CHEZ LES HÉBREUX
€ Entre les usages de la fête des Tabernacles, si rigoureusement c observée par les Juifs, il n'y en avait point de plus solennel, selon « leurs traditions, que l'effusion qu'on y faisait des eaux de la fontaine < de Siloê. Tous les écrivains en ont parlé; l'Ecriture Sainte cependant ^ ne dit rien de cet usage, et il n'a point été ordonné par la loi. On « remarque seulement dans la Bible que cette fontaine était en vénération '< chez les Hébreux (3). Quoi qu'il en soit, cet usage porte, chez eux «( comme chez les autres peuples, un sceau d'antiquité qu*on ne peut «c lui disputer. Les prêtres, suivis de tout le peuple qui poussait de « grands cris, allaient le matin, au soleil levant, puiser dans un vase de '' l'eau de la fontaine de Siloé et ils venaient la répandre avec un autre « vase plein de vin, au pied de l'autel des holocaustes. Cette cérémonie « se faisait deux fois le jour ou une seule fois, selon d'autres^ et se « répétait chacun des sept jours de la fête, etc.. (4) ».
0) L'Antiquité dévoilée par ses usages^ passim.
(2} Ibidem. Liv. 1, chap. I.
(3) On peut voir nar cet usage : Mainmonid. Corbanoth^ Cap. Vil. Scct. ultim. idem. Tamid. Cap. X. Sect. 6, et scq, Petr, Zern. Opusc. Sacra. Vol. 3, p. 20^ etc., etc. Rechembergerus Sacr. Jud. ritus antiqui. Part. /. Cap. 2. i 12g. La fontaine de SiioC* était hors des murs de Jérusalem. 11 fallait que la religion la rendit respectable aux Hcbreu^, puisque c'était près de cette fontaine qu'ils allaient faire le xacre de leurs Rois. ~ Livre lit des Rois, chap. I. vs. 3R.
f l) Voir l'auteur de L'Antiquité dévoilée par se» usafifs. 1 iv. I, ch.ip. 11. p. 47 et seq.
CÉRÉMONIE DE l'efFUSION DES EAUX A ITHOMB, EN MBSSÉNIE
« La ville d'Ithome, dans la Messénie, avait une Hydrophorie qu'elle « célébrait sans faire aucune mention du déluge. Les habitants appelaient « Clepsidre » ou eau cachée (i) la fontaine où ils allaient puiser de « Teau pour en faire reffusion, le jour de la fête de Jupiter Ithomate. « On ne disait point cependant à Ithome, ainsi qu'à Athènes, que des « eaux débordées se fussent autrefois dérobées et cachées par cet endroit ; « mais on disait que Saturne qui dévorait ses enfants, ayant aussi voulu < dévorer Jupiter qui venait de naître, on le lui avait enlevé par surprise « pour le confier aux nymphes de la Messénie qui rélevèrent, en secret, c près de cette fontaine dont Teau servit à le laver ». Cette cérémonie n'a certainement pas d'autre motif que le souvenir du déluge (2).
Il existe à Rome une église. dite des « Trois-F ontaines » bâtie sur remplacement des trois sources désignées sous le nom de « Tre fontane di S. Paolo » dont les fidèles viennent puiser et boire l'eau, avec une grande piété.
Sur un des autels élevés auprès de chacune de ces trois sources^ un tableau représente la tète de saint Paul.
Une très vénérée légende rappelle, qu'après la décapitation de l'apôtre, sa tête, en tombant, rebondit trois fois. Or, aux trois endroits marqués par le sang du glorieux martyr, trois fontaines jaillirent spontanément.
Personne n'ignore que Teau est entrée dans toutes les cérémonies religieuses des anciens peuples. Ils s'en servaient pour faire des effusions, des libations, des ablutions, des purifications et des expiations. Une infinité de nations ont conservé ces usages, et presque tous les peuples, idolâtres ou croyants dans l'antiquité, ont gardé pour l'eau un profond respect.
Les Egyptiens, longtemps avant les Grecs et les Romains, les Perses, les Chinois, les Japonais, les Arabes célébraient les « Hydrophories » ou fêtes du déluge. Et à des époques plus rapprochées de la nôtre, les Arméniens, les Moscovites, les Abyssins, les Cophtes ont toujours été très attachés aux cérémonies de leurs fêtes des eaux (3). Toutefois, nous nous hâtons de dire, avec Tauteur de « L* Antiquité dévoilée par ses usages », « que toutes les purifications, toutes les effusions, toutes les expiations « faites avec Teau, et regardées par le paganisme, comme des cérémonies « régénératrices, n'étaient que des inventions humaines, illusoires et qui « n'avaient d'autre effet que de favoriser les crimes en lavant les c criminels. Ces fausses expiations n'ont dû leur origine qu'aux méprises
(1) Pausanias. Lib IV. Cap. 33.— Mythologie de Bannier. Tome III. p. 35i. Ed. in-is de 1739.
(2) L'Antiquité dévoilée par ses usages, passim,
(3) Cf. l'auteur de V Antiquité dévoilée par ses usages. Liv. I, chap. I à IV, inclus.
< de l'ignorance et à l'abus que la superstition a fait de quelques usages, « simples emblèmes et commémoration du déluge qui avait changé, « détruit et renouvelé la face du monde. L'homme, trompé par ses « usages, attribua à l'eau une puissance qu'elle n'avait point et que «c Dieu seul pouvait lui donner. Avec lui, les usages se changèrent en « idolâtrie ». Au christianisme, seul, appartenait le privilège de faire la lumière sur tous ces errements d'un monde païen et de sanctifier fêtes, cérémonies, usages, par l'effusion régénératrice des eaux sacrées du Baptême.
Certes, ce ne fut pas œuvre facile que de substituer le vrai Dieu aux idoles, et d'élever le tabernacle eucharistique sur les ruines du temple de Jupiter ou de Vénus, si nous en jugeons par le laborieux apostolat des Apôtres, et par celui non moins pénible de leurs successeurs.
Et ce ne fut que vers l'année 453 qu'un Concile, celui d'Arles, déclarait sacrilège celui qui persisterait à rendre un hommage religieux aux arbres, aux pierres et aux Jontaines.
Un capitulaire de Charlemagne (Capit, Karl. Mag, lib. I, tit. 64, « p. 239) contient entre autres dispositions : c A l'égard des arbres, des « pierres et des fontaines où quelques insensés vont allumer des « chandelles et pratiquer d'autres superstitions, nous ordonnons que cet « abus si criminel et si exécrable aux yeux de Dieu, soit aboli et c entièrement détruit, partout où il se trouvera établi. >
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LE GUÉ DE LA ROCHE