‹ Histoire populaire du Canada, ou, Entretiens de madame Genest à ses petits-enfants [microforme]Chapitre 13 sur 22 · APPLIED IMAGE · texte numérisé non relu

APPLIED IMAGE

1653 East Main Street Roctaster, New York (716) 482 - 0300 (716) 288 - 5989

Es chers enfants, vous concevez quel découragement profond s'était emparé de l'esprit de vos pères à la suite de tous ces désastres.

Pendant cinq années consécutives, ils avaient été constamment sous les armes, et la culture de ieurs terres avait été tellement négligée qu'elles ne produisainet presque plus rien: aussi, la population était-elle en proie à une affreuse misère.

Cependant, ils se résignèrent à leur sort ; et, confiants dans l’habileté de Lévis qui leur promettait des secours prochains de France, ils ne perdirent pas tout-à-fait espoir en un avenir meilleur.

De leur côté, les Anglais, enfermés dans Québec, eurent beaucoup à souffrir du froid ; car l'hiver de 1760 fut d’une rigueur exceptionnelle, et le plus grand souci de Murray, commandant de la place, fut d'approvisionner son armée d’une suflisante quantité de bois de chauffage.

Pour cela, des détachements de soldats furent envoyés comme büûücherons d'abord à l'Ile-d'Orléans et à l'Ile- Madame, et plus tard dans les forêts de Sillery et de Sainte- Foye. Les difficultés que présentait le charroi du combustible furent telles, que souvent pas moins de mille soldats étaient employés à ce pénible travail.

L'armée anglaise était loin d’être préparée à affronter les rigueurs excessives de notre climat ; aussi, les hôpitaux furent-ils constamment remplis d’invalides ; la fièvre, la dyssenterie, et surtout le scorbut, firent, parmi eux, un grand nombre de victimes.

D'après les mémoires du temps, le chiffre de la garnison anglaise s'élevait à 5653 hommes ; il n’en mourut pas moins de 682 dans le cours de l'hiver.

Fait digne de remarque, il paraît que les troupes françaises n'inquiétèrent jamais les Anglais, pendant que ces derniers étaient occupés à couper le bois dans les forêts de Sillery ou de Sainte-Foye. Murray, il est vrai, avait pris pour protéger ses soldats d'excellentes précautions ; mais à part cela, c'élait, dit-on, une opinion généralement

répandue dans la garnison anglaise qu'il y avait entre le gouverneur français, M. de Vaudreuil, et le commandant anglais, Murray, une entente secrète en vertu de laquelle les avant-postes français devaient s'abstenir de toute attaque contre les bûcherons. Quelques-uns pensent que de Vaudreuil en vint à cette détermination avec Murray, lorsque de Bougainville, sous pavillon parlementaire, visita la garnison anglaise enfermée dans Québec à la date du 3ü septembre 1759 Dans cette occasion, de Bougainville eut plusieurs heures d'entrevue avec les généraux anglais Monkton et Townsend, mais le secret de cette entrevue n'a jamais transpiré, De Bougainville obtint la permission d'aller à l'hôpital-général, où il demeura trois jours, après lesqueis il reçut ordre de retourner au milieu des siens.

L'ivrognerie paraît avoir été le vice prédominant des soldats de la garnison anglaise ; et Murray fut obligé d’avoir recours aux mesures les plus rigoureuses — le fouet et la peine capitale — pour supprimer la vente des liqueurs alcooliques.

Malgré cela, les avant-postes du général de Lévis situés au Carouge, à Jacques-Cartier et à la Pointe-aux-Trembles, ne cessèrent pas d'être une grande source d'inquiétude pour les Anglais. De Lévis était à Montréal, occupé à organiser une nouvelle attaque contre Québec ; et afin de tromper l'ennemi sur ses intentions réelles, il eut soin de propager, durant l'hiver, toutes sortes de rumeurs. Ainsi, un jour, on apprenait que l’époque choisie par l'armée française pour escalader la ville, était fixée au milieu de décembre, puis en janvier, puis en février, ete., de sorte que la garnison anglaise fut tenue en alertes continuelles, et qu'à plusieurs reprises elle resta sur pied toute la nuit, dans l'attente de quelque surprise.

Cependant, ce ne fut que dans la nuit du 17 avril que le chevalier de Lévis laissa Montréal avec ses troupes, et se mit en marche sur Québec,

De Lévis croyait que son approche était ignorée des Anglais; mais ces derniers en furent informés, grâce à un incident dont fut victime un pauvre artilleur français. Cet infortuné ayant chaviré dans un bateau, avec six de ses Compagnons qui s'étaient noyés, parvint à se réfugier sur un glaçon. Transporté, sur ce glaçon, par la marée

6 pri Pc SP SNEN Se EME EE ‘4

baissante, jusque vis-à-vis l'église de Saint-Laurent, il avait été ramené par le courant, à demi-gelé, en face de la ville, où les Anglais allèrent le chercher. Conduit devant Murray, il fut obligé d’avouer que Lévis, à la tête d'une forte armée, n'était plus qu'à quelques jours de marche de Québec.

Le 28 avril au matin, les troupes françaises faisaient leur apparition; et sur les neuf heures, l’armée anglaise allait à leur rencontre avec vingt canons, deux pour chaque régiment ; l’armée c2 Lévis n'avait, en tout, que deux canons. Aussitôt la glorieuse bataille, connue sous le nom de bataille de Sainte-Foye, commença.

Il fut fait, de côté et d’autre, des prodiges de valeur, surtout au moulin Dumont, qui fut pris et repris plusieurs fois par les grenadiers français ei par les montagnards écossais. «Armés de leurs baïonnettss, dit Ferland, les grenadiers chassaient par les fenêtres les Écossais qui, la dague à la main, rentraient par les portes et obligeaient les grenadiers, à leur iour, de s'échapper par le même chemin qu'eux-mêmes avaient suivi. La contestation aurait duré jusqu'à ce qu'ils fussent tous tombés, si les généraux ne les avaient forcés de se retirer et de laisse” le moulin comme un terrain neutre. L'on y avait combattu avec tant d’acharnement, qu'il ne restait plus que quatorze à quinze grenadiers par compagnie et le même nombre de montagnards ».

À un moment donné, les Anglais durent croire qu'ils allaient remporter la victoire, grâce à un incident que Ferland raconte dans les termes suivants :

« La gauche de l'armée frauçaise se maintenait dans un lieu bas, à quarante pas des Anglais, quoique écrasée par l'artillerie. Voyant sa mauvaise position, le chevalier de Lévis envoya M. de la Pause, adjudant de Guyenne, pour la faire retirer de quelques pas Passant rapidement le long de la ligne, cet officier ordonna à chaque régiment de se retirer un peu, sans donner le motif des ordres de M. de Lévis. A ce moment, les Anglais crurent qu'ils prenaient la fuite, et descendirent de leur terrain élevé pour les poursuivre. M. Dalquier, vieil officier extrêmement brave, se tournant vers ses liommes, leur adressa quelques mots : « Il n’est pas temps maintenant, mes enfants, leur dit-il, de vous retirer ; vous n'êtes qu’à quarante

« pas de l'ennemi ; avec la baïonnette au bout de vos fusils, » jetez-vous sur eux ; c'est ce qu'il y a de mieux à faire ». Aussitôt ils s'élancèrent sur les Anglais, et s'emparèrent de leurs canons. Une balle traversa le corps de Dalquier déjà couvert de blessures, mais ne l'empêcha pas de continuer à donner ses ordres ».

Finalement, les Anglais furent mis en déroute compiète, et se sauvèrent à qui mieux mieux dans la ville, laissant leur artillerie au pouvoir des Français. Les Anglais, suivant le rapport de Lévis, perdirent quinze cents hommes, et les Français sept cents.

La dernière bataille livrée par les Français au Canada était une belle et grande victoire ; l'honneur du drapeau était vengé !

Durant la nuit même qui suivit ette bataille, les Français commencèrent le siége de Québec, et ouvrirent la tranchée à 600 verges des murs de la ville ; les Anglais, de leur côté, continuèrent à se fortifier.

Les travaux se poursuivaient ainsi des deux côtés avec ardeur lorsque le 16 mai, sur le soir, deux frégates vinrent jeter l'ancre dans le port de Québec. Les Anglais avaient été prévenus de l’arrivée de ce renfort par une autre frégate, la Leostaff, qui avait fait son apparition huit jours auparavant. Les Français, paraît-il, surent sous l’impression, jusqu’au dernier moment, que ces navires leur étaient destinés ; on peut juger de leur découragement lorsqu'ils aperçurent le pavillon anglais qui flottait au haut des mâts.

« Impossible d'exprimer, dit Knox, l’allégresse qui transporta alors a garnison anglaise ; officiers et soldats montérent sur les remparts, en face des Français, et poussèrent, pendant près d’une heure, des hourras continuels, en élevant leurs chapeaux en l'air ».

Le lendemain, les frégates anglaises attaquèrent les deux seuls vaisseaux français presque sans artillerie qui se trouvaient dans le port, et qui composaient toutes les forces maritimes de la colonie. «Elles furent prises, dit Laverdière, après un combat de deux heures. Leur commandant, M. de Vauquelin, et ses officiers refusèrent d'amener pavillon, même lorsqu'ils n’eurent plus ni poudre ni boulets. L'amiral anglais, plein d'admiration pour leur bravoure, les traita avec tous les égards que méritait leur conduite ».

Cette même nuit, Lévis abandonna le siége, laissant derrière lui toute son artillerie, et se replia sur Montréal.

Bientôt Murray le suivit ; et deux autres armées anglaises, l’une venant du sud, l’autre de ! ouest, ne tardèrent pas à le rejoindre. Ces trois armées opérèrent leur jonction près de Montréal à la date du 8 septembre : elles étaient fortes de 20,000 hommes. Je Vaudreuil ne pouvait leur opposer que 3500 hommes seulement.

Un conseil fit tenu, présidé par M. de Vaudreuil; et il fut décidé que le parti le plus sage à adopter était de se rendre, après avoir obtenu les conditions les plus avantageuses possibles.

Tous les articles de !a capitulation furent acceptés des Anglais, à l'exception d’un seul: les honneurs de la guerre pour l’armée française. De Lévis, indigné de ce refus, se retira avec 2000 hommes dans l'île de Sainte- Hélène, résolu de ne point remettre honteusement son épée. Mais le salut de la colonie l'exigeait, et M. de Vaudreuil donna à Lévis l’ordre de se rendre. Celui-ci posa les armes, tout en protestant en son nom et au nom de toute l'armée contre l'indigne traitement qu'on lui faisait subir. Cependant, il ne voulut pas livrer ses drapeaux à l'ennemi, et ordonna qu'on les brûlat sur-le-champ, ce qui fut fait.

Tel fut, mes enfants, dit madame Genest, en sanglotant, le dernier acte de résistance de vos pères sur cette glorieuse terre du Canada... Le Canada avait cessé d’être français, il devenait anglais !

PRÈS une défense héroïque de plusieurs années, le Canada, presque complètement ruiné, avait passé à de nouveaux maîtres, et jouissait d’une paix profonde.

Les miliciens avaient quitté leurs drapeaux, et s’occupaient de mettre ordre à leurs affaires, et surtout de cul-

DIXIÈME E'’!TRETIEN. 99

tiver leurs champs dévastés. Les nobles, les officiers de l'administration civile et militaire, les gens instruits, les citoyens les plus marquants, ne voulant pas vivre à l'ombre du drapeau anglais si souverainement détesté, abandonnèrent le pays. On calcule que pas moins de 185 officiers et de 3000 soldats et matelots repassèrent en France immédiatement après la conquête ; seuls le clergé et les membres de ros ‘orporations religieuses restèrent fidèles à leur poste, et c'est à eux que le Canada ficnçais a dû son salut.

«La ville de Q bec », it de Gaspé, « qui semblait braver jadis sur son rocher les foudres de l'artillerie et l'escalade des plus vaillantes cohortes, l'orgueilleuse cité de Québec, encore couverte de décombres, se relevait à peine de ses ruines. Le pavillon britannique flottait triomphalement sur sa citadelle altière ; et le Canadien qui, par habitude, élevait la vue jusqu'à son sommet, croyait y retrouver encore le drapeau fleurdelisé de la vieille France, les reportait aussitôt avec tristesse vers la terre, en répétant, le cœur gros de soupirs, ces " ‘oles touchantes : « nous reverrons pourtant nos bonn” ., 18».

Vains souhaits, espoir superflu !

En 1763, le Traité de Faris vint pour toujours sceller Je sort de la Nouvelle-France qui fut définitivement cédée à l'Angleterre.

Ceux des Canadiens qui avaient, jusque là, espéré en des jours meilleurs, durent renonce. à toute illusion et se résigner à leur sort; et cette fois, ceux des nobles et de la classe instruite ou aisée qui n'avaient pas encore émigré, quittèrent le pays, au nombre de mille à douze cents.

Vous aimerez, oute, à connaître quel fut le sort des principaux officiers qui avaient si noblement combattu pour le salut de la Nouvelle-France, durant les dernières années qui avaient précédé la conquête ; voici que ques détails sur plusieurs d’entre eux.

Le chevaleresque de Lévis se hâta d'aller guerroyer en Allemagne. En 1783, il devint maréchai de France, et fut créé duc de 1784. 11 mourut en 1787, dans la ville d'Arras qui iui fit des funérailles maguifiques.

De Bourlamaque devint gouverneur de la Guadeloupe où il mourut en 1764. De Bougainville se distingua

durant révolution américaine, et se rendit célèbre par son fameux voyage autour du monde.

L'infâme Bigot subit un procès qui lui valut la confiscation de tous ses biens et le bannissement à perpétuité.

Dumas, celui-là même qui avait succédé à de Beaujeu comme commandant à la bataille de la Monongahéla, fut nommé gouverneur des îles de France et de Bourbon.

Jacques Bedout, natif de Québec, parvint au grade de contre-amiral. Il était capitaine de vaisseau, dit Garneau, lorsque, par son combat sous l'île de Groix, en 1796, il mérita cet éloge de Fox dans la chambre des communes : « Le capitaine du Tigre, combattant pour l'honneur de sa patrie, a rivalisé en mépris pour la mort avec les héros de la Grèce et de Rome ; il a été fait prisonnier, mais couvert de gloire et de blessures ».

De Vaudreuil fut en butte aux accusations mensongères de Bigot ; emprisonné à la Bastille, il eut à subir un procès dont il sortit avec une réputation intacte. Sa défense, dit Garneau, fut pleine de dignité. Dédaignant de se justifier lui-même, il éleva la voix en faveur des officiers canadiens que Bigot avait accusés. «Élevé au Canada, il les connaissait, disait-il, et il soutenait qu'ils étaient presque tous d’une probité aussi éprouvée que leur valeur. En général, les Canadiens semblent être nés soldats ; une éducation mâle et toute militaire les endurcit de bonne heure à la fatigue et au danger. Le détail de leurs expéditions, de leurs voyages, de leurs entreprises, de leurs négociations avec les naturels du pays, offre des miraclede courage, d’activité, de patience dans la disette, de sar froid dans le péril, de docilité aux ordres des génért qui ont coûté la vie à plusieurs, sans jamais ralentir zèle des autres. Ces commandants intrépides, avec un. poignée de Canadiens et quelques guerriers sauvages, ont souvent déconcerté les projets, ruiné les préparatifs, ravagé les provinces, et battu les troupes anglaises huit à dix fois plus nombreuses que leurs détachements ».

Ailleurs, de Vaudreuil écrivait aux ministres de Louis XV : «Avec ce beau et vaste pays, la France perd 70,000 âmes, dont l'espèce est d'autant plus rare que jamais peuples n'ont été aussi dociles, aussi braves, et aussi attachés à leurs princes ».

Après le traité de 1763, les persécutions recommencèrent ;

et le roi d'Angleterre, de sa propre autorité, et sans y être autorisé par le parlement, abolit les lois françaises pour y substituer les lois anglaises.

On alla plus loin encore, et on voulut forcer les Canadiens à prêter ce qu'on appelait le serment du fes! ou de fidélité. Or, ce serment était conçu de manière à leur faire abjurer, en même temps, et leur foi et leur religion. Les Canadiens refusèrent d'obéir à d'aussi tyranniques injonctions ; le gouverneur, du reste, n'osa pas faire exécuter ses ordres.

Ces derniers événements se passaient sous l'administration de Murray, le deuxième gouverneur général anglais du Cauada ; Amherst en ayant été le premier.

« La position du général Murray, dit Laverdière, était une des plus difficiles. Quoique d'un caractère sévère, il avait un excellent cœur. Il aimait les Canadiens qu'il voyait aussi simples dans leurs mœurs qu'il les avait trouvés braves sur le champ de bataille. Mais il était obligé d'agir avec un entourage de fonctionnaires qui le faisaient rougir tous les jours.

» Une armée d'aventuriers et d'intrigants était venue s'abattre sur le Canada à la suite des troupes anglaises. Le juge en chef Gregory, qui avait été tiré de prison pour être placé à la tête de la justice, ignorait le droit civil et la langue française; le procureur ‘énéral n'était guère plus propre à remplir sa charge ; 1e. places de secrétaire provincial, de greffier du conseil, de r.yistrateur, de prévôt maréchal avaient été données à des favoris qui les louaient aux plus offrants. Murray, dégoûté de la tâche qu'on lui avait imposée, ne put s'empêcher d'en faire des plaintes au ministère. «Il a fallu, dit-il, choisir des magistrats »et prendre des jurés parmi quatre cent cinquante com- » merçants, artisans et fermiers (anglais) méprisables prin- » cipalement par leur ignorance. Ils haïssent la noblesse » canadienne à cause de sa naissance, et parce qu'elle a » des titres à leur respect ».…

Cependant, le pays était encore loin d’être pacifié. Si, d’un côté, les Canadiens ne pouvaient opposer qu'une résistance passive aux vexations de l'Angleterre, de l’autre, certaines tribus sauvages de l’ouest, sous le commandement du célèbre Pontiac, ne tardérent pas à se soulever. Ils s'emparèrent de sept à huit postes anglais, ravagèrent

Éineo S SÉS RS Eu EE

Ye rh >

la Pennsylvanie et la Virginie, et massacrèrent ou trainèrent en captivité pas moins de deux mille personnes ; à la fin on parvint à les pacifier.

Murray, rappelé en Angleterre (1766), eut pour successeur Carletcn. Les choses continuèrent à aller de mal en pis pour vos pères jusqu'à l'année 1774. A cette époque, le parlement anglais passa une loi célèbre qui est connue dans notre histoire sous le nom d'Acie de Québec. Par cet acte, les anciennes lois civiles françaises étaient rétablies, le serment de fidélité ou du test aboli, et les droits des catholiques si longtemps foulés aux pieds étaient enfin reconnus. En même temps, cet acte établissait un conseil législatif, espèce de gouvernement régulier dans lequel les catholiques pouvaient être admis.

Pour apprécier à sa juste valeur cette marque de bienveillance extraordinaire de la nouvelle mère-patrie, il ne faut pas oublier que les colonies de la Nouvelle-Angle- -rre (appelées depuis les États-Unis) étaient au début de cette célèbre révolution connue sous le nom de révolution américaine, qui devait se terminer par la conquête de leur indépendance.

L'Angleterre jugea qu'elle en avait assez sur les bras ; elle comprit qu'il était temps de s'assurer le bon vouloir des Canadiens-Français, dont elle allait avoir un si grand besoin dans la lutte qui allait commencer.

Ces prévisions se confirmérent, au moins en partie; les habitants, voyant qu'on se décidait, enfin, à leur rendre justice, restèrent fidèles à la couronne ‘'Angleterre, et refusèrent les offres pleines de séduisantes promesses que leur fit à maintes reprises le congrès américain. Tout ce que l'on put obtenir du plus grand nombre, cependant, grâce à l'influence du clergé et de la classe instruite, fut qu'ils observeraient une stricte neutralité; ce qui n’empêcha pas plusieurs d’entre eux de faire cause commune avec les Américains.

On a attribué à une foule de raisons le peu de zèle que les Canadiens-Français manifestèrent pour la défense du pays lors de l'invasion de 1775 ; mais après une lecture attentive des documents écrits à cette époque, il me paraît évident que leur mécontentement, ainsi que leur abstention, fut due à des causes multiples.

En premier lieu, le drapeau anglais était loin d’être

en grande vénération ; et, malgré la justice tardive qu'ils venaient d'obtenir par l'acte de 1774, le souvenir des criantes injustices auxquelles ils avaient été jusque-là en butte était trop récent, pour que ces cœurs bons et généreux, mais très sensibles, n'en conservassent pas un amer souvenir.

En outre, vos pères avaient devant les yeux le triste exemple d'une foule d'Angleis de Québec et de Montréal qui, de la manière la plus ouverte, au vu et au su de Carleton lui-même, ne se gênaient nullement de faire une propagande active en faveur de l'insurrection américaine.

Pour bien se rendre compte des motifs qui animaient le petit nombre d'Anglais fixés alors dans la colonie, il faut se rappeler qu'autant l'Acte de Québec, qui établissait le conseil législatif, avait satisfait aux légitimes exigences des Canadiens-Français, autant il avait causé de déplaisir aux Anglais qui se trouvaient frustrés, par là, de l'exercice de ce pouvoir tyrannique dont ils avaient si grandement abusé.

Un motif que les ennemis de l'Angleterre firent, surtout, adroitement valoir pour empêcher les habitants de prendre part à la guerre contre les Américains, fut que, d'après le serment de fidélité qu'ils avaient prêté, ils avaient juré de ne pas prendre les armes contre les Anglais. Or, qu'étaient les Américains à cette époque, sinon des Anglais ? Prendre les armes contre eux, c'était donc violer leur serment.

Enfin, il y avait la crainte des taxes que les Américains surent faire valoir très-habilement ; et dans les nombreuses lettres qu'ils répandirent d’une extrémité de la provine à l'autre, ils ne manquèrent pas de se donner eux-mên comme exemple.

Les nobles et les gens instruits, à peu d’exceptions près, se déclarèrent franchement et ouvertement pour l'Angleterre.

A part le sentiment d'honneur qui dictait naturellement à ces derniers la ligne de conduite qu'ils avaient à suivre, un autre motif, au dire de Sanguinet, ne manqua pas d’exalter leur patriotisme : c’est qu'ils y trouvèrent leur comp- ‘e. Nommés aux postes de colonels, de majors, de capitaines dans la milice, ils reçurent de jolis appointements variant de cent à deux cents louis; ce qui, vu l'époque

et la pénurie des temps. équivalait à de fortes sommes.

A Montréal, les chefs des iniliciens commirent plusieurs actes d'injustice. Ils commencèrent par favoriser leurs familles et ars amis, de sorte que des auciens capitaines ils firent des enseignes, et qu'ils donnérent les grades de capitaines à des personnes qui n'avaient encre jamais servi: de là, une nouvelle source de mécontentement qui fit murmurer toute la ville de Montréal.

De son côté, le congrès américain, par ses lettres pleines de duperies et de fausses représentations, ne manqua pas de s’aliéner l'esprit de la population.

Pour ces raisons, et pour plusieurs autres, tout ce que put faire l'influence du clergé fut de maintenir dans la neutrilité ceux des habitants dont les sympathies pour l'Angleterre n'étaient pas très vivaces ; et c'était un grand point de gagné; car, pour peu que le mouvement des Canadiens-Français en faveur des Américains se fût accentué, l'Angleterre perdait à jamais le Canada.

Tel était l'état des esprits au début des hostilités.

Dans les premiers jours de mai 1775. les Américains s'emparèrent des forts Carillon, Saint Frédéric et Saint- Jean ; ce dernier fut repris quelques jours après par 80 volontaires canadiens commandés par Picote de Belestre. Sur les entrefaites, Carleton arrivait à Montréal et s’occupait d'organiser la défense.

Bientôt les Américains, sans presque rencontrer aucune résistance, s'avancèrent jusqu'à la Prairie de la Magdeleine et à Longueuil où ils établirent des postes. Malgré l'invasion des Baslonnais dans toutes les côtes du sud, tout paraissait aussi tranquille à Montréal, dit Sanguinet, que si nous eussions été dans une profonde paix.

Le 24 septembre, sur les dix heures du soir, environ 150 américains, sous le commandement d’Allen, traversèrent de Longueuil en canots, et vinrent aborder au courant Sainte-Marie. Cette nouvelle parvint à Montréal L. Jnne heure le lendemain. Aussitôt, on ferma les portes de la ville, et on fit appel aux armes. Les citoyens, sans même attendre les ordres de leurs chefs, se rendirent au Champ-de-Mars, prêts à combattre. Pendant ce temps, plusieurs anglais, les colonels Johnson et Claus, en particulier, ainsi que toutes les femmes et les enfants des officiers anglais, s'embarquaient, avec leurs bagages, dans

rt te,

les navires qui étaient mouillés dans le port, prêts à s'en- . fuir vers Québec. È Les citovens, dit Sanguinet, sortirent de Montréal au 34 nombre d'environ trois cents ca adiens et trente mar- $ chands anglais. Le reste des marchands anglais ne vou- d: : lurent point y alter; c'est là où on reconnut le plus 0” É

vertement les traîtres. Il sortit aussi de la ville envirou trente hommes de troupes. Les Bostonnais se replicrent dans une maison et une grange, €t commencèrent à tirer. Le feu fut vif d” oartet d'autre. Les Canadiens cernèrent les Bostonnais : u côté du bois, et leur coupérent le chemin. Il fut ‘ + prisonniers dans cette action envir®1

sn bd bo 2e Van

Dismmin CHU HS

trente-six Bostonnais avec Allen, leur . Il y en eut plusieurs de blessés et tués, el le reste :: : a fuite.

Le major Carden, commandant des m: ns de Montréal, | fut blessé.

Pendant le combat, le général Guy Carleton et le brigadier Prescott restèrent dans la cour des casernes, avec £ | |

WF arte re psg

environ quatre-vingts et quelques soldats, le sac au dos, les armes à la mai, prêts à s'embarquer dans les navires et à se sauver, si la petite armée des citoyens était repoussée.

A la suite de cet engagement, les habitants des campagnes se réveillèrent de leur assoupissement ; leur instinct militaire se réveilla, et dès le lenclemain et les jours suivants, ils commencèrent à arriver en grand nombre, et vin. t offrir g' ‘rensement leurs services.

Tel était leur zèk 1e de la paroisse de Sainte-Anne, à | quelques lieu’s de (bee, il n'arriva pas moins de qua- 4 rante-deux lomines au secours de Montréal. La paroisse | de Varenne: seule envoya 300 habitants, tous animés de à meilleu e volonté du monde ; de sorte qu'au com É meacement d'octobre, il y avait dans la ville de Montréal plus de 1200 habitants des campagnes qui, joints aux f 600 de la ville, formaient une petite armée respectable.

Les Canadiens ne demandaient qu'une faveur : qu'on voulût bien les traverser à Longueuil, et les mener droit à l'ennemi, dont ils étaient sûrs d'avoir bon marché. Mais toutes leurs demandes, toutes leurs sollicitations furent faites en vain; rien ne put déterminer Carleton à traverser le fleuve et à aller attaquer les Américains. A la fin, les habitants commencèrent à se fatiguer de es

snbitemnemeerenes

Page 1