‹ Histoire populaire du Canada ou Entretiens de Madame Genest à ses petits-enfants [microforme] (volume 2)Chapitre 21 sur 43 · CINQUIÈME ENTRETIEN · texte numérisé non relu

CINQUIÈME ENTRETIEN

De Courcelle, de Frontenac (une première fois), de la Barre, de Denonville, de Frontenac (une deuxième fois) : tels sont les noms des gouverneurs qui ont été chargés de l’administration de la Nouvelle-France, durant la période comprise entre 1665 et 1691.

Un des premiers événements de’ cette époque fut l’arrivée à Québec du marquis de Tracy, le seul des vice-rois qui aît visité la Nouvelle-France.

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De Tracy mit pied à terre le dernier jour de juin 1665 ; il était accompagné d'une partie du célèbre régiment de Carignan, et il fut reçu au milieu des plus grandes réjouissances.

Quelques jours plus tard arrivait M. de Courcelle, avec le reste du régiment de Carignan et l'intendant M. de Talon. La même escadre amenait des bœufs, des moutons, et douze chevaux, les premiers qu’on eût vus dans le pays, à l'exception de celui qui avait été donné au gouverneur Montmagny vingt ans auparavant. La docilité de ces chevaux qui se laissaient conduire avec tant d’aisance étonna beaucoup les sauvages ; ils ne pouvaient se lassér d'admirer ces orignaux de France qui se montraient si soumis à la volonté de l’homme.

Sous l'administration de MM. de Tracy et de Courcelle, le Canada fit des progrès rapides ; ces progrès furent dus, en grande partie, au génie de M. Talon qui, de l’aveu de tous, a été un des plus grands hommes d'état qu’aît eus la colonie sous la domination française.

Une vive et puissante impulsion fut donnée à l'agriculture, à l’industrie, au commerce. “Outre les grains ordinaires, dit Garneau, qui avaient été

cultivés jusqu'alors, Talon encouragea la culture

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du chanvre afin de fournir à la consommation du pays et aux demandes du commerce extérieur.

“ Une tannerie, la première qu'on aît vue au Canada, fut établie près de Québec et eut un plein succès. ... Sous sa main créatrice tout changea d'aspect en peu d'années. Il entrait dans le détail des moindres choses, invitait les habitants à aller chez lui, ou allait les visiter chez eux ; il éclairait leur industrie et favorisait leurs entreprises. En 1668, on vit onze navires mouillés dans la rade de Québec et chargés de toutes sortes de marchandises, proportion plus grande, relativement à la population, que les 1,200 navires qui fréquentent aujourd'hui nos ports. Tant de beaux résultats étaient dus à l'impulsion que Talon avait donnée aux affaires et à la plus grande liberté qui venait d’être accordée au commerce, ”

La mère Marie de l’Incarnation, dans une de ses lettres, donne une excellente idée des ressources qu'offrait alors le pays aux colons qui venaient s'y établir. Cette lettre, vieille de deux cents ans, a autant d’à-propos aujourd'hui qu'elle en avait à l'époque éloignée où elle fut écrite.

“Ici, écrivait cette sainte femme, les bleds, les légumes et toutes sortes de grains croissent en abondance. La terre est une terre à froment qui,

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plus on la découvre des bois, plus elle est fertile et abondante. Sa fertilité 2 beaucoup paru cette année, parce que les farines de l’armée s'étant gâtées sur la mer, il s’est trouvé ici des bleds pour fournir à la subsistance, sans faire tort à la provision des habitants.

“Quand une famille commence une habitation, il lut fauï deux ou trois années avant que d'avoir de quoi se nourrir, sans parler du vêtement, des meubles et d'une infinité de petites choses nécessaires. Mais ces premières difficultés étant passées, ils commencent à être à leur aise, et s'ils ont de la conduite, 1ls deviennent riches avec le temps. Au commence-"ent, ils vivent de leurs grains, de leurs légumes et de leur chasse qui est abondante en hiver. Pour leur vêtement et les autres ustensiles de la maison, ils font des planches pour couvrir les maisons, et débitent des bois de charpente qu'ils vendent bien cher. Ayant ainsi le nécessaire, ils commencent à

faire trafic, et de la sorte ils s’avancent peu à peu.

Cette petite économie, ajoute-elle, a #ellement touché ces messieurs les officiers (du régiment de Carignan) qu'ils ont obtenu des terres pour y faire travailler.”

Dans la même lettre, parlant encor* du régiment de Carignan, elle lui rend ce beau témoignage : “ Ce que l'on recherche le plus est la gloire de Dieu et

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