F12 HISTOIRE POPULAIRI DU CANADA
était dû, recommencèrent les persécutions de tous genres ; et le Conseil Législatif passa certaines mesures qui assujétissaient les habitants à des corvées pénibles, à des charges considérables, sous les peines les plus sévères.
Ce fut bien pis encore, lorsqu'à Carleton, qui avait obtenu son rappel en Angleterre, succéda le général Haldimand (1778). Haldimau< était wi. vieux militaire suisse, incemmode, bourru et rempli de toutes sortes de difauts et ac préjugés. Sous son administration, la tyrannie ne connut plus de bornes. Les corvées redoublèrent et devinrent un véritable fléau pour les campagnes. Ceux qui se plaignaient — et ils se comptaien' par centaines — étaient impitoyablement jetés en prison, sans distinction d'innocent et de coupable.
«Le secret des lettres, dit Laverdière, était violé ; sur le soupçon le plus léger on jetait, à grand bruit, un citoyen en prison, peur intimider le public; d’autres disparaissaient soudainement, et les parents n'apprenaient que longt:mps après dans quels cachots ils étaient détenus. Bientôt, les prisons ne suflisani plus, le couvent des Récollets fut destiné à receler les nombreuses victimes ».
«Un ancien magistrat, nommé Du Calvet, que ses idées libérales faisaient soupçonner de quelque intrigue avec les Américains, fut arrêté tout-à-coup à sa demeure, le 27 septembre 1780, par une troupe de soldats, dépouillé de son argent et de ses papiers, conduit à Québec, détenu d'abord dans un vaisseau, puis dans un cachot militaire, et enfin transporté dans le couvent des Récollets. Il offrit de mettre tous ses biens en séquestre, demanda qu’on lui fit son procès ; ses amis se portèrent garants de Sa fidélité ; on lui refusa tout. Au out de deux ans et huit mois Je détention, il fut remis en liberté sans qu'on lui eût même dit quel était son crime ».
Du Calvet avant tout réclamait l'établissement d’un gouvernement constitutionnel; mais ce gouvernement tant désiré ne fut accordé qu’en 1791, à la suite d’agitations nombreuses.
«L'époque de l'introduction du gouvernement représentatif, dit Garneau, est une des plus remarquables de notre histoire. Ce n’est pas que la constitution de 1791, telle qu’elle allait être suivie, fût bien équitable ; mais le degré de liberté qu’elle établit donna, du moins,
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à nos pères le moyen de faire connaître leurs sentiments et leurs besoins ».
Les premières élections, sous ce nouveau régime constitutionnel, eurent lieu au mois de juin 1792. Sur les cinquante représentants qu'ils avaient à choisir, les Canadiens-Français eurent la générosité d'’élire seize anglais. « C'était une grande hardiesse de la part du peuple (Garneau), que de confier ainsi ses intérêts aux soins de ses ennemis les plus acharnés ; mais les anciens gouverneurs français ne l'avaient rendu ni méfiant ni vindicatif ».
La prerière réunion des Chambres se fit dans le palais épiscopal. Les membres ayant prêté serment, le gouverneur assis sur son trône et entouré d'une suite nombreuse, ordonna aux Communes de se choisir un président.
Ce fut alors que les Canadiens-Français durent regretter amèrement le choix qu'ils avaient fait dans l'élection des 16 membres anglais. En effet, le premier acte de reconnaissance de ces derniers, fut de vouloir nommer à la présidence de l'assemblée un des représentants de leur nationalité, et de demander l'abolition de la langue française dans les délibérations. Heureusement que parmi les «eputés d'origine canadienne, il se trouvait quelques hommes de la plus haute capacité, bien capables de résister à l'orage, et surtout, bien déterminés à revendiquer la justice de nos droits. Parmi ces derniers on distingue, entre tous, MM. Papineau et Bédard, deux des plus grandes figures de notre régime constitutionnel; tous deux avaient reçu une éducation classique au séminaire de Québec. |
Les Anglo-Canadiens — il n’est guère besoin de le dire — ne réussirent pas à remporter les deux pcints
qu'if: avaient tant à cœur de gagner. M. X. Antoine Panet fut élu président de la chambre, et il fut décidé que la langue française serait sur le même pied que la langue anglaise, pour les débats, comme pour la rédaction des procès-verbaux de l'assemblée.
A partir de cette époque, mes enfants, l'histoire de votre pays, jusqu’à 1812, a été une suite non-in:errompue d’odieuses vexations, parfois de mesures {yranniques, inventées dans le seul but d’angjlifier les Canadiens-Français, et de les forcer à renoncer à leur langue, à leur nationalité,
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à leur religion. Les lignes suivantes que publiait, un jour, le Mercury résument arfaitement l'état de la situation à cette période de notre histoire :
«Cette province, disait ce journal, est déjà trop française pour une colonie anglaise. Que nous soyions en guerre ou en paix, il est absolument nécessaire que nous fassions tous nos eflorts, par tous les moyens avouables, pour nous opposer à l'accroissement des Français et à leur influence. Après une possession de quarante-sept ans, il est juste que la province devienne anglaise ».…
Au mois de novembre 1806 parut le Canadien, avec Ja noble mission de défendre «Nos Institutions, notre Langue et nos Loix ».
«Ce journal, dit Garneau, marque l'ère de la liberté de la presse en Canada. Aucune feuille, avant lui, n’avait encore osé discuter les questions politiques comme on le faisait dans la métropole. Il donna un grand élan aux idées constitutionnelles, et, à ce litre, son nom mérite d'être placé à la têle de l'histoire de la presse du pays ».
Cependant, le despotisme des gouverneurs continuait toujours à s'appesantir Sur la pepulation, et la tyrannie de Craig, entre autres, devint insupportable. Faible et maladif, ce gouverneur croyait voir partout les fils cachés de quelque conspiration infernale. A la suite de quelques articles pourtant bien inoffensifs du Canadien, mais dont l'un portait le singulier titre: «Prenez-vous par le bout du nez», les presses de ce journal furent saisies par une escouade de soldats, et l'imprimeur Lefrançois fut jeté en prison, sous accusation de haute-trahison.
En même temps, ordre était donné d'arrêter MM. Bédard, Taschereau, Blanchet, Laforce, Papineau, Corbeil, et plusieurs autres citoyens notables. Ces illustres détenus furent libérés au bout de peu de temps ; mais Bédard, le chef du parti, refusa longtemps de quitter sa prison, exigeant qu’on lui fit subir son procès, afin de pouvoir laver la souillure imprimée à sa réputation.
Obligé, plus tard, de rendre compte de sa conduite au gouvernement anglais, Craig disait, entre autres choses, dans ses dépêches, que les Français et les Anglais ne se fréquentaient mas; que, pour les basses classes, le nom d'anglais était synonime du ni ! iméprisable ; que
les Canadiens étaient ploncés dans une ignorance extrême ; qu'ils étaient ivrognes, insolents envers leurs supérieurs et lâches sur le champ de bataille ; et que, par rapport à leur religion, elle devait être assujettie à la suprématie de l'église anglicane. Il se plaignait de ce que le roi ne nommail ni les évêques, ni les curés ; ce qui était une grande imprudence, à son avis, vu qu'on ne pouvait se fier à eux ; leur foi les rendant les ennemis secrets de l'Angleterre et les amis de la France.
Craig était, avant tout, jaloux de remporter un point : celui de choisir les évêques et de nommer aux cures. Mais, dans l'intervalle, un des plus grands évêques, et, en même temps, un des plus grands hommes d'état dont le pays a le droit de s'enorgueillir, venait d'être appelé au siége épiscopal de Québec : l'évêque Plessis.
Craig, ‘désireux de gagner l'évêque Plessis à sa cause, eut avec lui plusieurs entrevues. Dans l'une d'elles il disait : « Les curés n'ont pas le üroit de poursuivre pour leur dîme, et vous-même, quel maigre revenu avez-vous » ? A cela, l'évèque répondit noblement : « Les revenus sont la dernière chose qu'un ecclésiastique doive rechercher ; le clergé catholique a souvent prouvé qu'il savait faire des sacrifices en ce genre. Quelque pauvre et précaire que soit ma situation, j'ai. 1ais mieux qu'elle le fût encore plus que de donner lieu à mes diocésains de dire que j'ai vendu mon épiscopat ».
Bientôt, Craig, atteint depuis longtemps d’une maladie mortelle, partit pour l'Europe (juin 1811). La période de son administration a été longtemps désignée sous le nom de ÆRègne de la Terreur. » Cette qualification, dit Laverdière, renferme plus d'ironie que de vérité. Il ne fit pas répandre de sang, malgré la violence de son caractère ; il ne fut que la dupe des mauvais conseillers qui l’entouraient ».…
oxcremes avant le départ de Craig, les relations entre les États-Unis et l'Angleterre, (qui était alors occupée à guerroyer contre Napoléon) avaient cessé d'être amicales. Maîtresse des mers, l'Angleterre voulait obliger les États-Unis à rompre toutes relations commerciales avec les parties belligérentes ; elle alla même jusqu'à capturer plusieurs navires américains. Les choses allèrent ainsi, de mal en pis, jusqu'à 1812.
Les discordes et le mécontentement qu'avaient fait naître au Canada la conduite despotique de Craig, firent croire aux Américains que le temps était venu de frapper un grand coup, et d'amener forcément l'annexion du Canada à la république américaine.
Conséquemment, dans la prévision d'une guerre prochaine avec les États-Unis, l'Angleterre crut faire acte de sage politique en faisant tout en son pouvoir pour calmer l'agitation bien légitime des Canadiens ; et elle envoya pour les administrer un des meilleurs gouverneurs qu'ils aient jamais eus : Sir George Prévost.
Un des premiers actes du nouveau gouverneur fut de nommer à des postes de la plus haute importance plusieurs de ceux qui avaient été les victimes du despotisme de Craig. Ainsi, M. Bédard, le même qui avait été emprisrnné par Craig, fut nommé juge aux Trois- Rivières ; M. Bourdages fut élevé au rang de colonel dans la milice. En peu de temps, les liens de la plus grande sympathie s'établirent entre le gouverneur e* la population, et les nuilleurs rapports entre Sir George Prévost et le clergé. L'évêque Plessis profita de ces bonnes dispositions pour préparer d'avance la reconnaissance, par l'Angleterre, du titre officiel de l'évêque catholique de Québec.
Grâce à l'heureuse disposition de son caractère, et à la politique habile qu'il avait mission d’inaugurer, Prévost obtint tout ce qu'il voulut: hommes et argent ; aussi, lorsque vint la déclaration de guerre, en juin 1812, le Canada était assez bien préparé pour la défense. Cette
fc 3, contrairement à ce qui était arrivé en 1775, toute la population du pays — française et anglaise — était unanime à repousser l'invasion.
Les États-Unis étaient fort peu préparés pour une pareille entreprise ; chez eux, tout était à faire. Ils n'avaient ni armée, ni généraux, ni matériel. Cependant, la nouvelle république mit sur pied trois armées différentes qui portaient des titres pompeux : armée de l'ouest, armée du centre, ar:.ée du nord.
Les deux armées de l’ouest et du centre, dirigées contre le Haut-Canada, n'eurent pas grand succès; celle de l'ouest se rendit prisonnière, son général en tête, sans même brûler une cartouche ; celle du centre fut battue à Queenstown ; et 1000 hommes, sur les douze à quinze cents qui la composaient, furent cernés et forcés de mettre bas les armes.
L'armée du nord, de beaucoup la plus forte, était dirigée contre le Bas-Canada, et devait frapper les grands coups. Elle était en marche sur Montréal, iorsque à la rivière Lacolle elle fit rencontre des avant-postes canadiens commandés par de Salaberry. En voulant cerner le héros canadien dans ses retranche'nents, deux divisions de l'armée américaine se prirent réciproquement pour l'ennemi, et se fusillèrent si bien que les miliciens canadiens n'eurent qu'à les laisser faire. Grâce à cette singulière méprise, et à la nouvelle que toute la milice canadienne de Montréal et des environs se mettait en mouvement pour venir à sa rencontre, l'armée américaine abandonna la partie et se retira.
De bonne heure, au printemps de 1813, les hostilités recommencèrent ; cette fois encore par le Haut-Canada. Il y eut une foule d'engagements dans lesquels les Hcuts- Canadiens eurent presque constamment le dessous. Les Américains, enflés de leurs succès, poussaient la guerre avec vigueur ; et il ne leur restait plus qu'à s'emparer de Montréal et de Québec pour se rendre maîtres du Canada.
Ce fut alors que la célèbre victoire de Châteauguay vint les arrêter dans leur marche, en leur infligeant une défaite dont ïls ne purent pas se relever dans la suite. Voici, ei peu de mots, le récit de cette glorieuse affaire. L'armée américaine, forte de 7000 hommes, et com-
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mandée par le général Hampton, s'approchait des frontières. Aussitôt qu'on eut avis de son approche, les capitaines Levesque ** Debartzch, à la tête de quelques compagnies de 1 1ces canadiennes, fuicnt envoyés à leur rencontre. Le lendemain, ce détachement était rejoint par le lieutenant-colonel de Salaberry avec ses voltigeurs et une compagnie de milice canadienne.
De Salaberry connaissait bien cette partie du pays, ayant eu l'occasion, quelques semaines auparavant, de faire une expédition sur la frontière américaine.
A la tête de sa petite troupe, de Salaberry se rendit à une lieue plus loin, où il fit rencontre d'une patrouille de l'armée américaine ; aussitôt il fit faire halte, et commença à se retrancher.
L'endroit où il se trouvait étant rempli de ravins profonds, de Salaberry y établit quatre lignes de défense au moyen d'abatis. Les premières lignes étaient distantes les unes des autres d'environ deux cents pas , la quatrième était à à-peu-près un demi-mille en arrière ; là se trouvait un gué très important à défendre.
Telle était la position occupée par * héros canadien et ses 300 braves, lorsque les troupes de Hampton firent leur apparition.
En avant de l'armée américaine, un officier de haute stature s'avança à cheval jusqu'à la portée de la voix, et cria en français aux voltigeurs: « Braves Canadiens, rendez-vous, nous ne voulons pas vous faire de mal». A peine l'officier américain avait-il prononcé ces mots, qu'une balle le culbutait en bas de son cheval; ce coup avait été tiré par de Salaberry lui-même ; ce fut le signal du combat. Aussiiôl, ies trompettes se inirent à sonner la charge, et une fusillade des plus vives s'engagea entre la première ligne de défense canadienne et les Américains. La bataille continua ainsi pendant plusieurs heures, interrompue, de temps à autre, par des hourras poussés des deux côlés.
Cependant, les Américains, malgré leur nombre, ne purent jamais entamer les abatis, et finalement, ils furent obligés de retraiter avec précipitation. Ce fut ainsi que 3 à 400 Canadiens-Français vainquirent 7600 Américains, après une lutte prolongée de quatre heures.
A partir de ce moment, mes enfants, l'histoire de votre
pays jusqu'à 1837, offre le spectacle de luttes parlementaires de la plus grande importance, mais dont le récit n'offrirait qu'un attrait médiocre à des enfants de votre âge. Dans ce long duel engagé entre la chambre d'une part, et les gouverneurs et le conseil exécutif de l'autre, les Canadiens-Français eurent de valeureux champions dans les Papineau, les Bédard, les Viger, les Bourdages, les Nelson, les Cuvillier, les Quesnel, les Me ‘1, et plusieurs autres. M. L. J. Papineau, appelé à la présidence de la chambre d'assemblée en 1815, à l'âge de 26 ans, remplit ce poste important durant presque toute la période comprise entre 1615 et 1837. De l'aveu de tous, M. Papineau a été le plus grand orateur populaire et parlementaire du Canada, et son éloquence hors ligne a exercé sur nos destinées une influence immense.
Enfin, la situation devint tellement tendue qu'en 1837, des troubles sérieux éclatèrent, lesquels aboutirent bientft à une véritable rébellion.
«Ces troubles, dit Laverdière, commencèrent à M. *tréal, le 7 novembre, entre les «fils de la liberté » et 1es «constitutionnels », puis s'étendirent successivement à Chambly et à Saint-Denis, où 800 hommes se réunirent sous le docteur Nelson au bruit du tocsin. Après six heures ae co:.bat, les troupes anglaises furent obligées de s'enfuir. Dans le même temps se livrait la bataille de Saint-Charles, où périrent un grand nombre d'insurgés. Sir John Colborne, envoyé à Saiat-Eustache avec 2000 hommes, y battit les insurgés qui s'étaient retranchés, au nombre d: 250 environ, dans l'église et dans le couvent ».
Dans ces divers combats, les Canadiens-Français se distinguérent toujours par leur excessive bravoure. Ainsi, à Saint-Denis, les 800 insurgés commandés par Nelson “avaient, en tout, que 120 fusils dont la plupart ne ralaient rien. A défaut de fusils, ils se battirent avec des lances fabriquées par eux-mêmes, avec des fourches et des bâtons. Même chose à Saint-Charles et à Saint- Eustache.
Dans ce dernier engagement, le docteur Chénier, à la tête de 200 à 250 hommes, entreprit de tenir tête à 2000 réguliers de l’armée anglaise commandés par Sir John Colborne.
S'apercevant que la plupart d'entre eux n'avaient pas d'armes, les hommes de Chénier allèrent lui faire des plaintes ; Chénier leur répondit héroïquement : « Soyez tranquilles, il y aura des hommes tués, vous prendrez leurs fusils ».
Le village de Saint-Eustache était alors cerné par les troupes anglaises, et bientôt leur artillerie ouvrit le feu. Au bout de deux heures de canonnade, l'incendie se déclara dans les édifices occupés par les insurgés. «Les balles et les flammes, dit Garneau, obligèrent ceux-ci de les abandonner les uns après les autres, jusqu'à l’église qui fut bientôt entourée, à son tour, par les troupes anglaises, et par l'incendie qui approchait». — Chénier voulut s’y défendre ; une mer de feu le repoussa. Alors, inspirant à quelques-uns de ses hommes le courage dont il était lui-même animé, il sauta par une fenêtre, et chercha à se faire jour au travers des ennemis. Il parvint jusqu'au cimetière où il fut atteint d’une balle, et expira aussitôt.
A partir de ce moment, ce ne fut plus qu'une scène de carnage. On ne fit quartier à personne, et le village entier fut abandonné au pillage et aux flammes.
« Lorsqu'on enterra les morts, dit Garneau, on trouva sur plusieurs rebelles tués de petites billes de pierre dont ils se servaient en guise de balles ».
Colborne prit ensuite plaisir à promener le fer et la flamme dans une foule de paroisses el de villages paisibles ou pacifiés ; pour toute punition vos pères lui ont infligé le sobriquet de « VIEUX BRULOT », sobriquet qu'il portera toujours dans notre histoire.
Lorsque l'insurrection fu apaisée, l'esprit de vengeance eut beau jeu, et les exécutions commencèrent. Treize condamnés — l'illustre de Lorimier en tête — furent pendus; un plus grand nombre fut envoyé en exil.
De tous ceux qui périrent sur l'échafaud, aucun, peutêtre, n’excite plus de sympathies que l'infortuné de Lorimier. Ilest difficile de retenir ses larmes à la lecture des lettres qu'il écrivit à sa femme, à ses parents, à ses amis, durant les derniers jours qui précédèrent sa mort. Ces lettres sont pleines de patriolisme, et, en même temps, de soumission aux décrets de la Providence; ce sont des chefs-d'œuvres de sentiment, de noblesse d'âme, de
smnREr sas snnemns cernes ———
désintéressement, de générosité du cœur, de résignation.
Quels qu'aient pu être les torts des insurgés de 1837 — pendus ou exilés — un fait est certain : c'est qu'ils furent toujours animés des plus beaux sentiments de patriotisme et de religion. La lecture des lettres de Chevalier de Lorimier en fait foi, mieux que toutes les dissertations les plus savantes ; je vais vous lire des extraits de deux de ces lettres ; elles donnent une idée parfaite de l'état des esprits à cette époque malheureuse. Ces lettres sont intitulées dans le Répertoire National : DERNIÈRES LETTRES D'UN CONDAMNÉ.