IV INTRODUCTION
fébrile, Cette agitation emporte les esprits vers les idées religieuses. Les uns veulent à toute force maintenir l'intégrité de leur Foi, les autres aspirent à passer le niveau des innovations et de l’incrédulité sur les cultes vivaces. Le monde est encore devenu au dix-neuvième siècle un vaste champ-clos thévlogique. Ce mouvement, qui se traduit de tant de manières différentes, mais qui domine la France, l’Angleterre, l’Allemagne, la Russie polonaise, les provinces rhénanes, la Prusse, la Belgique, la Saxe, l'Espagne, l'Italie et la Suisse, n’est pas de ceux qui s’arrêtent à un premier choc ou qui se laissent comprimer par les caprices d’un Souverain.
L'origine de cette conflagration remonte au désenchantement politique, à des espérances déçues et au besoin de tenir l'univers attentif au bruit qu’aspirent à faire des intrigants que le hasard hissa un jour au pouvoir. Ces intrigants usèrent tous les ressorts terrestres. Sans autre Dieu que leur intérêt, sans autre mobile que des calculs individuels , ils ont essayé de soulever des passions qu’ils croyaient éteintes. Ces passions se dressent devant leur scepticisme moqueur avec toute la vivacité des croyances anciennes ou d’un prosélytisme nouveau.
L'Europe tend à une dissolution chrétienne ou à une reconstitution catholique. Tout £era bientôt mûr pour ce suprème effort de la pensée humaine. Chacun le prépare avec les moyens qui lui sont propres. Quand le jour sera venu, chacun marchera sous le drapeau de ses convictions ou de ses rêves ambitieux ; chacun se dévouera pour sa Foi menacée, ou combattra pour l’athéisme légal. Déjà on inaugure son règne en appelant l’exil ou la mort sur la tête des Jésuites.
Je ne veux ni défendre les proscrits ni attaquer les proscripteurs. Ce double rôle que remplit la presse militante ne convient pas aux allures de l’histoire. Elle n’a jamais été sous ma plume un panégyrique ou un pamphlet; je tiens à lui laisser la dignité de son indépendance. Il est nécessaire que toutes les positions soient nettement tranchées, que tout soit révélé, car ce n’est pas seulement l’Institut de Loyola qui est mis en péril, mais la Catholicité tout entière. Nous ne faisons appel, ni aux passions , ni aux espérances, ni aux terreurs ; nous ne marchons appuyé que sur la vérité. Si elle se trouve souvent en opposition avec des erreurs habilement accréditées ou avec des exagérations convenues, si elle froisse des amours-propres mal engagés, si elle dévoile de cautelenses intrigues, si elle brise le masque de quelques hypocrisies diplomatiques, rarlementaires ou sacerdotales, ce sera beaucoup moins à l’écrivain qu'aux ac'es et aux pièces officielles qu’il faudra s’en prendre. L'écrivain aura rempli son devoir jusqu’au bout, ne se préoccupant jamais des conséquences que pouvait entraîner une démonstration logique, et marchant sans crainte comme sans forfanterie provocatrice au milieu des événements que, pour le besoin de'sa cause, chacun a essayé de dénaturer.
Nous avons été en position de pénétrer le secret d’un grand nombre d’injustices calculées. De quelque côté qu’elles viennent, qu’elles naissent de la lâcheté ou de la trahison, de l’impéritie ou de la méchanceté, il importe de les mettre à nu. Tout en respectant les personnes et les convictions, nous ne pouvons pas néanmoins transiger avec les devoirs de l'historien, Dans un temps où l’on se permet tout, il faut tout dire.