sacrées. ”
Quelques jours après son arrivée, Mgr. de Laval donna aux sauvages un grand festin pendant
lequel les capitaines des diverses tribus lui firent de longs et éloquents discours. Un chef algonquin, entre autres, s'exprima dans les termes suivants :
“Je m'en souviens, dit-il en comptant sur ses