Histoire romaine
l.'opposition. — Lorsque Sylla mourut, en 676 (78), l'oligarchie restaurée par lui gouvernait sans contrôle le peuple romain ; mais comme elle avait été fondée par la force, elle avait encore besoin de la force pour se maintenir contre ses nombreux ennemis du dedans et du dehors. Elle trouvait en face d'elle, non pas un simple parti avec un but avoué et conduit par des chefs reconnus, mais une masse d'éléments divers, qui se groupaient bien ensemble sous le nom de parti populaire, mais qui faisaient de l'opposition contre l'organisation donnée par Sylla à la république, par des motifs bien divers et avec des intentions fort différentes. Il y avait les hommes du droit positif, qui ne faisaient pas de politique et qui ne la comprenaient pas, mais qui ne pouvaient supporter de voir Sylla jouer avec la vie et la propriété des citoyens. Dans le cours delà vie de Sylla, tandis que toute autre opposition se taisait, les grands juristes tenaient contre le dictateur ; par exemple, les lois Gornélia, qui enlevaient à diverses communautés italiques le droit de cité, étaient considérées comme nulles en droit, et le droit de cité n'était pas regardé par les tribunaux comme supprimé, parce qu'un citoyen avait été fait prisonnier de guerre ou vendu au marché pendant la révolution.
Aristocratie bien disposée pour la réforme. — Il y avait encore ce qui restait de l'ancienne minorité libérale du sénat, qui, dans des temps antérieurs, avait travaillé à une transaction avec U: pnrii de la réforme et avec les Italiotes, et qui étal: encore disposée à adoucir la rigueur de la constitution oligarchique de Sylla, par une alliance avec h parti populaire.
Démocratie. — Il y avait encore le parti populaire proprement dit, les radicaux bornés avec leur crédulité respectable, qui auraient donné leur vie et leurs biens pour les grands mots du programme de leur parti, quitte à reconnaître avec douleur après la bataille qu'ils avaient lutté, non pour un fait, mais pour une phrase. On demandait avant tout le rétablissement de la puissance tribunitienne, que Sylla n'avait pas, il est vrai, supprimée, mais qu'il avait dépouillée de ses attributions les plus importantes, et qui ne conservait qu'avec plus de force son prestige sur la multitude, tandis que l'institution elle-même n'avait pas d'utilité pratique et n'était guère qu'un fantôme inutile ; le nom de tribun du peuple révolutionna encore Rome pendant plus de dix siècles. Il y avait encore les classes nombreuses et puissantes que la restauration de Sylla n'avait pas satisfaites ou qu'elle avait blessées dans leurs intérêts politiques ou privés. C'était pour des motifs semblables que se rattachait à l'opposition la population dense et richf^ de la contrée située entre le Pô et les Alpes, qui ne regarlail la concession du droit latin qu'on lui avait octroyé en 665 (89) que comme un à-compte sur le droit de cité romaine, et qui assurait à l'opposition une masse bien disposée.
Aflrancbis. — 11 iallail compter aussi avec les
affranchis influents par leur nombre et leurs richesses et par leur réunion dans la capitale, qui ne se consolaient pas d'avoir été rejetés par la restauration dans leur situation antérieure de nullité.
Capitalistes. — On pouvait encore compter dans l'opposition la haute finance, qui avait encore de la prévoyance, mais qui gardait sa mauvaise humeur et sa puissance.
Prolétaires de la capitale. — La multitude de la capitale était également mal disposée, elle qui ne trouvait la vraie liberté que dans le pain à discrétion.
l'expropriés. — Une mauvaise humeur plus sérieuse animait encore les communautés qui avaient souffert des confiscations de Sylla ; il leur fallait vivre, comme les habitants de Pompéi, par exemple, à moitié ruinés dans les mêmes murs que les colons de Sylla, qui leur portaient une haine éternelle, ou, comme les Arétins et les Volaterrans, vivre dans la possession de fait de leurs frontières, mais en voyant toujours suspendue sur leurs têtes l'épée de Damoclès de la confiscation, ou enfin, comme en Étrurie, vivre comme mendiants au milieu de leurs anciennes demeures, ou bien comme voleurs dans les forêts.
Proscrits. — H fallait compter aussi comme ennemie la foule de familles, avec leur clientèle d'affranchis, de ces chefs démocratiques qui avaient perdu la vie par suite de la restauration, ou qui, dans la misère la plus complète, parcouraient en émigrés les rivages de la Mauritanie ou vivaient à la cour et dans l'armée de Mithridate ; car, par suite d'une alliance intime du sentiment de la solidarité de la famille avec la politique, ceux qui étaient restés à Rome tenaient
?i honneur de faire accorder aux exilés le retour dan? la patrie, aux morts la réhabilitation de leur famille. Avant tout, les fils des proscrits que le dictateur avait réduits, au point de vue du droit, au rang de parias politiques, cherchaient dans la loi elle-môme le droit de s'opposer à l'ordre de choses actuel.
Gens ruinés A toutes ces fractions d'opposition se joignait encore la masse des gens ruinés. Toute la multitude de gens distingués ou infimes, qui avaient perdu dans les profusions de haut ou de bas étage leur fortune et leur situation, les seigneurs nobles, qui n'avaient plus rien de remarquable que leurs dettes, les lansquenets de Sylla qu'une parole du dictateur avait bien pu rendre propriétaires, mais non agriculteurs, et qui, après avoir dévoré une première fois la fortune des proscrits, étaient disposés à recommencer, tout cela attendait qu'on déployât l'étendard qui devait les mener à la bataille contre l'ordre de choses établi.
Ambitieux.. — Nécessairement, on voyait encore se rattacher à l'opposition tous les talents qui visaient h la popularité, tant ceux que le cercle lermé des aristocrates excluait de son sein ou dont il arrêtait au moins l'essor rapide, et qui, à cause de cela, cherchaient à pénétrer de force dans la phalange et à violenter par la faveur du peuple l'exc'usivisme et l'antiquité oligarchiques, que les hommes plus dangereux, dont l'ambition visait à un but plus élevé quel de faire dépendre les volontés du monde des caprices d'un gouvernement. A la tribune des avocats, en particulier, que Sylla avait seule laissé subsister comme terrain d'opposition légale, on avait vu, même pendant la vie du dictateur, se produire de semblables aspirants qui luttaient contre la restauration avec les
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armes de la jurisprudence et d'une parole habile : le grand orateur Marcus Tullius Gicéron, né le 3 janvier 648 (106), Qls d'un propriétaire d'Arpinum, s'était fait par son opposition moitié circonspecte, moitié déclarée, une renommée rapide. De pareils efforts avaient peu d'importance, tant que l'opposant n'avait pas d'autre désir que celui d'un siège curule, pour passer dans la tranquillité le reste de ses jours. Mais lorsque ce siège ne suffisait pas à un homme populaire, 3t qu'il ambitionnait la succession de Gains Gracchus, «ne lutte à mort devenait inévitable : cependant, du noins jusque-là, on ne pouvait encore citer un seul nom dont le porteur se fût donne un but aussi grand.
Puissance de ropposition. — Telle était l'opposition avec laquelle le gouvernement oligarchique eut à lutter, après qu'il eut été laissé à lui-même par la mort du dictateur, et plus tôt que Sylla n'y avait pensé. La situation était sérieuse par elle-même et était encore rendue plus grave parles tristes circonstances sociales et politiques de l'époque, surtout par la difficulté peu commune, sort de tenir sous la dépendance du gouvernement civil les chefs militaires des provinces, soit de contenir dans la capitale les masses de colons qui venaient s'y établir de l'Italie et des pays étrangers, ainsi que les esclaves qui vivaient, la plupart du temps, à Rome, dans une liberté de fait, et cela sans pouvoir y employer de troupes. Le sénat était comme dans une iorteresse investie et menacée de tous les côtés, et on ne pouvait éviter des luttes sérieuses. Néanmoins, les moyens de continuer le combat étaient nombreux et importants, et quoique la masse de la nation fût opfposée et même hostile à l'ordre de choses institué par Sylla, néanmoins, le gouvernement pouvait lutter longtemps dans l'intérieur de sa citadelle contre 'a masse confuse et désor-
ganisée d'une opposition divisée de but et de moyens en une centaine de fractions. Il fallait seulement montrer et conserver une étincelle de cette énergie qui avait élevé l'édifice; car c'est en vain que le plus grand ingénieur imagine les murailles et les souterrains, si la garnison d'une ville ne veut pas se défendre.
Point de chefs. Coteries. — Plus tout dépendait exclusivement de la personnalité des chefs, plus il était malheureux qu'il manquât des deux côtés de véritables chefs. La politique de ce temps était dominée par des coteries sous la forme la plus fâcheuse. Cela n'était pas nouveau, l'exclusivisme de famille et de société est inséparable de l'organisation aristocratique de l'État, et il régnait à Rome depuis des siècles. Mais il devint surtout tout-puissant à cette époque où son influence fut moins réprimée que constatée par les mesures répressives de la loi. Tous les grands, ceux qui favorisaient le parti populaire, aussi bien que l'oligarchie proprement dite, se groupaient en coteries ; la masse des citoyens, en tant qu'elle prenait part aux affaires politiques, formait une union calquée sur les cercles électoraux et tout à fait militaires, qui trouvait ses chefs naturels et ses intermédiaires dans les chefs des cercles, les divisores tribuum. C'était une mauvaise chose que ces clubs politiques : c'est là que s'achetaient les voix des électeurs, celles même des conseillers et des Juges, les poings pour les émeutes, ainsi que les chefs d'émeutiers ; il n'y avait de différence entre les associations des grands et celles des petits que dans le taux du taril. Les hétaïres décidaient les élections, poursuivaient le procès, conduisaient la défense ; elles gagnaient les avocats célèbres ; quand elles avaient besoin d'acquittement, elle s'arrangeaient avec un
des spéculateurs qui faisaient en grand le commerce lucratif de l'achat des juges. Les hélaires dominaient, avec leurs bandes sern^es, les rues de la capitale, et souvent par là l'État. Toutes ces choses obéissaient à une certaine règle et se passaient pour ainsi dire publiquement : les hétaires étaient mieux organisées et raipux gouvernées qu'aucune autre branche de l'administration de l'État. Quoique, ainsi que cela est d'usage dans les pays civilisés, on ne parlât pas directement de ces pratiques coupables, comme par une sorte de compromis silencieux, elles n'étaient pour personne un secret, et des agents d'affaires considérables ne rougissaient pas de faire allusion ouvertement et signiticativemenL devant leurs clients à leurs relations avec les hétaires. Il se trouvait bien de temps à autre quelque homme qui prétendait ne pas renoncer à la vie publique, tout en refusant d'avoir recours à ces pratiques : c'était alors, comme Marcus Caton, un Don Quichotte politique. A la place des partis et de leurs luttes, on voyait paraître les clubs et leurs concurrents, à la place du gouvernement l'intrigue. Un caractère plus que suspect, Publius Géthégus, jadis un des plus zélés partisans de Marins, reçu plus tard en grâce par Sylla comme transfuge, joua dans les intrigues politiques un rôle des plus influents, d'abord comme agent et intermédiaire entre les fractions du sénat, puis comme versé, en homme politique, dans tous les secrets des cabales : un moment ce fut sa maîtresse Prœcia qui donna les commandements les plus importants. Mais semblable misère n'était possible que là où aucun des hommes politiques actifs ne s'élevait au-dessus du niveau commun : tout homme de talents extraordinaires aurait traversé cette hôtellerie de factions comme une toile d'araignée ; mais il y avait disette absolue de capacités politiques et militaires. La guerre civile n'avait laissé
deboul de. l'ancienne généralion aucun homme remarquable, s.ul le vieil el habile orateur Lucius Philippus, consul en 663 (91). qui. anléneuremenl bica dispose pour le peuple, était devenu ensuite chef du parti des capitalistes contre le sénat, et s'était al ié étroitement avec les partisans de Marius, el qui enfin avait encore eu le temps de recueillir honneur et ^am en se rangeant du côté de loligarchie vicloneus? ,1 avait ainsi louvoyé entre les partis
Parmi les hommes de la génération suivante, d y avait les chels les plus illustres de la pure aristocratie Quintus Métellus Pius, consul en 674 (80) compagnon de Sylladansle triomphe comme dans le danger , Qmnlus Lutatius Galulus, consul Tannée de la mort de bylla,676 (78), flls du héros de Verceil ,• et deux jeunes officiers, les deux frères Lucius et Marius Lucullus, dont 1 un avait combattu en Asie, l'autre en Italie avec distinction, sous Sylla , sans parler d'aristocrates comme Quinlus Hortensius, 640-704 (114 50). qui n'avait d importance que comme jurisconsulte, ou comme Decimus Junius Brutus. consul en 677 (77), Marcus JErniims Lepidus de Livianus, consul en 677 (77) et au très semblables nullités dont le nom sonore faisait toutel illustration. ^Néanmoins, ces quatre hommes séevaienl un peu au-dessus de Imsignifîance de l'aristocratie de celte époque. Catulus était, comme son père, un homme très bien élevé et un digne aristocrate, mais de talents ordinaires, et U n'était en aucune façon un soldat. Métellus n'était pas seulement personnellement un caractère respectable, mai^ c était un officier capable et éprouvé, et c'est moins à cause de ses relations étroites avec Svilaetde sa qualité de collègue du régent qu'à cause de son habileté reconnue, qu II avait été, après l'expiration de son consulat envoyé en Espagne, lorsque l^s Lusitaniens et les .envoyés romains s'y soulevèrent sous le commaiidemeut
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de Quinlus Serlorius. Les deux Luculius élaienl aussi des officiers babiles, parliculièremenl l'aîné, qui joignail un talent nailitaire remarquable à une éducation littéraire accomplie et à des goûts d'écrivain, et qui 6tail,en outre, comme homme, parfailement respectable M .ils, comme hommes d'État, ces aristocraies dislinguch n étaient guère moins endormis et imprô voyants que Ki tourbe des sénateurs de ce temps Conlre l'ennemi extérieur, ils se montraient toujours utiles cl braves, mais personne n avail assez d'entrain el de bonheur pour trouver la solution du problème politique proprement dil, e! pour mener en vrai pilote le vaisseau de 1 État h travers Tocéan agité des intrigues el des ambitions de parti Leur sagesse politique se bornait à croire à 1 omnipotence bienfaisante de l'oligarchie à hair el h combattre ardemment la démagogie, comme toute autre puissance individuelle tendant à I émanciper Leur mesquine ambition se contentait de peu On racontait de Mélellus non seulement qu'il se plaisait, en Espagne aux poésies peu harmon-ieuses des poètes d occasion,, mais qu'il aimait à y être honoré comme un dieu par des libations et des sacrifices, el à se laisser couronner de lauriers d'or par des Gloires qui descendaient du ciel au milieu des éclats du tonnerre : cette anecdote n'est pas mieux prouvée qu une foule d'autres anecdotes historiques, mais l'ambition de bas étage de celle génération d'Épigones s'y réfléchit comme dans un miroir Les meilleurs se contentaient d'obtenir, non pas de la puissance et de l'influence, mais le consulat dans le triomphe el une place d'honneur dans le conseil, et ne songeaient, au lieu d'être vraiment utiles à leur patrie el à leur parti, qu'à sortir de la scène politique" pour vivre ensuite dans un luxe princier. Des hommes tels que Mélellus el Lucius Luculius étaient moms connus pour avoir, comme généraux, agrandi le terri-
toire de la république en soumettant les rois et les peuples, que pour avoir consacré une partie de leur vie à enrichir la gastronomie romaine de nouvelles sortes de gibiers sauvages, d'oiseaux et de desserts, et d'avoir perdu la meilleure partie de leur temps dans une oisiveté plus ou moins intelligente. Les aptitudes traditionnelles et le désintéressement individuel sur lequel repose tout régime aristocratique avaient échappé complètement aux mains de l'aristocratie décrépite et facticement restaurée de cette époque: pour elle, l'esprit de caste remplaçait le patriotisme, la vanité, l'ambition, l'entêtement, la persévérance. Si la constitution de Sylla était tombée entre les mains d'hommes semblables à ceux qui s'assirent plus tard dans le collège des cardinaux et dans le conseil des Dix, on ne saurait dire si l'opposition aurait été capable de s'ébranler si tôt ; mais gardée comme elle l'était, toute attaque était pour elle un grave danger.
Pampéc. — Parmi les hommes qui n'étaient ni des partisans décidés ni des adversaires déclarés de la conslitution de Sylla, aucun n'attirait plus les yeux de la multitude que^Cviéins Pompée, qui, à l'époquedela mort de Sylla, avait atteint l'âge de vingt-huit ans {né le 29 septembre 648 (106). C'était un malheur pour celui qui était admiré comme pour les admirateurs ; mais cela était naturel. Avec un corps et une âme pleins de santé. Pompée était un habile gymnaste : devenu ofïicier supérieur,- il disputait encore à Jes soldats le prix de la lutte à la course, au saut et au pugilat; cavalier et lutteur puissant et habile, hardi chef de bandes libres, ce jeune homme, à un âge qui lui fermail la magistrature et le sénat, avait obtenu l'impétlum L' le triomphe, tenait, à la mort de Sylla, la première place dans l'opinion publique, et avait obtenu du dictateur lui-même, moitié sérieusement.
inoHié ironiquement, le surnom de grand Malheureusement ses dons intellectuels ne répondaient nullement à ces succès inouïs II n était ni méchant ni m capable, mais c'était une créature vulgaire, dont la destmée aurait lait un excellent maréchal des logis, et dont les circonstances tirent un général et un homme d'Étal. C'était un soldat prévoyant, brave et expérimenté, en un mot, excellent, mais il lui manquait tous les dons supérieurs de l'hom-me de génie Comme général, son talent était de se mettre à 1 œuvre avec une prévoyance qui touchait à Tinquiétude. et à frapper autant que possible le coup décisit au moment où il avait une incontestable supériorité sur son adversaire. Il avait l'instruction de tout le monde. Quoi que premièrement soldat, il n avait pas dédaigné, lorsqu'il vint à Rome, d'y admirer avec convenance et d'y récompenser les artistes de la parole Sa manière de vivre était celle d'un homme riche qui sait tenii- sa maison avec des biens considérables reçus en héritage ou acquis . il ne dédaignait pas de gagner de l'argent, comme tous les sénateurs mais il était trop froid et trop riche pour risquer beaucoup et pour s'exposer à un scandale éclatant La dépravation de son temps lui a, plus que sa propre vertu, donné une réputation méritée, du reste, de capacité et de désintéressements relatifs. Son noble visage était provei> bial, et après sa mort,, il passa pour un homme digne et moral En fait, c'était un bon voisin, qui ne partageait pas les tendances croissantes des grands de cette époque à agrandir leurs possessions par des ventes forcées on aux dépens de leurs humbles voisins, et dans son intérieur, il montrait de l'affection pour sa femme et pour ses entants ; on doit lui faire honneur d'avoir été le premier qui ait renoncé à la barbare coutume de faire exécuter les rois et les généraux prisonniers après les avoir fait figurer dans
son triomphe. Il n'hésita pas cependant, lorsque son maître et seigneur Sylla le lui ordonna, à se séparer de sa chère épouse, parce qu'elle appartenait à une famille proscrite, et au premier signe du même maître, il laissa exécuter avec un calme parfait des hommes qui, dans un temps difûcQe, lui avaient été très utiles: il n'était pas cruel, comme on le lui reproche, mais ce qui était pire, peut-être, il était indifférent au bien et au mal. Dans le tumulte de la bataille, il regardait son ennemi dans le blanc des yeux : dans la vie civile, il était de ces hommes timides, auxquels le sang monte à la tête pour les moindres choses ; il ne parlait jamais publiquement sans nécessité, il était concentré, raide et sans souplesse dans les relations. Avec tout son orgueil, il était, comme il arrive pour tous les hommes qui mettent toute leur indépendance dans l'apparence extérieure, un outil docile entre les mains de ceux qui savaient le prendre, et ne rougissait plus de se laisser gouverner par ses affranchis et ses clients. Il n'était rien moins que fait pour être un homme d'État. Ne sachant pas bien ce qu'il voulait, inhabile dans le choix des moyens, imprévoyant dans l'ensemble comme dans le détail, il était obligé de cacher son indécision et son incertitude sous le manteau d'un silence pompeux, et lorsqu'il voulait tromper, il ne faisait que se tromper lui-même en essayant de tromper les autres. Par sa situation militaire et sa richesse territoriale, il se fit, presque sans y contribuer pour rien, un parti considérable dévoué à sa personne et avec lequel il aurait pu l'aire les plus grandes choses ; mais Pompée était, sous tous les rapports, hicapable de mener et de rassembler un parti, et lorsque cela arriva, ce fut sans sa participation et par la soûle force morale des circonstances. En cela comme en d'autres choses, il rappelle Marins ; mais Mariu - àveo sa rudesse de paysan, avec sa nature pu^sbiaunée, est
moins insupportable que ce grand homme fait après coup, ennuyeux et empesé. Sa situation politique était complètement fausse. C'était up officier de Sylla et un partisan de la constitution établie, et cependant en opposition contre Sylla personnellement et contre tout lerégime sénatorial. La gens Pompéia qu'on voit citée dans les annales consulaires, depuis environ soixante ans, n'avait pas une grande valeur aux yeux de l'aristocralie : de plus, le père de Pompée avait pris une position double à l'égard du sénat, et il avait été luimême au nombre des partisans de Cinna. On se taisait sur ces circonstances, mais elles n'étaient point oubliées. La situation prépondérante que Pompée acquit sous le gouvernement de Sylla le séparait autant pour le fond des choses de l'aristocratie qu'elle l'en rapprochait pour l'extérieur. Faible de tête comme il l'était, il ne tarda pas à être gagné par le vertige dans ces hauteurs qu'il avait si vite et si facilement atteintes. Comme si sa-nature, essentiellement prosaïque, voulait se relever par un parallèle avec la plus poétiquedes figures de héros, il se mit à se comparer à Alexandre le Grand et à se considérer comme un homme unique qui ne pouvait pas se contenter de n'être que l'un des cinq cents sénateurs de Rome. En fait, personne n'était moins né que lui pour être englobé comme simple membre dans un gouvernement aristocratique. L'extérieur remarquable de Pompée, son attitude triomphale , sa bravoure personnelle , sa vieprivée recommandable, son défaut de toute initiative l'aurait placé honorablement, s'il était né deux cents ans plus tôt, auprès de Quintus Maximus et de Publius Décius. Cette médiocrité, essentiellement ohgarchique et essentiellement romaine, n'a contribué en rien à l'alliance de choses qui exista toujours entre Pompée et la masse des citoyens et du sénat. Même en soa temps, il aurait pu se faire une situation nette et supé-
rieure, s'il avait voulu se contenter d'être le général du Sénat. C'était là son véritable lot. II ne s'en contenta pas, et il préféra, dans une position pleine de périls, être autre chose que ce qu'il pouvait être. II visa sérieusement à une situation exceptionnelle dans l'État, et quand elle se présenta, il ne sut pas se décider à la prendre : il s'indignait amèrement quand les personnes et les lois ne s'inclinaient pas devant lui sans conditions ; et cependant, il se donnait avec une modestie qui n'était pas purement affectée comme un homme ayant un mandat, et tremblait à la seule idée de faire quelque chose contre la constitution. Aussi indépendant et en désaccord essentiel avec l'aristocratie, etcependani son serviteur obéissant, tourmenté d'une ambition qui troublait son propre but, il passa sa vie agitée et malheureuse dans un éternel combat extérieur.
Crassus. — On ne peut pas plus compter parmi les serviteurs dévoués de l'oligarchie Marcus Crassus. C'est une figure essentiellement caractéristique de cette époque. Comme Pompée, qui était un peu plus jeune que lui, il appartenait aux rangs de la haute aristocratie ; il avait reçu Téducation moyenne de ce temps et, comme Pompée, il avait servi avec distinction sous Sylla dans la guerre d'Italie. Très inférieur en dons intellectuels et en culture littéraire, et en talent militaire à beaucoup d'hommes de son temps, il les dépassait par son activité illimitée et par la persévérance avec laquelle il visait à tout et s'occupait de tout. Il se jeta avant tout dans la spéculation. Des achats de biens pendant la révolution fondèrent son patrimoine, mais il ne négligea aucun mode d'acquisition : il s'cccupa de travaux dans la capitale en grand et avec intelligence, il forma des compagnies avec les affranchis pour des entreprises nombreuses et diverses, il fit la
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banque au dedans et au dehors par lui-même ou par les siens. Il avançait de l'argent à ses collègues du sénat et entreprenait pour leur compte de conduire des travaux ou de corrompre des tribunaux. Il n'était pas scrupuleux dans sa manière de faire des profits. On l'avait convaincu d'avoir falsifié les listes de proscription de Sylla, et depuis cette époque le dictateur ne l'avait plus employé dans les affaires d'État : il n'en prenait pas moins la propriété, quoique les clauses du testament dans lequel figurait son nom eussent été notoirement falsifiées. Il ne disait rien quand ses métayers chassaient par force ou par ruse ses humbles voisins de leur petit domaine. Du reste, il évitait les collisions ouvertes avec la justice criminelle et vivait en homme d'argent comme les autres citoyens et simplement. De cette façon , Crassus devint bientôt , d'homme de richesse territoriale moyenne, possesseur d'une fortune qui, peu de temps avant sa mort, et malgré des dépenses incroyables, s'élevait encore à 170 millions de sesterces (45 millions) ; il avait été le plus riche des Romains, et parla il était devenu une ■puissance politique. Suivant son dicton, un homme ne pouvait pas se dire riche quand il ne pouvait pas lever une armée à ses frais, et un homme qui avait le pouvoir de le faire n'était pas un simple citoyen. En fait, Grassus avait un tout autre but que d'avoir le coffre le mieux rempli de Rome. Il ne manquait pas une occasion d'élargir ses relations. Il saluait par leur nom tous les citoyens de Rome. 11 ne refusait à personne de l'assister devant un tribunal. La nature n'avait pas fait de lui un orateur : sa parole était sèche , son débit monotone ; il entendait difficilement ; mais sa persévérance, qui ne se laissait rebuter par rien ni attirer par aucune jouissance, triompha de tous les obstacles. Il était toujours préparé et n'improvisait pas ; il devint aussi un avocat recherché et toujours
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prêt, dont la réputation ne soufTrait pas de ce qu'aucune cause n'était trop mauvaise pour lui.etde cequ'il savait s'aider non seulement de sa parole, mais aussi d*^ ses relations et de sa clientèle, et au besoin de son argent pour agir sur les juges. La moitié du sénat était son débiteur ; son habitude de prêter à ses amis de l'argent sans intérêts et exigible à leur convenance mettait dans sa dépendance une foule de gens riches, d'autant plus qu'en véritable homme d'afîaires, il ne faisait pas de dilTérence entre les partis, avait partout des alliances et obligeait avec plaisir tout homme qui pouvait rendre ou qui pouvait être utile. Les chefs de partis les plus violents qui dirigeaient de tous côtés leurs attaques sans y regarder avaient soin de ménager Crassus : on le comparait à un taureau qu'il n'était pas bon pour personne d' rriter. Qu'un pareil homme pût avoir d'humbles desseins, on le comprend ; et Crassus, en véritable banquier, savait bien autrement que Pompée avec qui et pourquoi il spéculait. Depuis que Rome existait, le capital y avait été une puissance : on était arrivé à un temps où tout semblait possible à l'or comme au fer. Si, dans un temps de révolution, une aristocratie de capitalistes avait pu songer à renverser l'oligarchie nobiliaire, un homme comme Crassus pouvait jeter un regard plus haut que vers les faisceaux et la robe de pourpre du triomphateur. Il avait été un moment ^irtisan de Sylla et du sénat ; mais il était trop financier pour s'attacher irrévocablement à un parti et pour suivre autre chose que son propre intérêt. Pourquoi Crassus, l'homme le plus riche et le plus intrigant de Rome et qui ne pouvait être un ambitieux vulgaire, mais un spéculateur en grand, n'aurait-il pas spéculé sur la couronne? Peutêlro n'atteindrait-il pas seul ce but; mais il avait déjà formé de puissantes sociétés : il n'était pas impossible qu'il trouvât dans ce but un associé temporaire. C'est
bien un signe de ce temps, qu'un ofticier et un orateur médiocre, un politique qui prenait éon activité pour de l'énergie, ses désirs pour de l'ambition, et qui n'avait en somme qu'une fortune colossale et le talent mercantile de se faire des relations, qu'un tel homme, appuyé sur l'omnipotence des coteries et de l'intrigue, se crût l'égal du premier général et homme d'État de son temps, et osât lui disputer le prix suprême de l'ambition politique.
Cliefs des démocrates. ^ Dans l'opposition proprement dite, aussi bien parmi les conservateurs libéraux que dans le parti populaire, les troubles de la révolution avaient fait des vides terribles. Parmi ceux-ci, le seul homme important qui eût survécu était Caius Cotta (630 vers 681 (124-73), l'ami et le compagnon de Drusus, et banni pour cette raison en 633, puis ramené dans sa patrie par le triomphe de Sylla : c'était un homme habile et un avocat consommé, mais que l'importance de son parti et sa propre personnalité n'appelaient qu'à un rôle secondaire respeotable. Dans le parti démocratique, les regards des amis et des ennemis se portaient, dans lajeune génération, sur Caius Julius César, né le 12 juillet 652 (102). Ses alliances avec Marins et Cinna (la sœur de son père avait épousé Marins, et lui-même la fille de Cinna) ; le refus courageux que ce jeune homme, à peine sorti de l'enfan^o, avait fait au dictateur de divorcer avec sa jeune épouse Cornélia. comme Pompée le fît en pareille circonstance ; la manière dont il garda le pontificat que Marins lui avait donné et que Sylla n'avait pas reconnu ; ses courses errantes pendant l'exil qui le menaçait et que ses parents avaient de la peine à détourner de lui ; sa bravoure dans le combat de Mytilène et en Cilicie, qu'on n'aurait pas attendue d'un enfant élevé si délicatement et de ses
façons presque féminines de pelit-maître ; enfin la prédiction qu'avait faite Sylla, lorsqu'il avait dit que dans cet enfant il voyait plus d'un Marins : tout cela était autant de recommandations aux yeux du parti démocratique. Cependant, on ne pouvait fonder sur César que des espérances, et les hommes qui, par leur âge et par leur situation dans l'État, avaient déjà été appelés à gouverner les partis et l'État lui-même» étaient tous morts ou oubliés. Ainsi le commandement de la démocratie, faute d'un homme émincnL appelé à cette mission, pouvait appartenir au premier qui se poserait en protecteur de la liberté opprimée. Cet homme fut Marcus ^Emilius Lépidus, un transfuge du camp des partisans de Sylla, qui avait changé de parti pour des raisons plus que douteuses. Autrefois aristocrate zélé et ayant reçu une forte part dans la dépouille des proscrits, il avait, comme gouverneur de Sicile, tellement dévasté la province, qu'il était menacé d'une accusation, et que pour y échapper, il se jeta dans l'opposition. C'était une acquisition d'une importance douteuse. C'était un nom connu, un homme remarquable, un ardent orateur dans le forum, qui était passé à l'opposition, mais c'était un» tête sans valeur et sans gravité, qui ne méritait le premier rang ni dans le conseil ni dans l'action. L'opposition ne lui en fit pas moins bon accueil, et le nouveau chef des démocrates eut le bonheur, non seulement d'effrayer ses accusateurs avant qu'ils eussent déposé leur plainte, mais de ménager son élection au consulat, ce qui lui valut, outre la possession de ses trésors arrachés à la Sicile, l'appui même de Pompée, et la faculté de montrer à Sylla et à ses purs partisans ce qu'il pouvait. Lorsque Sylla mourut, l'opposition avait trouvé un chef en Lépidus, et comme ce chef était devenu le premier magistrat de l'État, on pouvait dés lors prévoir une nouvelle révolution dans la capitale.
li'émigration «rw;spagrne. — Sertorius. >»
Mais avant que les démocrates se fussent soulevés dans la capitale, les émigrés démocratiques d'Espagne avaient commencé leur mouvement. L'âme de celte insurrection était Quintus Serlorius. Cet homme remarquable, né à Nursia, dans le pays des Sabins, était d'une organisation tendre et délicate : son amour presque extravagant pour sa mère Raia le prouve. Et cependant sa bravoure chevaleresque l'avait couvert d'honorables cicatrices rapportées des guerres des Cimbres, d'Espagne et d'Italie. Quoique sans éducation oratoire, il excitait l'étonnement des avocats les plus savants par la facilité naturelle et l'assurance de sa parole. Ses talents militaires et politiques de premier ordre s'étaient trouvés en contraste éclatant avec la conduite inconcevable et étourdie que les démocrates avaient montrée dans la guerre de la révolution ; il était notoirement le seul officier du parti démocratique qui sût préparer la guerre et la conduire, et le seul homme d'État démocrate qui sût résister avec l'énergie de l'homme d'État aux désirs et aux ressentiments impatients de son parti. Ses soldats d'Espagne le nommaient le nouvel Hannibal, et cela non pas par la seule raison qu'il avait perdu, comme celui-ci, un œil à la guerre. Il rappelle, en effet, le grand Carthaginois par son système militaire aussi rusé que vigoureux, par son rare talent d'organiser la guerre par la guerre, par son habileté à attirer les nations étrangères dans son intérêt et à les faire servir à ses desseins, par son égalité d'âme dans le bonheur et la mauvaise fortune, et son habileté à tirer parti de ses victoires comme à parer aux résultats de ses défaites. On peut douter que jamais un homme d'État romain des temps anciens ou nouveaux puisse être comparé à Serlorius pour la variété des talents. Après que les généraux de Sylla l'eurent obligé à abandonner l'Es-
pagne, il mena sur les côtes de la Péninsule et d'Afrique une vie aventureuse, tantôt en alliance, tantôt en guerre avec les pirates ciliciens établis dans ces parages et avec les chefs des tribus libyennes errantes. La restauration triomphante de Rome l'avait poursuivi jusque-là : lorsqu'il assiégea Tingis (Tanger), on envoya au secours du chef de la ville un corps romain de l'armée d'Afrique, commandé par Pacciœcus ; mais celui-ci fut complètement battu par Sertorius,et Tingis fut prise.
Reprise de I*iusurrection espagnole. ■«
En apprenant la nouvelle de cette action d'éclat de l'exilé romain, les Lusitaniens, qui, malgré leur soumission apparente, prétendaient bien, sous la domination romaine, garder leur indépendance, et livraient chaque année des combats aux gouverneurs de l'Espagne citérieure, envoyèrent une ambassade à Sertorius pour l'inviter à venir les trouver et pour lui confier le commandement de leurs milices. Sertorius qui. vingt années auparavant, avait servi sous Titus Didius, en Espagne, et qui connaissait les ressources du pays, résolut d'obéir à cet appel et mit à la voile, laissant derrière lui un petit poste sur la côte de Mauritanie, vers 674 (80). Le détroit qui sépare l'Espagne de l'Afrique était occupé par une escadre romaine commandée par Cotta ; il n'était pas facile de passer inaperçu au milieu d'elle : Sertorius se fraya un passage à travers l'obstacle et débarqua heureusement en Lusitanie. Il n'y eut pas moins de vingt communautés qui se rangèrent sous ses ordres, et parmi les Romains, il ne put retenir que 2,600 hommes, dont une grande partie était composée de transfuges de l'armée de Pacciœcus et d'Africains enrôlés par les Romains. Sertorius savait qu'il s'agissait avant tout de donner à ces guérillas un noyau solide de troupes organisé 3s et disciplinées à la
romaine : dans ce but, il renforça le corps qu'il avait amené de 4,000 fantassins et de 700 cavaliers, et marcha contre les Romains avec cette unique légion et les essaims de volontaires espagnols. Sur le Boetis, il rencontra le gouverneur de TEspagne citérieure, Lucius Fufîdius, qui, par son adhésion sans restriction, et éprouvée par les proscriptions, à Sylla, était devenu, d'officier subalterne, propréteur : celui-ci fut complètement battu, et 2,000 Romains restèrent sur le champ de bataille.
lïaétellus en Espas:ne. — Des messages pressants invitèrent le gouverneur de la province voisine de l'Èbre, Marcus Domitius Galvinus, à mettre un terme aux progrès des Sertoriens : on vit reparaître le général expérimenté Quintus Métellus, que Sylla envoya pour remplacer, dans l'Espagne méridionale, l'inutile Fufidius. Mais Métellus ne parvint pas à se rendre maître du mouvement. Dans la province de l'Èbre, non seulement Tarmée de Galvinus fut anéantie par le lieutenant de Sertorius, le questeur Lucius Hirtuléius, et le général tué, mais Lucius Mallius, gouverneur de la Gaule méridionale, qui avait passé les Pyrénées avec trois légions, pour aller au secours de son collègue, fut également complètement battu par le même hardi lieutenant. Métellus regagna avec peine, accompagné d'une faible escorte, la ville de Ilerda (Lerida), et rentra delà dans sa province : dans cette marche, il vit encore tout son bagage emporté par une attaque des peuplades aquitaines. Dans l'Espagne citérieure, Métellus pénétra sur le territoire lusitanien ; mais Sertorius, pendant le siège de Longobriga (non loin de l'embouchure du Tage), réussit à emprisonner une division de l'armée commandée par Aquinus, et obligea par là Métellus à lever le siège et à abandonner le territoire lusitanien. Serto-
riusle suivit, battit surl'Anas (Guadiana) le corps de ïhorius, et tit au général en chet lui-même beaucoup de mal dans des combats partiels. Métellus, tacticien méthodique et un peu pesant, ne comprenait rien à cet adversaire qui évitait obstinément un combat décisif, mais qui lui coupait les communications et les vivres et se trouvait constamment sur ses ailes.
Org:anisation de Sertorius. — Ces succès remarquables atteints par Sertorius dans les deux provinces de l'Espagne étaient d'aulant plus importants qu'ils n'étaient pas seulement le résultat des combats et d'une nature purement militaire. Les émigrés, en tant qu'émigrés, n'étaient pas redoutables, et il n'y avait pas à se préoccuper beaucoup de quelques succès remportés par les Lusitaniens sous tel ou tel chef. Mais avec un tact politique et patriotique des plus sûrs, Sertorius, partout où il le put, au lieu de se donner comme un condottieri au service des Lusitaniens révoltés contre Rome, voulut passer pour le général romain et le gouverneur de l'Espagne, et comme y ayant été envoyé en cette qualité par les pouvoirs politiques du moment. Il commença à former, avec les chefs de l'émigration, un sénat composé de trois cents membres, il se mit à la tête des affaires et nomma les magistrats. Il considérait son armée comme une armée romaine, et donnait les places d'officiers sans exception à des Romains. A l'égard des Espagnols, c'était un gouverneur qui, à la vérité, en vertu de sa charge, réclamait d'eux l'obéissance ; mais qui, au lieu de faire peser sur les provinciaux un Joug despotique, avait tâché de les attacher à Rome et à lui-même. Son caractère chevaleresque lui rendait facile la vie à la façon espagnole et éveillait l'enthousiasme le plus ardent, chez la noblesse espognole, pour cet étranger extraordinaire, qui était
devenu leur compatriote d'adoption. Selon les lois de la chevalerie reçues en Espagne comme chez les Celtes et les Allemands, des milliers d'Epagnols promettaient de rester fidèles à leur chef jusqu'à la mort, et Sertorius trouvait dans ces Espagnols des compagnons plus fidèles que parmi ses compatriotes et ses partisans. Il ne dédaigna pas d'utiliser à son usage la superstition des rudes populations espagnoles, et de faire passer ses plans pour des ordres de dieux qui lui parlaient par l'intermédiaire d'une biche Blanche Il put organiser un gouvernement régulier. Ses troupes devaient aussi loin que son œil et son bras pouvaient atteindre, se soumettre à la plus forte discipline. Quoique clément, en général, il se montra impitoyable pour les délits commis par les siens sur les territoires amis. Il songeait également à une amélioration durable du sort des provinciaux : il supprima les tributs, et fit construire par ses soldats des baraques pour l'hiver, afin d'éviter aux populations la charge écrasante des billets de lagement, et arrêta parla la source de maux et d'abus incalculables. Il institua à Osca (Huesca), une académie pour les enfants des nobles espagnols : ils y reçurent l'éducation qu'on donnait à Rome à la jeunesse la plus distinguée: on leur apprenait à parler grec et latin, et à porter la toge : m îsure remarquable qui, non seulement, avait pour résultat de lever sous la forme la plus douce des otages parmi les alliés, mais qui était encore une conséquence et un progrès de la grande pensée de Caius Gracchus et du parti démocratique, qui voulait romaniser entièrement les provinces. Ce fut le début de la romanisation, non pas par l'extirpation des anciens habitants et leur remplacement par des émigrés italiotes, mais par la latinisation même des provinces. Les grands de Rome se moquaient du pauvre émigré, du transfuge de l'armée
romaine, du dernier de la bande de brigands de Carbon ; le dédo.!,! retombait sur eux-mêmes : on évaluait les mas =5c 3 qui avaient été mises en bataille contre Sertorius, en y comprenant les milices espagnoles, à 120,000 hommes de pied, 2,000 archers et frondeurs et 6,000 cavaliers. Contre cette supériorité de nombre, non seulement Sertorius avait remporté une série de succès, mais il avait rangé sous son pouvoir la plus grande partie de l'Espagne. Dans la province cilérieure, Métellus était réduit au territoire directement occupé par ses troupes : toutes les populations qui avaient pu le faire avaient pris parti pour Métellus. Après la victoire d'Hirtuléius, on n'y vit plus d'armée romaine. Des émissaires de Sertorius parcouraient tout le territoire des Gaules : bientôt les peuplades commencèrent à se tourner vers lui, et desdétachomerits inquiétaient les passages des Alpes. La mer appartenait autant aux insurgés qu'au gouvernement légitime, attendu que leurs alliés, les corsaires, étaient aussi puissants dans les eaux espagnoles que les vaisseaux de guerrî romains. Au promontoire de Diane, en face d'ivlça, et entre Valencia et Carlhagène, Sertorius avait fondé une station très forte d'oii ils tombaient sur les vaisseaux romains qui apportaient des secours aux villes maritimes des Romains et à leur armée: ou bien, ils importaient et exportaient les marchandises des insurgés et servaient d'intermédiaires à leur commerce avec l'Asie Mineure. Ces instruments actifs portaient partout les étincelles de l'incendie qui sévissait, et c'était là un grand danger, surtout dans un temps où l'État romain contenait tant de matières inflammables.
Slort de Sylla et ses conséquences. ^
Dans ces circonstances arriva la mort subite de Sylla, 676 (78). Aussi longtemps que vécut cet homme,
une armée de vétérans exercés et éprouvés était toujours prête à se lever, et l'oligarchie pouvait supporter la perte rapide de la province d'Espagne et le choix du chef de l'opposition pour la magistrature suprême de l'État comme des maux transitoires : dans ses courtes vues, elle pouvait, non sans quelque raison, se dire que l'opposition n'avait pas osé livrer une bataille rangée, et que si elle la livrait, celui qui avait sauvé deux fois l'oligarchie la relèverait une *wroisième fois. Mais aujourd'hui l'état des choses ^tait changé. Les meneurs démocratiques de la capitale, devenus impatients de ces interminables délais et enflammés par les messages ardents qui venaient d'Espagne, poussaient au soulèvement, et Lépidus, de qui dépendait la décision, s'y précipita avec tout le zèle d'un renégat et la légèreté qui lui était particulière. On put croire un moment que les torches allumées au bûcher du dictateur allaient rallumer la guerre ci^ile ; cependant l'influence de Pompée et les vétérans de Sylla engagèrent l'opposition à laisser les funérailles du dictateur se faire tranquillement. Mais on ne marchait pas moins à une révolution nouvelle : chaque jour le forum retentissait de déclamations contre le Romulus postiche et ses acolytes. Le renversement de la constitution de Sylla, le rétablissement des distributions de blé, la réintégration des tribuns du peuple dans leur situation antérieure, le retour de ceux qui avaient été exilés contrairement aux lois, la restitution des propriétés confisquées, furent mis en avant comme le but avoué des efforts que devaient tenter Lépidus et ses partisans. On fit des alliances avec les proscrits; Marcus Perpenna, qui avait été au temps de Ginna gouverneur de Sicile, se irouvadansla ville. Les fils de ceux qui avaient été condamnés pour haute trahison, et sur lesquels les Jois de la restauration pesaient lourdement, et sur-
tout les gens notoirement connus comme les partisans de Marius. furent invités à donner leur concours: plusieurs d'entre eux, tels que le jeune Lucius Cinna, se rattachèrent à eux : plusieurs imitèrent l'exomple de Gains César, qui, à la nouvelle de la mort de Sylla et des plans de Lépidus, était revenu d'Asie, mais qui, lorsqu'il eut connu le caractère du chef et du mouvement, se retira prudemment. Dans la capitale on faisait des recrues au compte de Lépidus, dans les cabarets et dans les mauvais lieux. Enfin, parmi les mécontents étrusques, on fomenta une conspiration contre le nouvel ordre de choses ; et dans cette contrée, la viaie patrie des insurrections du prolétariat italiote, on en arriva à un soulèvement déclaré contre le gouvernement: les Fésulans expropriés se remirent par la force des armes en possession de leurs biens, et il périt dans ce mouvement plusieurs d.'S vétérans installés dans ce pays par Sylla.
Tout cela se passait sous les yeux du gouvernement. Le consul Gatulus, ainsi que les aristocrates intelligents, insistaient pour qu'on agît sans retard et pour qu'on réprimât le mouvement au berceau ; mais la majorité engourdie ne pouvait se décider à commencer la lutte, et cherchait à se faire illusion par son système de transactions et de concessions. En ce qui concernait les lois sur le blé, elle céda et assura le renouvellement limité des distributions de Graochus, ce qui constituait un retour aux conditions intermédiaires qui avaient été accordées au temps de la guerre des alliés : il semble que ce n'ait pas été, comme à la suite des lois Scmproniennes, la totalité, mais un nombre déterminé de pauvres citoyens, 40,000 probablement, qui aient reçu les anciennes distributions, telles que Gracchus les avait fixées, cinq boisseaux de blé par mois au prix de 6 as 1/2 (ck) ceulmies), disposition qui faisait peser surle trésor
une perte d'au moins 11 millions par an. Comme l'opposition, peu satisfaite de ces concessions, ne devenait que plus arrogante et plus puissante, et qu'on en était arrivé, en Étrurie, à la guerre déclarée, le sénat ordonna aux deux consuls de s'y rendre, pour y concentrer des troupes et étouffer l'insurrection. On ne pouvait se conduire plus étourdiment. Le sénat constatait sa faiblesse contre l'insurrection et son inquiétude par le rétablissement des distributions de blé ; il donnait, pour se délivrer de la guerre des rues, une arme au chef de l'insurrection; et quoique les deux consuls, par le serment le plus solennel qu'on pût invoquer, se fussent engagés à ne pas tourner l'un contre l'autre les armes qui leur étaient conliées, une aristocratie aussi obstinément aveugle que celle-là pouvait seule compter sur un pareil boulevard contre l'insurrection menaçante. Naturellement Lépidus arma en Étrurie, non pour le sénat, mais pour l'insurrection, déclarant avec hauteur que le serment qu'il avait prêté ne l'engageait que pour l'année courante. Le sénat mit en œuvre les oracles, pour le faire revenir, et lui confia la conduite des élections consulaires qui allaient avoir lieu ; mais Lépidus déclina cette proposition, et tandis que les envoyés allaient et venaient de côté et d'autre et qu'on cherchait des termes d'accommodement, son rassemblement était devenu une armée. Lorsque, enfin, au commencement de l'année 677(77), Lépidus reçut du sénat l'ordre de revenir sans condition, le consul refusa d'obéir et proposa, de son côté, le rétablissement de la puissance tribunitienne sous son ancienne forme, ainsi que celui des personnes qui avaient souffert des atteintes violentes portées contre leurs droits civiques ou leurs propriétés, et, en outre, il demanda pour lui la réélection au consulat pour l'armée courante, c'est Il dire la tyrannie sous une forme légale. La guerre
était donc déclarée. Le parti du sénat pouvait, outre les vétérans de Sylla, dont l'existence civique était menacée par Lépidus, compter sur l'armée appelée sous les armes par le proconsul Gatulus, et ce fut à celui-ci que, sur les instances des hommes prévoyants, et particulièrement de Philippe, fut confiée la garde de la capitale et la mission de repousser l'armée principale du parti démocratique en Étrurie, tandis que Gnéius Pompée, envoyé avec une autre armée, allait enlever à son ancien protégé ]a vallée du Pô, que son lieutenant Marcus Brutus occupait en ce moment.
Lépidus battu. — Tandis que Pompée se hâtait de remplir son mandat et enfermait étroitement le général ennemi dans Mutine, Lépidus parut dans la capitale pour la conquérir au profit de la révolution, comme autrefois Marins. La rive droite du Pô était complètement sous sa puissance, et il pouvait par conséquent passer le fleuve : la bataille décisive fut livrée au champ de Mars, sous les murs de la ville. Mais Gatulus l'emporta ; Lépidus dut se replier sur l'Étrurie, tandis qu'une autre division commandée par son fils Scipion se jeta dans la forteresse d'Albe. Gela mit fin, en somme, au mouvement. Mutine se rendit à Pompée. Albe fut également, après un long siège, réduite par la famine, et son commandant exécuté. Lépidus, pressé de deux côtés par Gatulus et Pompée, livi-a encore un combat sur le rivage de l'Étrurie pour assurer sa retraite, et s'embarqua ensuite au port de Gosa pour la Sardaigne, d'où il espérait couper les vivres à la capitale et se rattacher à l'insurrection espagnole. Mais le gouverneur de l'île lui fit une vigoureuse résistance, et il mourut lui-même pi'U dp temps après son débarquement, dans une chasse au sanglier, 677 (77), ce qui mit fin à la guerre-
de Sardaigne. Une partie des soldats se rendit, avec le noyau de l'armée insurrectionnelle et une caisse bien remplie, en Ligurie, d'où elle rejoignit bientôt l'armée de Sertorius.
Pompée exigée le comnaanilecnent en SSspagine. — L'oligarchie avait donc triomphé de Lépidus : cependant elle se vit obligée, par la tournure inquiétante que prenait la guerre de Sertorius, à des concessions qui étaient également contraires à l'esprit et à la lettre de la constitution de Sylla. Il était Eécessaire d'envoyer une armée puissante et un général capable en Espagne, et Pompée donna à comprendre qu'il désirait cette mission, ou plutôt qu'il l'exigeait. Sa prétention était grande. Il était déjà assez triste qu'on eût été obligé d'accorder un commandement extraordinaire à cet ennemi secret, dans les tumultes de la révolution de Lépidus ; mais il était bien plus grave d'abandonner toutes les règles hiérarchiques établies par Sylla, de confier le gouvernement extraordinaire d'une des provinces les plus importantes à un homme qui n'avait pas encore rempli de fonctions civiles, en sorte qu'on ne pouvait songer à lui retirer ce commandement dans le terme légal d'une année. L'oligarchie avait donc, outre les égards qu'elle devait à son général Métellus, bien des raisons de s'opposer à cette nouvelle tentative de ce jeune ambitieux pour perpétuer sa situation exceptionnelle ; mais cela n'était pas facile. De plus, il manquait un homme propre à remplir le poste de général pour cette guerre dirticile de l'Espagne. Aucun des deux consuls de l'année ne témoignait le désir de se mesurer avec Sertorius, et il fallait bien admettre l'avis de Philippe, qui disait en plein sénat que parmi tous les sénateurs rassemblés, il n'y en avait pas de capable et de désireux de commander dans une guerre sérieuse. Peut-être s'y
serait-on résigné, et à la façon des oligarchies, là où on ne trouvait pas de candidat capable, on aurait rempli la place par quelque pis aller, si Pompée avait simplement désiré ce commandement et ne l'avait pas exigé à la têle d'une armée. Il avait déjà résisté à. l'injonction que lui avait envoyée Gatulus de quitter son année : il était au moins douteux que le sénat pût faire un meilleur choix, et personne ne pouvait mesurer les suites d'une rupture, et la balance pouvait s'élever tout d'un coup pour l'aristocratie, si l'épée d'un général connu tombait dans l'autre plateau. La majorité se décida donc à céder. Ce ne fut pas du peuple, qui, dans cette circonstance où il s'agissait de revêtir un simple particulier de la magistrature la plus importante, aurait dû être consulté, mais du sénat, que Pompée reçut la puissance proconsulaire et le commandement suprême dans l'Espagne citérieure ; il traversa les Alpes quarante jours après l'avoir reçu, pendant l'été de 677 (77).
Pompée en 6aule. — Le général trouva d'abord à faire dans la terre des Celtes où n'avait pas éclaté précisément une insurrection, mais où cependant dans plusieurs endroits la paix avait été sérieusement troublée : par suite de ces troubles. Pompée supprima l'indépendance des cantons des Arécomiens et des lïelviens, et les plaça sous la domination de Massalia. Il établit également une communication plus courte entre la vallée de Pô et le pays des Celtes en faisant construire une nouvelle roule des Alpes, par les monts Cottiens (Mont Genèvre). Une grande partie de la bonne saison fut consacrée à ce travail, et ce fut plus lard, dans l'automne, que Pompée passa les Pyrénées. Sertorius n'avait pas chômé pendant tout ce temps. 11 avait envoyé Hirtuléius dans la province ultérieure poui tenir Métellus en respect, et lui-mêaie
avait poursuivi les conséquences de son triomphe complet dans la province citérieuro ci s'était préparé à rencontrer Pompée. Les villes celtibériennes, qui tenaient encore pour Rome, furent assiégées et réduites l'une après l'autre ; au milieu de l'hiver, la ville forte de Contrebia. au sud-est de Saragosse, était tombée. C'est en vain que les villes menacées avaient envoyé des messages à Pompée, il ne se laissa détourner par aucune prière de sa tactique habituelle do lente préparation.
SSarche ele Pompée en Espagne. — A l'exception des villes de la mer qui étaient protégées parla ûotte romaine et des districts des Indigètes et des Lalétaniens dans le coin du nord-est de l'Espagne, où Pompée, après avoir passé les Pyrénées s'était établi, et avait fait bivouaquer ses soldats inexpérimentés pour les habituer aux escarmouches, toute l'Espagne citérieure était tombée par force ou par traité dans la possession de Sertorius, et la région de l'Èbre supérieur et moyen était devenue depuis ce temps-là le noyau de sa domination. L'inquiétude même que la nouvelle armée romaine et le nom triomphant de son général éveillait dans l'armée des insurgés avait pour Sertorius des conséquences avantageuses. Marcus Perpenna, qui, jusque-là, comme égal en rang à Sertorius, avait prétendu à un commandement indépendant dans la Ligurie soumise par lui, fut obligé par ses soldats, à la nouvelle de l'arrivée de Pompée en Espagne, de se mettre sous les ordres de son collègue plus capable. Sertorius employa, pour la campagne de l'année 678, les coros d'Hirtuléius contre Métellus, tandis que Perpenna, ayec une puissante armée, s'établissait sur le cours inférieur de l'Èbre, pour défendre contre Pompée le passage de l'Èbre, lorsque celui-ci, pour donner la main à Métellus,
marcherait vers le midi et le long des côtes pour l'approvisionnement de SCS troupes. Perponna était encore soutenu par le corps de Caius Hérennius, tandis que, du côté des terres, Sertorius, qui complétait sur l'Èbre supérieur la soumission de quelques districts favorables aux Romains, se disposait suivant les cir-constances à venir au secours de Perpenna ou d'Hirtuléius. Comme toujours, il évitait une action décisive et harcelait l'ennemi par des escarmouches et en lui coupant les vivres. Cependant Pompée non seulement força rÈbre contre Perpenna, mais il batlit auprès de Valentia (Valencia), Hérennius, et se rendit maître de cette ville importante. Il était temps que Sertorius parût lui-même et jetât dans la balance contre la valeur des soldats de son rival le poids de sa supériorité numérique et de son génie. Ce fut autour de la ville de Lauro (sur le Xucar près de Valentia) que la lutte se concentra pendant longtemps : elle s'était déclarée pour Pompée et était pour cette raison assiégée par Sertorius. Pompée fît tous ses efforts pour la débloquer ; mais comme il trouvait sans cesse devant lui de nouvelles troupes, tantôt réunies, tantôt isolées, le grand homme de guerre se vit complètement débordé, lorsque, au contraire, il croyait avoir entouré les Sertorions et avait déjà invité les habitants de la ville à venir voir la retraite de l'armée assiégeante ; et pour é\iter d'être entouré lui-même, il dut penser à réduire en cendre la cité alliée et à envoyer ses habitants en Lusilanie : mesure que du reste un grand nombre de villes ébranlées dans leur fidélité ou rentrées dans l'alliance de Sertorius avaient rendue nécessaire. Métellus fut plus heureux de son côté. Dans un chaud engagement qu'il eut non loin d'Italica (Séville), que Hirtuléius livra avec imprévoyance et dans lequel les deux généraux en vinrent personnellement aux mains, Hirtuléius fut blessé ;
Mélellus le battit et l'obligea à évacuer le territoire romain en Lusitanie. Cette victoire permit à Mélellus dans la campagne suivante 679 (75), de diriger sa marche vers l'Espagne citérieure pour se réunir à Pompée dans le voisinage de Valentia, et d'offrir la bataille avec lui à l'armée ennemie. Il est vrai que Hirtuléius se jeta en travers de son chemin auprès de Ségovie avec une armée rassemblée à la hâte ; mais non seulement il fut battu, mais il fut tué avec son frère, perte irréparable pour les Sertoriens. La jonction des deux généraux ne pouvait dont pas être empêchée ; mais tandis que Métellus marchait contre Valentia, Pompée se hâta, pour éviter l'échec de Lauro, et pour garder pour lui seul les lauriers qu'il espérait, de livrer bataille à l'armée ennemie. Sertorius saisit avec empressement cette occasion de lutter, avec l'ennemi, avant que Métellus fut arrivé et que la mort d 'Hirtuléius fût connue. Ce fut auprès du fleuve Suco (Xucar) que les deux armées se rencontrèrent. Après un combat très vif, Pompée eut son aile droite battue et lui-même, grièvement blessé, fut obligé de quitter le champ de bataille ; il est vrai que pendant ce temps Afranius triomphait avec l'aile gauche et prenait le camp des Sertoriens ; mais pendant qu'il le pillait, il fut surpris par Sertorius et obligé de se retirer. Si Sertorius avait pu reprendre la lutte le lendemain, l'armée de Pompée était peut-être exterminée. Mais pendant ce temps, Métellus était arrivé ; il avait dispersé le corps de Perpenna qui lui était opposé et pris son camp : il n'était plus possible do recommencer le combat contre les deux armées. La réunion des forces ennemies, la nouvelle désormais inévitable de la destruction de l'armée d'Hirtuléius, l'échec après la victoire, répandirent l'effroi parmi les Sertoriens, et, ce qui arrive souvent dans les armées espagnoles, dans ce concours de circonstances, la
plus grande parlie des soldats de Serlorius se débanda. Cependant le découragement disparut aussi vile qu'il était venu : la biche blanche, qui protégeait les plans du général auprès de la foule, redevint bientôt populaire ; en peu de temps Sertorius reparut avec une nouvelle armée au sud de Sagonle, qui était restée nJèle à Rome, tandis que les pirates de Sertorius coupaient aux Romains les renforts qui venaient de mer, et bientôt la famine régna dans le camp des Romains. On en vint aux mains dans la plaine du flfuvo Turia (Guadalaviar), et la lutte fut longtemps indéci-?e. Pompée fut battu avec sa cavalerie par Sertorius. et son beau-frè:e, qui était en même temps son questeur, Gaius Alemmius, fut tué: Métellus l'emporta sur Perpenna et repoussa l'effort de l'armée ennemie, et il reçut lui-même une blessure dans le combat. L'armée de Serlorius se dispersa après ce combat. Du côté des Romains, on put espérer un instant d'être débarrassé d'un vigoureux adversaire. L'armée de Sertorius était dissoute ; les troupes romaines pénétrant au cœur du continent assiégèrent le général lui-même, dans la forteresse de Glunia, sur le Duero supérieur. Mais tandis qu'ils attaquaient vainement ce rocher fortifié, ailleurs se rassemblaient les contingents des communautés insurgées ; Sertorius sortit delà citadelle, et reparut comme général ù la têle d'une armée, au moment où finissait la mémorable année 679 (75).
Succès des Romains. — On pouvait en somme êlre satisfait à Rome des résultats de cette campagne. L'Espagne méridionale et mitoyenne était, par suite de l'anéantisseraenl de l'armée d'Hirluléius et des batailles de Xucar et de Guadalaviar, évacuée par l'ennemi, et la possession des villes celtibériennes de Ségobriga (entre Tolède et Guença) et de Bilbilis (près
de Calatayud), en assuraient désormais la domina' tion. La lutte se concentra désormais sur l'Èbre supérieur et moyen, autour des places d'armes de Sertorius, Galagurris, Osca, Ilerda, et sur les côtes aux environs de Tarraco. Quoique les deux géiiéraux se fussent vaillamment comportés, ce n'était pas à Pompée, mais à Métellus qu'on était redevable du succès.
liCs canipag;ncs de 6SO et de ©81.— Quoiqu'on eût atteint de grands résultats, les Romains n'étaient nullement parvenus à leur but, et ils devaient regagner leurs quartiers d'hiver avec un véritable travail de Sisyphe, à renouveler indéfiniment. Il n'était pas possible de les prendre dans la vallée de l'Èbre, partagée entre les amis et les ennemis des Romains ; Pompée les prit dans le territoire des Vaccéens (vers 'Valladolid) ; Métellus, en Gaule. Renforcés par deux légions fraîches arrivées dltalie, les deux généraux reccmmeacèrent leurs opérations au printemps de 680 (74). On ne livra plus de combats proprement dits. Métellus soumit dans l'Espagne méridionale les localités qui tenaient encore pour Sertorius, et emmena avec lui toute la population masculine pour tarir les sources de l'insurrection. Pompée rencontra une rude résistance dans la province de l'Èbre. Sertorius débloqua Pallantia (Palencia), au-dessus de Valladolid^ qu'il assiégeait ; il le battit devant Galagurris (Gala-, horra, sur l'Èbre supérieur) et l'obligea d'abandonner ces contrées, quoique Métellus se fût réuni à lui pour attaquer cette ville. La campagne de 681 eut à peu près le môme résultat, après que Pompée eut hiverné en Gaule et Métellus dans sa province. Néanmoins, Pompée atteignit dans cette année des résultats sérieux et réussit à détacher de l'insurrection un nombre considérable de communautés.
Perspectives indéterminées et périllenses de Ba guerre de Sertorius. — La guerre de Serlorius durait ainsi depuis huit ans, et il était encore impossible d'en prévoir la fin. L'État en souffrait un dommage considérable. La fleur de la jeunesse d'Italie périssait dans les fatigues de la guerre. Les caisses publiques non seulement ne recevaient pas de revenus d'Espagne, mais avaient encore à envoyer des sommes considérables pour la solde et la subsistance des armées espagnoles, et on ne savait comment se les procurer, L'Espagne était dévastée et appauvrie, et la civilisation romaine, qui y avait pris un bel essor, y était arrêtée : cela se comprend, surtout dans une guerre d'insurrection conduite avec tant de fureur, et qui entraînait souvent l'anéantissement des communautés tout entières. Les villes elles-mêmes, qui tenaient pour le parti qui dominait à Rome, avaient de rudes épreuves à subir : celles qui étaient situées sur les côtes devaient être pourvues par la flotte romaine de ce qui leur était nécessaire ; mais la situation des cités de l'intérieur, demeurées fidèles, était désespérée. La Gaule ne souffrait guère moins, soit par les réquisitions de fantassins et de cavaliers, de grains et d'argent, soit par suite de la charge écrasante des quartiers d'hiver, qui devint intolérable par suite de la famine de 680 (74) ; presque toutes les caisses publiques étaient obligées d'emprunter leurs paiements aux banquiers, et de se charger de dettes pesantes. Soldats et généraux faisaient la guerre à contre-cœur. Les généraux avaient devant eux un adversaire d'un talent bien supérieur ; ils rencontraient une résistance prolongée, et à la fois des dangers sérieux et des succès brillants chèrement achetés : on prétendait que Pompée pensait à se faire rappeler d'Espigne et à obtenir ailleurs un commandement plus durable. Les soldats étaient également peu satisfaits
d'une campagne dans laquelle il n'y avait rien à gagner que de mauvais coups et peu de butin, et où leur solde leur était payée très irrégulièrement : Pompée écrivit dans l'hiver de 680-1 (74-3) au sénat que, depuis deux ans, la solde était arriérée, et que l'armée menaçait de se dissoudre si le sénat n'y pourvoyait : les sommes nécessaires arrivèrent. Le gouvernement romain aurait pu éviter une partie considérable de ces inconvénients, s'il avait pu prendre sur lui de mener la guerre d'Espagne avec plus d'ardeur, pour ne pas dire avec plus de bonne volonté. En fait, cependant, ce n'était ni sa faute ni celle des généraux, si un génie supérieur, comme celui de Sertorius, dans des circonstances si favorables pour la guerre d'insurrection et de corsaires, et grâce à la supériorité numérique, pouvait continuer ainsi la petite guerre pendant des années. On pouvait d'autant moins en prévoir la fin, que l'insurrection de Sertorius avait lieu en même temps que d'autres soulèvements, et que le danger en était, par-là, augmenté. On était en ce moment en guerre sur toutes les mers avec les flottes de flibustiers, en Italie avec la révolte des esclaves, en Macédoine avec les populations du Danube inférieur, en Asie Mineure avec le roi Mithridate. On ne sait pas bien au juste si Sertorius fit des traités avec les ennemis italiotes et macédoniens de Rome ; mais il est certain qu'il était en relations suivies avec le parti de Marins à Rome : il avait fait déjà antérieurement alliance ouverte avec les pirates et avec le roi de Pont; des intelligences s'étaient ouvertes entre eux par l'intermédiaire des insurgés romains, qui s'étaient réfugiés à sa cour : il fit alors un traité d'alliance formeUe, dans lequel Sertorius abandonnait au roi les États clients d'Asie Mineure, mais non la province romaine, et lui promettait en outre un officier propre à commander ses troupes et un certain nombre de soldais ;
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Milhridate, de son cùlé, s'engageait à lui envoyer 46 vaisseaux ci 3,000 talents (18,750,000). Les politiques habiles de la capitale se souvinrent du temps oh l'Italie !?e voyait menacée par Philippe et par Hannibal à l'est et à l'ouest ; le nouvel Hannibal, pensait-on, pouvait, lorsqu'il aurait, comme son prédécesseur, soumis l'Espagne, se précipiter sur l'Italie avec toutes les ressources militaires de la Péninsule, et avant que Pompée pût l'en empêcher, appeler sous les armes, comme les Carthaginois, les Étrusques et les Samnites contre Rome.
Eics forces do Scrtorius se dissolvent. —
Cette comparaison était cependant plus ingénieuse que sérieuse. Sertorius n'était nullement assez puissant pour renouveler les aventures d'Hannibal : il était perdu s'il quittait l'Espagne ; tous ses succès tenaient à la contrée et aux aptitudes particulières de ses habitants, encore élait-il obligé d'y renoncer de plus en plus à l'ofTensive. Son remarquable talent militaire ne pouvait pas changer les aptitudes de ses troupes ; la « landsturm » espagnole resta ce qu'elle était ; inconstante comme la vague et le vent, tantôt rassemblée en masse de 150.000 hommes, tantôt réduite à une poignée de combattants; les émigrés romains restaient de leur côté orgueilleux et égoïstes. Les qualités militaires que développe le séjour prolongé sous les drapeaux étaient naturellement insuCfisanles dans son armée. Ses officiers les plus capables et le noyau de ses vétérans étaient usés, et les cités les plus fidèles, fatiguées d'être vexées parles Romains et maltraitées par les officiers de Sertorius, don?iaienl des signes d'impatience et d'une fidélité chancelante. Il est remarquable que Sertorius, comme Hannibal, ne se fît jamais illusion sur les perspectives de sa situation : il ne iiissa passer aucune occasion de faire une U-aasaction,
MARGUS LÉPIDU3 ET QUIMUS SERTORIUS 41
et il était toujours prêt, si on voulait lui assurer la sécurité dans son pays, à déposer son bâton de commandement. Mais l'orthodoxie politique ne connaît m traité ni réconciliation. Sertorius ne pouvait m recaler, ni louvoyer ; u lui fallait marcher en avant sur la môme roule, quelque pénible et périlleuse qu elle fut. bes succès devenaient, comme ceux d'Hannibal, de moms en moins considérables : on commença h. douter de ses talents militaires; ce n'était plus 1 ancien, disaiton. il passait ses journées à festoyer et à boire et h prodiguer l'argent et le temps. Le nombre des déserteurs et des défections augmentait. Bientôt on parla des complots des émigrés romains contre la vie du général • on y croyait d'autnnt plus que plusieurs ofhciers de l'armée insurgée, particulièrement Perpenna ne consentaient qu'avec peine à obéir à Sertorms, et que depuis longtemps les gouverneurs romains avaient promis l'amnistie et une somme considérable pour le meurtre de Sertorius. Celui-ci enleva la garde de sa V,ersonne aux soldats romains et la donna à des Espagnols choisis. Il sévit avec une vigueur effrayante, •mais nécessaire, contre les traîtres, et fit condamnera mort les coupables, mais non comme autrefois, par un conseil de guerre: il traita ses amis, quand ils se rangèrent parmi les mécontents, plus durement que ses ennemis Bientôt on découvrit une seconde conspiration, dontlecenlre était dans son état-major; celui qui était découvert devait s'enfuir ou périr; mais tous n'étaient pas découverts, et les autres conjurés, et narmi eux surtout Perpenna, y trouvèrent un prétexte pour se hâter. On se trouvait au quartier général d'Osca.
Meurtre de Sertorius. - On annonça, d'aprè-^ les ordres de Perpenna, au général, que ses troupe, venaient de remporter un grand triomphe, et dans le^
réjouissances qu'occasionna celle victoire, Sertorius parut dans un banquet préparé par Perpenna, accompagné, suivant sa coutume, de sa suite espagnole. Contre l'usage du quartier général des Sertoriens, la fête devint bientôt une bacchanale : des paroles violentes couraient à travers la table, et il semblait que quelques-uns des convives cherchaient une occasion do dispute ; Sertorius se jeta en arrière sur son siège, «•t sembla vouloir échapper à ce tumulte. Alors on hiissa tomber une coupe sur le plancher. Perpenna donna le signal convenu. Marc-Antoine, voisin de table de Sertorius, lui porta le premier coup, et comme celui-ci se dégageait et cherchait à s'échapper, Antoine se jeta sur lui et le tint à terre jusqu'à ce que les autres convives, affiliés à la conjuration, se précipitèrent et massacrèrent le général sans défense et tenu par les deux bras, 682 (72). Avec lui périrent ses compagnons fidèles. Ainsi finit un des plus grands, si ce n'est le plus grand des hommes que Rome ait vus naître jusque-là, un homme qui, dans des circonstances favorables, aurait peut-être été le régénérateur de .son pays ; et il périt par la trahison d'une misérable bande d'émigrés, qu'il était condamné à conduire contre leur pays. L'histoire n'aime pas Coriolan, mais elle n'a rien à dire contre ce héros magnanime, si merveilleusement doué et si regrettable.
Perpenna saccessear de !>iertorias. — Les
meurtriers voulurent recueillir l'héritage de leur victime. Après la mort de Sertorius, Perpenna prétendit au premier rang parmi les ofQciers romains de l'armée d'i^spagne. On se soumit, mais avec défiance et n^pugnance. On avait murmuré contre Sertorius vi" vant ; mais la mort rétablit son prestige, et le mécontentemont des soldats éclata, lorsque, au moment de la pubhcation du testament, on lut oarmiles noms des
héritiers celui de Perpenna lui-même. Une partie de l'armée, surtout les Lusitaniens, se débanda ; ceux qui demeurèrent se persuadèrent qu'avec Sertorius avait péri leur âme et leur fortune. A la première rencontre avec Pompée, les troupes mal commandées et découragées de l'insurrection furent dispersées, et Perpenna fut fait prisonnier avec d'autres officiers romains. Ce misérable chercha à sauver sa vie en livrant la correspondance de Sertorius, qui aurait compromis plusieurs hommes considérables d'Italie ; mais Pompée fit brûler les lettres sans les lire, et le livra, ainsi que les autres chefs de l'armée d'insurrection, au bourreau. Les émigrants qui échappèrent se rendirent» soit dans le désert de Mauritanie, soit parmi les pirates. La loi Plotia, qui fut vivement soutenue par César, ouvrit à quelques-uns le retour dans la patrie ; mais ceux qui avaient pris part au meurtre de Sertorius périrent, à peu d'exceptions près, d'une mort violente.Osca etla plus grande partie des villes de l'Espagne citérieure, qui avaient encore tenu pour Sertorius, ouvrirent bientôt leurs portes à Pompée ; il n'y eut que Uxama (Osma), Gluniaet Ualagurris qui durent être prises par la force. Les deux provinces furent réorganisées ; dans l'Espagne ultérieure, Métellus augmenta le tribut payé parles cités coupables ; dans l'Espagne citérieure, Pompée marchait en punissant et en récompensant : ainsi Calagurris perdit son indépendance et fut placée sous les ordres d'Osca. Une bande de partisans de S'Ttorius, qui s'était rassemblée dans les Pyrénées, fut contrainte par Pompée à la soumission, et il l'établit au nord des Pyrénées, auprès de Lugudunumf Saint-Bertrand, Haute-Garonne), comme communauté de fugitifs {convenœ). Ce fut sur les hauteurs des Pyrénées que s'élevèrent les insignes de la victoire des Romains ; vers la fin de l'année 683 (71), ils traversèrent les rues de la capitale pour aller reu-
dre grâce de la victoire d'Espagne à Jupiter Gapitolin. Le bonheur de Sylla semblait lui sourire encore au delà du«tombeau, et garder mieux sa création que les gardiens incapables et endormis qui veillaient sur elle. L'opposition italiote avait péri par l'incapacité et l'étourderie de ses chefs, l'émigralion par ses dissentiments intérieurs. Ces défaites, quoiqu'elles fussent plutôt l'œuvre delà perversité et du malheur que des efforts de l'adversaire , n'en étaient pas moins des triomphes de l'oligarch e. Les chaises curules étaient encore consolidées une lOis.