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prisé cette maxime d’équité naturelle; mais aussi plusieurs, en voulant dépouiller les autres, se sont vus dépouiller eux-mêmes. Que le Prince s'efforce donc de comprendre quelle est la fin de l’autorité et quels sont les moyens de la bien exercer; qu’il sache que, sans beaucoup de travaux, il n’est point d’administration bonne et heureuse ; qu’il se garde bien de penser que cette fin est dans la jouissance des grandeurs, des honneurs, des richesses et des divertissements du monde; qu’il comprenne aussi que, dans les affaires qu’il est appelé à diriger un jour, il doit prendre pour règle l'éternelle et ‘divine raison et non les idées humaines ; que si tant de personnes ont échoué et échoueront encore tous les jours dans leurs entreprises, c’est que, toujours courbés vers la terre, les !: >mmes ne mesurent tout que d’après les idées terrestres. Leurs espérances, leurs craintes, leurs avantages, leurs appuis, tout est de la terre; et, non contents de subordonner à tout les choses éternelles, ils en bannissent le souvenir de leur esprit, et jamais ils n’élèvent au Ciel ni leurs yeux ni leurs cœurs. De là, l’inévitable chute des républiques, des royaumes et des empires. Le Psaume 106 dépeint des plus vives couleurs ce que nous avons la douleur de voir de nos jours. Inculquez à votre élève en temps opportun et avec suavité, mais le plus souvent et le plus efficacement possible, afin qu’il ne les oublie jamais, les enseignements que le Psaume second nous donne (V. 10 et suiv.). S’il est quelque espoir de salut pour un Prince et pour un État, il est tout entier dans la pratique de ces divines règles, et sans elles les plus belles espérances ne sont rien. L’histoire, et surtout l'Histoire sainte aux Livres des Rois, met sous les yeux ce que doivent espérer les Princes, ce qu’ils ont à craindre ; elle jette de vives lumières sur
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DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS. L51 les tristes événements dont nous sommes les témoins.
» Quant aux exercices de piété, il ne faut en imposer à un prince qu'avec modération. La raison en est claire. On ne doit pas, pour faire avancer un jeune prince dans la vertu, se servir d'une méthode, parce qu’on pourrait l’employer avec succès dans l’éducation des enfants ordinaires; et encore, à l’égard même de ces derniers, si l'on en croit l'expérience, des exercices de piété trop longs et trop multipliés sont-ils plus nuisibles qu’avantageux. « Ne cherchons pas à rendre trop religieux ceux qui vivent avec nous » écrivait saint François de Borpia aux Pères de la province de Guienne en 1568. S'il en est ainsi pour nos Jeunes pensionnaires, que sera-ce donc pour un Prince ?
» Mais, je l’ai déjà dit : le Seigneur, à votre demande, vous accordera son esprit. Ne népligeons ni soins ni prières pour que la fin soit toujours en vue, et que les moyens proportionnés à cette fin soient bien connus, sans cesse et fidèlement mis en œuvre. Espérez en Dieu, faites le bien, priez le Seigneur, et il agira lui-même pour vous. »
T'els furent les avis que le Général de l’Institut donna aux deux Jésuites partant pour Prague. Ces conseils devaient être suivis à la lettre. Deplace et Druilhet, depuis long-temps versés dans la connaissance des hommes, s’y conformèrent avec un respect filial; mais ils arrivaient auprès du duc de Bordeaux dans des circonstances difficiles, et leur vue devait exciter des passions de toute nature. Le tiraillement des partis, les enthousiasmes inconséquents des uns, les désespoirs pleins de fidélité des autres, tous les désastres enfin de la défaite sans combat se reproduisaient à Prague ainsi qu'à Paris. Chaque fraction royaliste se croyait obligée de discuter
ou de sacrer le Roi de l’exil. Chaque courtisan s’émancipait jusqu’à trouver dans le souvenir de ses obséquiosités passées assez d'indépendance monarchique, pour tracer aux Bourbons un plan de conduite révolutionnaire. Quelques gentilshommes se faisaient démocrates, afin de caresser les instincts du peuple; des journalistes se mettaient à la suite des opinions les plus exagérées ; ils les outraient encore dans l'espoir d'acquérir une ombre de popularité. Pour tout plan de campagne, les Royalistes ne savaient que s’attaquer. Les uns, retirés sous leur tente, se condamnaient à l’inaction; les autres avaient soif de toute espèce de bruit. Par les salons, par la presse, ils agissaient sur les Prinçes proscrits; tandis que les hommes sages, et ce fut le plus grand nombre, laissaient aux Bourbons le soin d'élever le dernier descendant français de Louis XIV. La Révolution s'était donné les Jésuites pour mot d’ordre contre la légitimité ; les Légitimistes les plus effervescents, devenus les alliés de la future démagogie, n’osèrent pas rompre le charme de ce mot.
Deux Pères de la Compagnie de Jésus se trouvaient investis de la confiance du Roi, ils allaient présider à l'éducation du duc de Bordeaux. On s’imagina que cette mesure n’était prise qu’afin de déjouer les complots d'enlèvement ou d'inauguration de règne préparés pour la majorité de Henri de France. Ta guerre civile, qui s’éteignait dans la Vendée Militaire, se ralluma tout à coup dans le faubourg Saint-Germain; elle fit porter ses efforts contre le vœu de la famille des Bourbons. Deux influences rivales étaient en présence : ce fut au milieu de cet étrange conflit que Deplace et Druilhet se virent engagés dès les premiers heures de leur séjour à Prague. Ils connaissaient les difficultés que tant de mobiles
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Ils n'avaient à s'occuper que d’instruire le jeune Prince, que de le fortifier dans la ÿertu et dans la science. Les intrigues du dehors ou du dedans, fomentées par la duchesse de Guiche, leur restaient indifférentes; il n’en pouvait être ainsi du vieux Roi. Les fautes passées l'avaient rendu moins confiant en sa propre force; il redoutait tout ce qui avait l'apparence de contrarier ses partisans. On l’accusait d’avoir perdu la monarchie, on lui disait que son triomphe était assuré si rien ne dérangeait les plans concertés. Quoique Charles X n’ajoutât que très-peu de foi à ces décevantes promesses, il se croyait obligé, par affection dynastique, de laisser faire les entrepreneurs de restauration. Pour tous ces hommes qui accouraient de Paris les mains pleines de projets et ambassadeurs des divers comités, la famille royale devait être tenue en tütelle, puisqu'elle n’obéissait pas à leur impérieuse prière. Les Jésuites n'étaient bons qu’à dépopulariser le duc de Bordeaux, ou à lui inspirer des idées rétrogrades. Néanmoins, ces derniers se mirent à l’œuvre : ils travaillaient sur unc heureuse nature; en quelques semaines, ils purent constater ses progrès *.
1 Une lettre du Père Druilhet, datée de Tœplitz, 8 juillet 1833, contient sur les
Tandis que ces deux Pères développaient cette précoce maturité, se formant à l’école du malheur, l’orage s’amoncelait sur leur tête. Parti de tant de points à la fois, de la Quotidienne et du Journal des Débats, du National et de la Gazette, il ne laissait aucune chance d’opérer le bien. Quand les Jésuites s’étaient présentés au Roi, Étienne Deplace lui avait dit : « Sire, nous sommes venus parce que vous l'avez voulu, nous nous en' irons quand vous le voudrez. » Charles X ne souhaitait point leur départ; mais les enfants de saint Ignace comprenaient qu’il aurait la main forcée; ils s'étaient d’avance résignés à cette disgrâce. L’intrigue les pressait de toutes parts; à peine étaient-ils appelés, qu’on cherchait à les congédier. Peut-être eût-il été plus sage de ne faire ni l’un ni l’autre. On les avait arrachés à leurs travaux, et ils se voyaient un embarras diplomatique. un sujet de trouble autour des exilés, une cause involontaire de persécution pour la Société de Jésus. L'obéissance due au Général et la touchante confiance de l'orphelin royal les soutinrent dans cette épreuve. Le baron de Damas lutta avec eux, il se retira avec eux. L’Évêque d’Hermopolis fut désigné pour les remplacer avec le mathématicien Cauchy. Après avoir vu couler les larmes du duc de Bordeaux et avoir recueilli les regrets de la famille, les deux Pères abandonnèrent Prague le 3 novembre 1853. Ils n’y avaient séjourné que quatre mois et demi; mais, dans ce court espace de temps, il leur fut donné de faire prendre une nouvelle direction aux
études et le caractère du duc de Bordeaux des aperçus et des prédictions qui se sont tous réalisés. On y lit: « Dès ce moment, la confiance s'établit entre le maître et l'élève. — J'ai des défauts, lui dit le jeune Prince, mais je les connais et je désire sincèrement m'en corriger, — Monscigneur, il est deux moyens infaillibles, — Oh ! quels sont-ils? — Réfléchir et se vaincre. » Ces mots frappèrent tellement le jeune Duc qu'il en fit sa devise. »
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