‹ Histoire religieuse du département de l'HéraultChapitre 101 sur 141 · II — LES PRÉMONTRÉS DE F0NTCAUDE · texte numérisé non relu

II — LES PRÉMONTRÉS DE F0NTCAUDE

L'abbaye des Prémontrés, fondée par quelques riches seigneurs, en 1154, avait son église dédiée à la Vierge Marie. Elle était située dans une riante vallée, à trois lieues de Saint-Pons et possédait autrefois de vastes et

(1) Ruinée définitivement par la tempête révolutionnaire, l'emplacement de l'abbaye est occupé aujourd'hui par Thôtel de ville, le tribunal de la justice de paix, Técole communale et la place du marché.

(2) Du Mkge, X, 729; — Fisquet ; — Soupairac.

magnifiques bâtiments qui furent pillés, puis incendiés à deux reprises par les Calvinistes, avec leurs belles archives et lès reliques des Saints. Pour la troisième fois cependant, bâtiments, cloître et dortoirs sortirent de terre, et Fontcaude, à travers des phases diverses dura jusqu'à la Révolution, ayant à sa tête l'abbé commendataire de Lisle, grand-archidiacre du diocèse de Nevers, qui avait été nommé en 1784. Son bénéfice lui rapportait 5,000 liv. et était taxé en cour de Rome à 300 florins.

m. — LES RÉCOLLETS (1)

Les Récollets avaient deux couvents de leur ordre dans le diocèse de Saint-Pons, l'un dans la ville épiscopale, l'autre à Saint-Chinian, peuplés de 23 religieux, soit prêtres, soit simples frères lais.

1^ Les Récollets de Saint-Pons. — Cette maison était de beaucoup la plus considérable et avait pour sa part les deux tiers environ du personnel que nous venons d'indiquer. Elle fut, sinon bâtie, du moins restaurée et repeuplée par les enfants de S. François, après les guerres dévastatrices des Huguenots; peut-être sous l'épiscopat de Pierre de Fleyres qui tint le siège de Saint-Pons en 1587 et s'occupa beaucoup d'œuvres de zèle. Les Récollets établis dans cette ville étaient employés par les évêques comme auxiliaires du clergé paroissial, et plus particulièrement pour la prédication et la direction des âmes. Ils eurent cependant le malheur de déplaire à un de ces prélats, sans doute à l'occasion de la polémique engagée au sujet des Jansénistes et de la fameuse bulle Unigenitus. Nous voulons parler de M. de Percin de Mdntgaillard. Il publia

(1) Documents communiqués par M. Fernand Barthès, de Saint- Pons.

LES RÉGOLLETS l75

une ordonnance par laquelle il fit défense à ses diocésains d'assister aux offices divins célébrés dans l'église des PP. Récollets. Il ne tarda pourtant pas à rendre ses bonnes grâces aux religieux dont il avait eu à se plaindre. Parmi ceux dont les noms nous sont plus particulièrement connus, nous citerons le P. Guiraudet, ancien gardien, le P. Latanec et surtout le P. Valeton, également ancien gardien de la maison de Saint-Pons et provincial du district (1).

2^ Les Rêcollets de Saint-Chinian, — Le couvent de Saint-Chinian était habité au xviii« siècle par cinq religieux, dont 4 étaient prêtres, et 2 seulement approuvés par l'autorité épiscopale pour exercer le saint ministère en dehors de leur maison. Un autre religieux, jeune encore, mais revêtu du sacerdoce, étant venu augmenter le personnel de la maison, l'évêque, M. de Guenet, le chargea de desservir temporairement, avec le titre de pro-vicaire, la vicairie perpétuelle de Cruzy (qui dépendait de l'abbaye de Saint-Chinian), en remplacement d'un prêtre étranger au diocèse, renvoyé par l'évêque à cause de ses antécédents peu flatteurs (qu'on ignorait dans le principe). Non content de lui faire quitter la paroisse, le prélat l'avait dénoncé au pouvoir séculier; mais le curé obtenait du Parlement de Toulouse un arrêt qui le maintenait en possession de sa cure, usurpée cependant.

(1) Le P. Valeton vivait encore sous la Restauration. En 1821, devenu aveugle^ mais toujours plein de zèle, il se fit conduire au quartier de Saint-Pons appelé le Pioch, où logeait l'ancien évêque constitutionnel Rouanet. Le voyant près de sa fin, il essaya de le faire revenir de ses erreurs schismatiques et de Tamener à une rétractation; tout fut inutile et Rouanet mourut en dehors de l'église catholique. — De nos jours, l'ancien couvent des Récollets est occupé par un petit séminaire, fondé en 1826 et confié à la direction de prêtres du diocèse. En 1866, ces prêtres furent remplacés par les prêtres de la Mission.

A cette nouvelle, grande joie, à Cruzy, dans la famille du prêtre expulsé et acquitté. Elle demande au Récollet pro-vicaire de chanter une messe d'actions de grâces. Le jeune religieux, sans penser que l'arrêt du Parlement, favorable à l'accusé, ne saurait l'être à l'évêque, se rend à la prière qui lui est faite et, à 5 heures du matin, le 8 juillet, fête de Ste Elisabeth, reine de Portugal (honorée du culte particulier chez les Franciscains), chante la messe avec le secours de deux chantres et l'assistance d'une dizaine de personnes.

M. de Guenet, fort mécontent de l'étourderie du jeune religieux, en rend responsables les Récollets de Saint- Chinian et même ceux de Saint- Pons qui, les uns et les autres, vu la distance, ignoraient ce qui s'était passé. Il les interdit par voie d'huissier. Le gardien du couvent de Saint-Pons accepte l'interdit, sans formuler aucune plainte, aucune réserve ; celui du couvent de Saint-Ghinian, au contraire, déclare trouver l'interdit en opposition formelle avec les privilèges de son ordre et en appelle comme d'abus devant qui de droit. L'évêque publie peu après un Mandement, remarquable par les nombreuses citations de textes tirés de l'Ecriture Sainte et des Pères de l'Eglise. 11 l'adresse au clergé de son diocèse et renouvelle l'interdit prononcé par lui contre les religieux Récollets (1). Ceux-ci répondent à l'évêque par une longue apologie (2) et l'affaire est déférée au Parlement qui (blessé sans doute de la manière peu flatteuse dont l'évêque avait parlé de

(1) Cette pièce porte la date du 14 octobre 1737.

(2) En voici le titre : « Réflexions sur le Mandement de Mgr l'Evesque de Sainù-Potis, par lequel il déclare au clergé de son Diocèse l'interdit qu'il a prononcé et qu'il renouvelle contre les religieux Recolès de son Diocèse. » Sans nom d'imprimeur^ pet. in-4* de 67 pag.

Page 1