‹ Histoire religieuse, politique et littéraire de la Compagnie de Jésus [microforme] (volume 2)Chapitre 3 sur 62 · LE · texte numérisé non relu

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14 CHAP. I. — IMSTOIRE

tisfaire leur animosité et la sienne. Depuis un ou deux mois, il s'en est présenté une qui a fait le plus grand éclat et qui aura des suites. Un jeune prince, Alexandre Galitzin, neveu du ministre des cultes élève depuis deux ans de notre Institut, âgé d'environ quinze années, excellent sujet sous tous les rapports, piété, diligence , succès dans les études, politesse, docilité, attaché singulièrement jusqu'alors à la Religion gréco-russe, voulant y attirer ceux de ses amis, même les Jésuites, par zèle pour leur salut, prenant pour cela, deux ou trois fois la semaine, des lecons d’un docteur en théologie russe, s’est tout-à-coup trouvé changé au point de se déclarer catholique aux dernières fétes de Noël. Quel étonnement pour tout le monde, et surtout pour ceux qui l'avaient vu et entendu parler en faveur de la Religion russe! Appelé par son oncle, le ministre des cultes, qui lui représente les dangers qu'il court, vu la loi qui défend en Russie d'attirer un Russe à la Religion catholique, il rend compte de sa foi avec netteté et fermeté, et dit qu'il est prêt à la signer de son sang.

» On le tire de notre Institut, et on le met au corps des pages avec son petit frère. En même temps, défense à lui et à tout Jésuite d’avoir ensemble aucune communication. Redoublement de surprise. On lui découvre une haire et une discipline. Qu'est ceci, bon Dieu ? Il avait attrapé ces instruments e mortification dans la chambre d’un Jésuite qui avait quitté Pétersbourg pour aller à Polotsk. On le fait paraître devant des Evêques et des popes qui l'interrogent et argumentent contre lui. Il-répond à tout de manière à étonner tout le monde, et les metieux-mêmes ad melam non loqui. On attribue aux Jésuites sa facilité de controverse , quoique les Jésuites n’y soient pour rien. On attend le retour de l’Enpereur pour savoir la décision de cette affaire. En attendant, les Jésuites ne reçoivent plus de Russes à leur Institut, mais seulement des Catholiques, afin de se soustraire aux tracasseries des popes. Mais il y a encore d'autres sujets de rancune. Plusieurs personnes marquantes sont soupçonnées d'être Catholiques : des espions sont chargés de les observer. C’est une vraie persécution. Les Missionnaires Jésuites de la Sibérie ont défense de rendre catholiques les Tartares idolâtres; ils doivent

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D& LA COMPAGNIE DK JÉSUS. 15 se contenter de donner leurs soins aux Catholiques. On leur défend mème de confesser et d’administrer les Grecs-Unis, qui n'ont point de prêtres de leur communion. Chose inouïe! voilà où en est la tolérance tant prônée de ce pay: sous le ministre des cultes Galitzin. La ville de Pétersbourg offre en ce moment un spectacle curieux : deux princes, Alexandre Galitzin ; l’un oncle et l’autre neveu, le premier, persécuteur outré de la Religion catholique et des Jésuites ; le second, Catholique zélé et imperturbable , défenseur de ses maîtres et ne demandant qu'à mourir pour sa Religion, vivant de manière à mériter cette grâce, si cette grâce de prédestiné pouvait se mériter. Après avoir essayé vainement l'argument de l'école pour le ramener au schisme, on essaie l'argument des plaisirs : on le mène à la comédie. Jusqu'ici cet argument a échoué comme les autres. »

Dans l'intimité de leur correspondances, les Jésuites déclinent toute participation à la conversion du fervent Néophyte. Ils ne s’en glorifient pas, ils ne-s’en accusent point. Le jeune Galitzin a pris de lui-même ce parti. Le Père Billy raconte avec naïveté les diverses phases de ce retour à la Foi romaine, et il s'arrête h. Le prince Alexandre déclare qu'aucun disciple de l'Institut ne l’a engagé à changer de culte, il soutient même qu'il n’a pas pu en trouver un pour recevoir son abjuration. La lettre du Père Billy corrobore pleinement ces faits. La vérité ne servait pas assez activement l’amour-propre froissé du ministre et la colère des popes : ils organisent une conspiration dans laquelle ils font en trer tous les intérêts de secte, toutes les vanités universitaires, tous les préjugés de nation. Il importait de disposer les esprits à une levée de boucliers contre les Jésuites : on s'applique à dénaturer leurs actes les plus indifférents; on altère le sens de leurs paroles, on les épie dans la chaire, on les suit jusqu'au pied des confessionnaux et de l'autel. Le Père Balandret jouit à Saint- Pétersbourg d’une confiance méritée ; il est Français : ce fut sur lui qu'on dirigea les plus minutieuses perquisitions. On interroge les élèves des Colléges de l'Institut, on presse ceux qui en étaient sortis depuis deux ou trois années de révéler les obsessions auxquelles ils ont dû être soumis pour embrasser le Catholicisme. es jeunes gens répondent que les Jésuites ne les ent’etinrent

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jamais de la différence des religions, et qu'ils les laissérent pratiquer la leur en toute liberté.

Galitzin et la Société biblique minaient le terrain sous les pieds des Pères, le métropolite Ambroise et les Universités les secondent avec une rare adresse. Il faut prévenir l'Empereur et l'Impératrice qui, à leur retour après la campagne de 1815 et le traité de Paris, doivent porter le dernier coup à la Compagnie. Tout est arrangé dans re sens. Les conversions ne se wuili pliaient pas plus que par le passé ; mais les autorités les environnent d’un éclat inquiétant. Jusqu'alors on a tenu secrcis ces im= perceptibles retours à l'Unité, on en fait tant de bruit que, dans chaque famille, on put croire à l’action déterminante d'un Jésuite. Les grands intérêts qui se débattaient dans le monde, Napoléon vaincu, l'Europe triomphant à Waterloo de la France épuisée, les Bourbons rétablis sur le trône, la Sainte-Alliance promulguée, tous ces événements disparaissaient à Saint-Pétersbourg devant l'attitude silencieuse de quelques Pères de l'Ordre de Jésus. Le Czar jetait son glaive dans la balance des affaires européennes, et ce glaive la faisait pencher au gré des diplomates moscoviles. Alexandre avait imposé la loi au Congrès de Vienne; il avait inspiré à Louis XVIIL une Charte constitutionnelle; les rois légitimes le saluaient comme le libérateur des monarchies. Toutes ces gloires venues à la fois, et qui devaient enivrer d'orgueil ses sujets, s'effaçaient au contact de quelques obscures prédications dans une église catholique. La Russie se plaçait à la tête des nations, et ses ministres ainsi que ses évèques affectaient de pâlir d'effroi parce qu'un petit nombre de dames de la cour renonçaient aux plaisirs trop bruyants pour écouter dans la solitude la voix de Dieu parlant à leurs âmes.

Cette situation, que le: {5:71i2s \'avaient point provoquée, les exposait à un double péril. On les accusait de faire des prosélytes qu'ils n'avaient jamais connus; il s'en présenta à leur tribunal quelques-uns dont il devenait impossible à un prêtre de repousser le vœu. La persécution appelait la Foi, elle engendrait des Néophytes. Sur ces entrefaites, l'empereur Alexandre arrive dans sa capitale. Les grandes crises auxquelles il présida, l’abaissement des uns, l’élévatiori des autres, les inconcevables change-

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ments dont l'Europe retentit encore, ont donné à ses pensées un cours plus mélancolique, il « vu de si près les hommes et les choses, qu'un immense dégoût s'est emparé de son Ame maladivement impressionnable. Pour en remplir le vide il se jette à cœur perdu dans le nouveau monde d'idées mystiques que la baronne de Krüdener ouvre * son intelligence rassasiée des voluptés, de l'ambition et de la gloire. Alexandre s'était donné des

” croyances individuelles ne reposant sur aucun principe certain :

il aspirait à les imposer comme .des convictions; mais il r’avait pas assez de vigueur dans l'esprit et de persévérance dans la tête pour atteindre ce but. On le berçe t de la pensée qu'il pouvait apparaître chef visible de l'ancienne Chrétienté régénérée par lui; ce fut cette pensée que l'on développa, afin de l'amener à sévir contre les Jésuites de son empire. H se fattait d'avoir réu'i dans un mème vœu de fraternité les cultes uissidents introduits par lui dans les Sociétés bibliques ; elles étaient l'instrument privilégié de la fusion piétiste qu’il révait à l'abri de son sceptre. Le Pape ne formait plus le lien de l'Unité: le rgne du Catholicisme faisait place à une union de tous les peuples “hrétiens. Alexandre savait que les Jésuites ne se prêteraient point à une pareïlle utopie; jaloux d'en accélérer les progrès, il laissa aux haines qu'il trouvait si ardentes autour de son trône le soin d’endormir ses justices. On lui parlait de frapper la Compagnie de Jésus, de commencer l'œuvre de proscription par un exil loin de Pétersbourg. L'empereur, qui n'aurait pas consenti tout d'un coup à cette iniquité, se prêta aux exigences de son ministre et de ses popes. Le 20 décembre 1815 il rendit l’ukase suivant :

« Revenu, après une heureuse conclusion des affaires extérieures, dans l'empire que Dieu nous a confié, nous avons été informé par beaucoup de notions, de plaintes et de rapports, des circonstances suivantes : L

» L'Ordre religieux des Jésuites, de l'Eglise catholique romaine, avait été aboli par une bulle de Pape. En conséquence de cette mesure, les Jésuites furent expulsés non-seulement des Etats de l'Eglise, mais aussi de tous les autres pays ; ils ne purent demeurer nulle part. La Russie seule, constamment guidée par des sentiments d'humanité et de tolérance, les conserva

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