‹ Histoire posthume de Christophe ColombChapitre 194 sur 250 · POUR LÀ MÉMOIRE DE COLOMB · texte numérisé non relu

POUR LÀ MÉMOIRE DE COLOMB

î\ la Tiare, revêtait la pourpre Romaine, nous prenions la plume, et notre livre : La Croix dans les DEUX Mondes esquissait, pour la première fois, la vraie physionomie du Révélateur de l'autre hémisphère.

On sait les résultats de cet Ouvrage. S«r traductions, ses nombreuses réimpressions, et jusqu'à ses contrefaçons portèrent au loin la gloire du Chrétien incomparable.

En revenant de Gaôte, après la tourmente révolutionnaire, à peine rentré au Vatican, Pie IX daigna encourager, de vive voix, nos recherches pour une histoire complète de Christophe Colomb. En outre, Sa Sainteté voulut spontanément le faire par écrit. Elle jugea que c'était opportun. Le Souverain Pontife nous disait qu'assurément, lorsqu'aurait paru notre Ouvrage , il deviendrait évident, comme nous le soutenions à bon droit, que Christophe Colomb avait été aidé par l'influence du Saint-Siège, et principalement soutenu du clergé, dans son entreprise (1).

Dès que notre Histoire fut livrée à la publicité , le Pape félicita son auteur, l'honora de hautes distinctions, et ensuite laissa l'opinion se former librement.

Chose singulière , aucun des grands journaux reli-

(1) « ut lu jure oplimo affirmas, dilecle Fili, Chrislophorum ipsum Apostolicœ hujus Sedis impulsu et auxilio clerique prœsertim magno studio id prœcellentis cœpisse consilii. » Bref, du 10 décembre 1851.

372 J. BARBEY d' AUREVILLY PRÉDIT, EN 1856,

gieux de France ne rendit compte de cet ouvrage. La nouveauté de ses affirmations et de ses aperçus excitait une vague défiance. Le nimbe céleste dont nous avions ceint le front du Navigateur de Dieu, inquiétait certains esprits. Malgré les diverses correspondances de Rome, ébruitant le flatteur accueil fait à notre personne, les Conrards du journalisme gardaient un silence qu'ils estimaient prudent, quand tout à coup une voix s'éleva , rompant le calme de ce mutisme opiniâtre. C'était l'opinon pleine d'autorité du maître des critiques, de notre illustre écrivain, Jules Barbey d'Aurevilly. Elle annonçait que ce livre, dont nul ne parlait encore , ferait malgré tous son chemin dans le monde, et qu'on pouvait, dès à présent, le prendre pour le procès-verbal d'une future Canonisation.

Cette déclaration Vaticinienne , si hardie dans son objet, si affirmative dans son assurance , fut un grand étonnement pour le public mondain. Bien peu alors crurent à la prophétie ; néanmoins aujourd'hui son accomplissement ne nous semble guère éloigné. C'est que l'intuition de l'éminent critique s'était élevée jusqu'à la hauteur du Héros, avait pénétré les mystiques profondeurs de ce cœur illuminé de la Grâce, et surpris à travers ces splendeurs les signes indéfectibles de la sainteté. M. d'Aurevilly était, du premier coup d'oeil , arrivé par la puissance de l'induction , au résultat définitif d'une telle vie. Il avait reconnu dans

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