LES DOMINICAINS
quartier de maisons et de jardins en occupe aujourd'hui remplacement, et il est aisé de voir, à leurs dimensions, que fort peu de couvents ont dû embrasser plus d'espace et offrir plus d'avantages à une famille monastique. Les Dominicains eurent là un de leurs plus beaux établissements, où il leur devint facile de recevoir, sans le moindre dérangement pour les religieux, n'importe quel monarque. Le roi de France y logea en 1351 et le roi de Navarre en 1418, et personne n'eut à quitter sa cellule. '
Lorsque les novateurs du xvi® siècle, devenus en force à Montpellier, se mirent en 1562 à abattre nos églises, le couvent des Dominicains dut naturellement ressentir un des premiers l'explosion de leur fanatisme. Ni ^l'aspect monumental de ses vastes bâtiments, où s'étaient rassemblés jusqu'à neuf Chapitres généraux de l'ordre, ni les pieuses fondations dont le zèle religieux s'était plu à le doter durant trois siècles, ni les saintes reliques, ni les nobles sépultures ne purent lui faire trouver grâce devant les modernes Vandales, et, à part quelques pans de murs, il ne demeura pas pierre sur pierre (1).
Les religieux de Saint Dominique, dépouillés et chassés, ne perdirent pas de vue la ville où, jusqu'à la période protestante, ils avaient été si bien traités. Pendant les intervalles de paix laissés par les Huguenots, ils revenaient souvent dans ses murs, et afin de pouvoir y séjourner, ils se retiraient dans la maison du Vestiaire dont la mairie actuelle a absorbé l'emplacement. Enfin, en 1611, le prévôt Louis de Glaret, qui jouissait de l'église Saint-Matthieu, à titre de patron et de collateur, leur en ayant fait cession ainsi que du terrain attenant, ils prirent possession de cette maison; mais au commencement du siège de la ville par Louis XIII, ils durent se
(1) D'AlGREFEUlLLE^ GeRMAIN*
retirer; ce n'est qu'en 1626 qu'ils s'établirent définitivement dans la maison qu'ils avaient fait construire sur le terrain cédé par Louis de Claret et qui est voisine de l'église Saint-Matthieu. L'élroitesse et la modestie de ce nouvel édifice contrastaient singulièrement avec la grandeur et la magnificence de l'ancien. Il était suffisant pour servir de résidence aux quelques rares habitants auxquels il était destiné. A la Révolution, le nombre des religieux était réduit à cinq : savoir, les PP. Flayol, supérieur^ Maux, Issac, Gautier et Bois.