‹ Histoire posthume de Christophe ColombChapitre 149 sur 250 · OPINIATRE ET SERVILE RÉPÉTITION · texte numérisé non relu

OPINIATRE ET SERVILE RÉPÉTITION

loin la calomnie, ils ne sauraient créer ime Tradition, puisque la Tradition nous est forcément antérieure. Elle s'accepte, s'étend, se transmet, mais ne s'improvise pas sur commande* Devant la saine critique leur prétendue Tradition se vaporise et se résout en une têtue répétition du même mensonge. Ainsi, la prétenti(»i des Calomniateurs est réfutée jusque par le propre nom de Tradition, qu'ils emploient, pensant ainsi en imposer et se donner Créance.

L'invention Calviniste du pontificat de Saint Pierre, à Babylone, la fable de la Papesse Jeanne, l'historiette moins ancienne de la béquille de Sixte-Quint, quoique absurdes, sont en circulation depuis plus de deux siècles. Nos professeurs avaient entendu dans leur enfance raconter ces trois inepties , dont la triste origine remonte aux premiers sectateurs de la Réforme. Les bonnes gens qui ont aujourd'hui la naïveté d'y croire, ou de les répéter, peuvent donner comme excuse l'ancienneté du récit , et , à la rigueur, appeler cela une Tradition, car ces dires saugrenus avaient été recueillis de la génération précédente , qui les avait à son tour reçus de la génération antérieure.

Ici , au contraire, rien ne nous a précédés , rien ne nous a été légué , rien ne nous a été transmis. Donc la prétendue Tradition dont se targuent les ennemis du Serviteur de Dieu n'est qu'une magistrale imposture. Les insulteurs du surnaturel redoublent d' efforts contre la renommée de Colomb , depuis que sa grandeur Ca-

DES MÊKES MENSONGES. 287

tholique devient plus manifeste, et que les sympathies chrétiennes s'accroissent en faveur de sa Cause. Les tentatives du bibliographe Américain semblent les piquer d'émulation . Les uns résument succinctement Spotorno et Navarette dans leurs accusations. Les autres , se croyant plus hardis, marchent à reculons, rétrogradant de trois cents ans, afin de remettre sur le tapis les vieilles calomnies d'Oviedo, les honteuses menterîes des enquêtes du Fiscal , sous les règnes de Ferdinand et de ison petit-fils Charles-Quint.

Il faut que les adversaires du Héros Apostolique , les positivistes , les progressistes humanitaires soient bien au dépourvu de faits et de raisonnements, pour reproduire, en 1875 et 1880, de vieilles sornettes tombées dans le ridicule depuis plus de trois siècles.

Les calomniateurs Génois risquent maintenant d'être distancés par les Américains : qu'ils y prennent garde.

Voici que le Brésilien Varnaghen, diplomate, Bibliographe et franc-maçon , conteste à Colomb sa priorité de la Découverte du Nouveau Continent. Il se persuadait, en 1865, que le public était maintenant mieux disposé à reconnaître les droits du Florentin Améric Vespuce. Nous regrettons que M. A. de Moflfras lui prête appui en cette occasion , et engage le lecteur à se défier de l'opinion généralement admise relativement au Découvreur du Nouveau Monde. Laissons à d'autres ces excentricités Américaines.

Un membre de l'Université des États-Unis, le profes-

seur Anderson, est encore plus net dans ses négations. 11 publie à Chicago V Amérique non découverte par Colomb ; c'est là sans contredit une des plus « curieuses hardiesses de la Critique érudite ».

Les lauriers de cette audace empêchaient de dormir un autre Américain, vaillant en nouveautés, le citoyen Goodrich. Celui-ci, stimulé par la gloire, sent s'échauflfer sa verve. Comment surpassera-t-il le professeur de Chicago? — En contestant au Révélateur du Globe non seulement sa Découverte, mais jusqu'à son propre Nom. Et bravement il imprime à New-York, en 1875 , un livre intitulé : « Caractère et Faits de VAimi Nommé Christophe Colomb »!!!... Nous n'avons point sous les yeux ce singulier Ouvrage; mais la Société géographique Italienne en a cité un fragment que le Chanoine calomniateur du Héros nous saura gré de reproduire ici. Nous l'empruntons au très excellent livre de M. Antonio Dondro : l'Onesta ai Cristoforo Colombo. Voici textuellement cet effronté passage :

« Colomb commença à naviguer en faisant le pirate. Il s'appropria les connaissances et les découvertes faites avant lui par un pilote qui mourut en laissant ses notes dans sa maison. Il trompa les Rois d'Espagne pour obtenir les moyens d'entreprendre son expédition. Il n'eut en vue que de s'enrichir dans ime terre qu'il se représentait comme pleine d'or et de choses précieuses. S'il réussit à faire sa traversée, il en fut redevable aux frères Pinzon, ses compagnons de

route, qui étaient meilleurs marins que lui. Enfin il fut un menteur, un chercheur d'or, un marchand d'esclaves, un hâbleur, un charlatan. »

Qu'ajouter encore? C'est sans doute d'après une appréciation du même genre, qu'un économiste distingué, M. de Molinari, a eu le courage d'écrire, dans une notice intitulée la Politique et les affaires : « Si Christophe Colomb n'avait pas eu dans quelque mesure le tempérament d'un Joueur, aurait-il risqué sa vie et celle de ses compagnons pour l'incertaine perspective de découvrir la nouvelle route des Indes? »

Très probablement, l'auteur de ce travail en est satisfait; il s'applaudit de son idée, et pense avoir deviné le fond même du caractère de f Aventureux marin. C'est ainsi que l'Esprit de Dieu est interprété par l'Esprit du Monde. Pour les hommes du siècle, les gens pratiques, les positifs , le Messager de l'Évangile au delà des Mers demeure une énigme qu'ils cherchent en vain à expliquer, d'après leurs propres sentiments, et qui devant leur impuissante clairvoyance restera toujours un livre fermé.

En considérant le protestantisme, l'incrédulité, le positivisme, occupés avec tant de zèle à disserter sophistiquement sur la sublime personnalité de Colomb, pour la diminuer, la rapetisser et la confisquer à leur profit, il nous semble distinguer à travers cet acharnement comme un indice de la Sainteté du Serviteur de Dieu, C'est principalement depuis que la voix des Dio-

cèses sollicite, en faveur du Chrétien incomparable, la récompense de ses suréminentes vertus, qu'on voit les ennemis de l'Église s'opposer de toutes leurs forces à la Glorification du Héros Catholique.

Page 1