INTRODUCTION. III
soin de m'entourer de toutes les lumières et d'étudier sur place les conllits (|ue l'imprudence ambitieuse de quelques agents subalternes a provoqués entre le Saint-Siège et le gouvernement français. Je désirais approfondir quelle part la cour apostolique et les Jésuites avaient prise au drame dont la Suisse a été et sera le théâtre. Je souhaitais de savoir comment, à travers tant de secousses et tant de luttes ardentes, la Compagnie avait pu se reconstituer en Europe; par quels moyens elle avait reconquis dans l'univers cette autorité morale si chaudement disputée; par quelles mystérieuses combinaisons elle est devenue, en s'échappant de ses ruines, un objet d'admiration ou d'effroi. Il m'importait d'apprécier loin de Paris des faits si contradictoires, et que la malveillance, spéculant sur la crédulité, prenait plaisir à dénaturer d'une si étrange façon.
Jl me répugnait de m'en tenir à des déclarations officielles qui, à mes yeux, ne pouvaient être que des ruses de chancellerie. Je suis allé à Rome et, sans demander aux parties intéressées le secret qui ne leur appartient pas en propre, j'en ai cependant assez vu, assez appris pour rendre un compte fidèle de cet escamotage diplomatique dans lequel certains Prêtres français ont joué un rôle aussi déplorable pour le caractère dont ils sont revêtus que pour leur dignité personnelle.
Les relations du Saint-Siège avec les puissances ont toujours eu quelque chose de mystérieux. La Cour pontificale s'entoure de réserve comme d'un vêtement. Elle comprend qu'en dehors des intérêts humains qui cherchent à s'élayer de son approbation tacite ou patente, elle a une force divine dont elle doit sauvegarder le prestige tout en le dérobant aux regards. Elle agit peu, lorsque la Foi ou la conscience des peuples ne sont pas menacées; mais de 1814 à 1845, elle a donné assez de gages de sa prudente fermeté pour espérer qu'elle aura toujours le courage de ses justices comme elle n'a cessé d'avoir le courage de ses vertus. Dans les circonstances difficiles où la Compagnie de Jésus s'est trouvée et se trouve encore placée, le Saint-Siège ne lui fit jamais défaut, car il sentait que les imprécations contre les Jésuites n'étaient en Allemagne et en France, en Suisse et en Espagne qu'un cri de guerre, un signal de ralliement donné par les moqueuses hypocrisies de l'impiété révolutionnaire, .'C liguant avec tous les fanatismes. Il fallait un mot de passe à ces indignations de commande qui, après avoir renversé les trônes, aspirent à briser la pierre sur laquelle Dieu a bâti son Église. Pour triompher plus sûrement, elles avaient formé le complot d'associer la papauté à un plan dont elles ne cachaient ni les ramifications ni le but. On essaya d'entraîner le Saint-Siège dans la voie fatale des concessions. Il vit le piège et ne dut pas consentir à s'y laisser prendre. On démantelait la Compagnie de Jésus afin d'arriver presque sans coup férir au cœur de la Catholicité. Le Père commun a résisté à des obsessions inouïes dans les fastes de la diplomatie, à des menaces ii réalisables, à de fallacieuses promesses, à des engagements imposteurs. Il a mieux aimé écouter le cri de sa conscience que de prêter l'oreille aux mensonges dorés. La Cour de Rome a suivi l'exemple de son chef.
C'est donc une histoire prise de vivo que j'écris aujourd'hui. Il faut montrer quelle est la puissance de certains mots sur des imaginations en travail de crédulité ou sur des natures malfaisantes mettant de stupides préjugés au service de leurs intérêts égoïstes et de leurs calculs irréligieux. V Histoire de la Compagnie de Jésus a été commencée quand l'orage menaçait les Jésuites, je l'achève au moment où la tempête éclate sur eux. Les guerres civiles faites en l'honneur d'un principe politique ou au détriment des rois et de la liberté des peuples ne sont plus possibles II ne reste au cœur de l'Europe qu'une agitation