CHAPITRE V
Le grand travail de la période royale fut rétablissement de la souveraineté de Rome sur le Latium sous forme d'hégémonie. Il est évident que le changement qui eut lieu dans la constitution romaine dut exercer une influence considérable, tant sur les relations de Rome avec le Latium, que sur l'organisation intérieure des communautés latines. Ce point de vue est confirmé par la tradition. Les fluctuations que la révolution de Rome occasionna dans la confédération roma no-la line sont attestées par la légende si particulièrement vivante et colorée de la victoire du lac Régi lie, que le dictateur ou consul, Aulus Posthumius, 255(499) [?], 258 (496), remporta sur les Latins, avec l'aide des Dioscures, et encore plus par le renouvellement de la ligue perpétuelle entre Rome et le Latium, par Spurius Cassius, dans son second consulat, 261 (493). Ces récits, toutefois, ne nous donnent aucun renseignement sur l'objet principal, la relation légale qui s'établit entre la nouvelle république romaine et la confédération latine , et ce que nous en sa-
Lalium.
vons par d'autres sources, nous est venu sans date, et ne peut être placé ici qd'avec une probabilité approximative, égalité II est dans la nature de l'hégémonie de se changer graduellement
originaire de
Itomeel'fe en souveraineté par la force même des choses : l'hégémonie de Rome sur le Lalium ne fit pas exception à celte règle. Elle était fondée sur une complète égalité légale entre l'État romain d'une part et la confédération latine de l'autre; mais cette même égalité légale ne pouvait s'exercer, principalement en ce qui concernait la guerre et la disposition des conquêtes, sans anéantir en pratique l'hégémonie. Suivant la constitution originaire de la ligue, ce ne fut pas seulement le droit de faire la guerre et les traités avec les Étals étrangers, en un mot, le pouvoir complet de l'indépendance politique, qui fut maintenu, suivant toule probabilité, par Home el par le Lalium; mais quand une guerre générale avait lieu, Rome et le Lalium fournissaient un contingent égal. En règle générale, chacun d'eux fournissait une armée de deux légions ou huit mille quatre cents hommes (1) el ils nommaient chacun à leur tour le commandant en chef, qui alors, nommait, par son libre choix, les officiers de son état-major, six chefs de division (rrt6tmt mUituni) pour chacune des quatre divisions de l'armée. En cas de victoire , la partie mobile des dépouilles, aussi bien que les territoires conquis, étaient divisés en portions égales entre Rome et la confédération ; quand l'établissement de forteresses dans le territoire conquis était résolu, les garnisons el la population étaient composées, en partie de Romains, en partie de colons confédérés; el de plus, la communauté nouvellement fondée élail reçue dans la confédération latine, et avait son siège et sa voix à la diète latine.
Ces conditions, dont l'exécution complète aurait annulé la réalité d'une hégémonie, ne peuvent avoir eu en fait qu'une médiocre importance, même pendant le temps de la période royale. A l'époque
(1) L'égalité originaire entre les deux armées est attestée par Tite-Live, t. 52, VIII, 8, 14, et Denys, VII 15, mais d'une manière évidente par Polybe, VI, 26.
républicaine» elles durent naturellement subir des changements» même dans la forme.
Parmi les premières qui tombèrent en désuétude, fut, sans ""Z^lT doute, le droit de la confédération de faire des guerres et des irai- e * a,,,c,égar tés avec des étrangers (1), ainsi que le droit de nommer le commandant en chef, alternativement tous les ans. La décision des gucrr/seues
iraiiés.
guerres et des traités et le commandement suprême restèrent définitivement à Rome. Il s'ensuivit de ce changement, que les commandement*
v dans I îirme'e.
officiers de l'état-major, pour les troupes latines aussi, furent tous nommés par le commandant en chef romain, et à cette innovation s'en joiguil une autre , c'est que des citoyens romains seuls étaient pris comme officiers de l'état-major pour la moitié romaine de l'armée, et sinon toujours, au moins ordinairement, même pour l'autre moitié (2). D'autre part, on ne pouvait, en règle, demander à la confédération tout entière un contingent plus fort que celui qui était fourni par l'État romain, et le commandant romain était également obligé de ne pas éparpiller les contingents latins, mais de garder le contingent envoyé par chaque communauté comme une division séparée de l'armée, sous le chef que la communauté avait nommé (3). Le droit de la confédération
(1) Denys dit expressément que dans les traités fédéraux postérieurs entre Rome et le Latium, on interdisait absolument aux communautés latines d'appeler leur contingent de leur propre mouvement, et de les envoyer seuls sur le champ de bataille.
(2) Ces officiers de l'état-major latin étaient les douze prœfecti sociorum , qui étaient établis sur les deux alœ du contingent fédéral, six sur chaque ala, comme les douze tribuns militaires de l'armée romaine étaient placés par six à la téte de chacune des deux légions ; Polybe, VI, 26, 5, dit que le consul nommait les premiers, comme originairement il nommait les derniers. Or, suivant l'ancien principe de loi, que toute personne obligée au service pouvait être officier, il était légalement permis au général de nommer un Latin comme chef de la légion romaine, et de même un Romain pour chef de la légion latine. Ceci eut pour résultat pratique que les tribuns militaires furent exclusivement Romains, et la plupart du temps, les prœfecli sociorum de même.
(3) Ce sont les prœfecti turmarum et cokortium (Polyb., VI, 21. 5. — Tit. Liv. XXX, 14 ; Sallust. Jug. 69 et alias). Naturellement, comme les consuls ro-
latine à une part égale dans le butin mobile et la terre conquise, continua à subsister pour la forme : en réalité, cependant, les fruits substantiels de la guerre revinrent, sans aucun doute, dès les premiers temps, à l'Étal dominant. Même pour la fondation des forteresses fédérales ou des colonies latines, comme on les appelait, les colons étaient, en général, la plupart Romains, et quelquefois tous; et quoique, par ce changement, ils devinssent, au lieu de citoyens romains, membres d'une communauté fédérale, il resta trèsprobablement aux nouvelles cités fondées un attachement à leur . métropole, durable et dangereux pour la confédération. Droits privés. Les droits , au contraire, qui étaient assurés par les traités fédéraux au citoyen comme individu, ne furent pas limités. Ils comprenaient, en particulier, la complète égalité des droits quant à l'acquisition de la propriété foncière et des biens meubles, dans le trafic et l'échange, le mariage et les testaments, et le droit illimité d'aller et de venir; de sorte qu'un homme qui avait les droits de cité dans une ville quelconque, pouvait non-seulement légalement s'établir dans une autre, mais partout où il s'établissait, il participait, comme citoyen passif (municeps) à tous les droits et devoirs privés et politiques, à l'exception de l'éligibilité aux emplois et était même (quoique dans un sens limité) autorisé à voter daus l'assemblée des districts (1).
Telle était à peu près, suivant toute probabilité, la relation qui
mains étaient ordinairement commandants en chef, les chefs de communauté étaient aussi fréquemment dans les villes dépendantes à la tête des contingents (Tit. Liv. XX111, 19 ; Orelli Insc., 7022). Du reste, le nom même donné aux magistrats latins {prœtores) indique qu'ils étaient officiers.
(1) Un tel immigrant n'était pas, comme le citoyen réel, inscrit, une fois pour toutes, dans une tribu, mais avant chaque vote particulier, la tribu dans laquelle les immigrants devaient voter, était fixée par le sort. En réabté, cela équivalait probablement à la concession aux Latins d'un vote dans rassemblée des tribus. Les immigrants n'ont pu voter dans les centuries, parce qu'une place fixe dans une tribu était une des conditions préliminaires du suffrage dans les centuries. Au contraire, ils doivent, comme les plébéiens, avoir voté dans les curie3.
existait entre la communauté romaine et la confédération latine, dans la première période de la république. Nous ne pouvons constater quels éléments peuvent être attribués aux anciennes règles, et quels à la révision de l'alliance en 201 (493).
C'est avec un peu plus de certitude qu'on peut caractériser "ÏS™»
. latine* suivant
comme une innovation, el comparer avec le type la réforme qui s'opéra dans les communautés appartenant à la confédération latine, sur le modèle de la constitution consulaire de Rome. En effet, quoique les différentes communautés aient pu arriver à l'abolition de la royauté d'elles-mêmes et indépendamment les unes des autres, I identité de l'appellation des nouveaux rois nommés dans la communauté romaine et dans les autres communautés latines, et l'application étendue du principe de la collégation, révèlent clairement une connexion extérieure (1). Dans un moment quelconque, après
(1) Ordinairement, comme on sait, les communautés latines étaient présidées par deux préteurs. En outre, on voit, dans les différentes communautés, des magistrats particuliers, qui, en ce cas, portaient le titre de dictateurs; comme à Albe (Orelli- Henzen Inscr. 2293) ; Lanuvium (Cicéron pro Mil. X, 27 ; XXII, 45 ; Asconius in Mil. p. 32 ; Orell.; Orelli, n. 3786, 5157, 6086) ; Compitum (Orelli, 3324) ; Nomentum (Orelli 208, 6138, 7032; comp. Henzen, Bullet, 1858, p. 169), et Aricia (Orelli, n. 1455) ; cette dernière fonction fut sans doute contemporaine de la consécration d'un temple à Aricia par un dictateur de la confédération latine (Caton. origin. 5, 11, gr. 21, Jordan). Il y eut un semblable dictateur à Caere (Orelli, n. 3787, 5772). Toutes ces magistratures ou sacerdoces qui venaient de magistratures (car les préteurs et les dictateurs de communautés entièrement ruinées, tels que le dictateur albain, doivent être expliqués par le passage de Tite-Live, IX, 43 : Anagnmes magistratibus prœter quam sacrorum curatione interdictum) , toutes ces magistratures sont annuelles (Orell., 208). Le récit de Macer, et des Annalistes qui le lui ont emprunté, et suivant lequel Albe n'était plus, au moment de la chute, gouvernée par des rois, mais par des dictateurs annuels, est probablement une simple induction basée sur l'institution, qui y ressemblait, de la dictature sacerdotale à Albe, qui était sans doute annuelle comme celle de Nomentum. Ce point de vue a du être suggéré à Fauteur par ses opinions démocratiques. On peut se demander si Tinductiou est valable ; et, même si Albe eût été, au moment de sa chute, gouvernée par des clfefs viagers, l'abolition de la royauté à Rome ne devait pas entraîner la conversion de la dictature albaine en une fonction annuelle.
Une exception à cette règle, ce sont les deux dictatures de Fidènes (Orelli, 112),
(expulsion des Tarquins de Rome , les constitutions des communautés latines doivent avoir été revisées suivant le modèle de la constitution consulaire. L'arrangement des constitutions latines en conformité avec celle de la cité dominante, appartient à une période bien postérieure; mais la probabilité interne est plutôt en faveur de la supposition que la noblesse romaine, après avoir accompli l'abolition de la royauté à vie à Rome , suggéra un changement semblable de constitution dans les communautés de la confédération latine ; à la fin , le gouvernement aristocratique fut introduit partout dans le Latium, nonobstant la sérieuse résistance qui fut opposée, d'une part, par les Tarquins expulsés, de l'autre, par les gentes royales el les partis monarchiques des autres communautés du Latium. Le puissant développement de la domination étrusque qui eut lieu dans le même temps, les attaques continuelles des Véiens et l'expédition de Porsena, peuvent avoir poussé la nation latine à adhérer à la forme jadis établie de l'union, c'est-à-dire au maintien de la reconnaissance de la suprématie de Rome, et l'avoir disposée, par cette considération» à consentir à un changement de constitution pour lequel , sans doute, les voies étaient, sous beaucoup de rapports, préparées dans le sein même des communautés latines, peut-être même à se soumettre à un élargissement des droits d'hégémonie.
HÔmeeYdî 6 La nation, unie d'une manière permanente, était en étal, non-
alium i l'Est ... ., , - .
h au sud. seulement de maintenir, mais d étendre de tous cotes son pouvoir. Nous avons déjà mentiouné que les Étrusques ne conservèrent que peu de temps la suprématie sur le Latium, et que les circonstances
mais c'est un emploi mal fondé du titre de dictateur, qui, dans tous les autres cas, même quand il fut trausféré à des magistrats non Romains, entraîna l'exclusion et le contraire de la collégation.
Toutes ces magistratures sont, en substance, pour la réalité comme pour le nom, identiques à celles qui furent établies à Rome par la révolution, et d'une manière qui ne peut être suffisamment expliquée par la ressemblance des circonstances politiques auxquelles elles durent leur naissance.
se retrouvèrent bientôt, sur ce point, au même état où elles avaient été au temps des rois. Ce ne fut que plus d'un siècle après l'expulsion des Tarquins, qu'on vit s'étendre de ce côté les limites de la domination romaine. Au contraire, les conquêtes de l'époque républicaine primitive, comme de l'époque royale, furent faites entièrement aux dépens des voisins de l'est et du sud de Rome ; les Sabins, entre le Tibre et l'Anio; les Èques, établis sur l'Anio supérieur, et les Volsques sur la mer Tyrrhénienne. Nous voyons , par la situation qu'elle eut plus lard, combien la contrée sabine devint i*VSïL. de bonne heure dépendante de Rome; déjà, dans les guerres contre les Samnites, les armées romaines traversaient la contrée sabine comme une terre paisible ; et à une époque reculée, bien avant, par exemple, le pays volsque, les Sabins avaient abandonné leur dialecte originaire pour celui de Rome. L'occupation romaine ne parait avoir rencontré dans ce pays que peu d'obstacles. Les Sabins avaient sans doute comparativement peu de sympathie pour la résistance désespérée des Èques et des Volsques. Cela est évident par leurs annales; et, ce qui est plus important, nous ne voyous dans ce pays aucune forteresse de coercition, comme il y en avait tant dans la plaine volsque. Peut-être cette absence d'opposition tenait-elle à cette circonstance, que les hordes sabines, probablement vers celle éqoque, se précipitèrent sur la Basse-Italie. Attirés par la beaulé du pays aux environs du Tifernus et du Volturne, ils disputèrent peut-être facilement aux Romains la possession de leur terre natale ; et ceux-ci s'emparèrent, sans trouver beaucoup de résistance , du territoire sabin à moilié abandonné.
La résistance des Èques et des Volsques fut bien autrement éner- ,,, ^'J, i M
gique et durable. Nous n'avons pas l'intention de raconter les hos- >0 * qu "'
tililés qui se renouvelèrent tous les ans entre ces deux peuples,
hostilités qui sont racontées dans les chroniques romaines, de telle
sorte qu'on peut à peine distinguer la plus légère escarmouche
d'une guerre importante, et dans lesquelles la connexion historique il. 3
est complètement ouÊliée : il suffit d'indiquer les résultats permanents.
Nous voyons bien que la tâche principale des Romains et des Latins fut de séparer les Éques des Volsques, et de devenir maîtres des communications entre eux. A cette fin furent fondées les plus anciennes forteresses fédérales ou colonies latines, Cora, Norba, vers 262 (429), Signia, renforcée, dit-on, en 259 (495); toutes situées au point de jonction entre les territoires èque et volsque. L'objet fut encore plus complètement atteint par l'accession des Herniques à la ligue des Latins et des Romains, 268 (486), qui isola complètement les Volsques et assura à la ligue un boulevard contre les tribus sabelliennes qui habitaient au sud et à l'est. Il est donc aisé de voir comment ce petit peuple obtint la concession de l'égalité complète avec les deux autres dans le conseil de la ligue et la distribution du butin. Les Éques affaiblis ne furent plus guère redoutables ; il suffit désormais d'entreprendre de temps à autre contre eux une expédition de pillage. Les Volsques opposèrent une résistance plus sérieuse, et la ligue ne put gagner du terrain sur eux qu'en avançant graduellement ses forteresses sur leur territoire. Velitree avait déjà été fondée en 260 (494), comme un boulevard pour le Latium; elle fut suivie par Suessa Pometia, Ardea, 312 (442), et, par une circonstance singulière, Circeii, fondée, ou du moins renforcée en 361 (593), et qui garda sa liberté aussi longtemps qu'Antium et Terracine, ne peut avoir communiqué avec le Latium que par eau. On fil souvent des tentatives pour occuper Antium, et l'une réussit temporairement eu 287 (467); mais en 295 (459), la ville recouvra la liberté, et ce fut seulement après l'incendie des Gaulois, que, à la suite d'une guerre violente de treize ans, 365 (377), les Romains conquirent une suprématie décisive sur le territoire pomplin, et ce territoire fut assuré par la fondation des forteresses Satricum, 369 (385), et Setria, 372(382), puis distribué en lots de fermes et en tribus dans l'année 371 (383) et les suivantes. Depuis cette date, les Volsques se
révoltèrent peut-être, mais ils ne firent plus de guerre contre Rome.
Mais plus étaient décisifs les succès remportés par la ligue des^jj^^"^ Romains, des Latins et des Herniques contre les Étrusques, les romalio-bune. Sabins, les Èques et les Volsques, plus la ligue devint exposée à la désunion. La raison en fut en partie l'augmentation du pouvoir hégémonique de Rome, que nous avons déjà montré sortant nécessairement des circonstances, mais qui néanmoins parut aux Latins un lourd fardeau ; en partie aussi les actes particuliers d'odieuse injustice, commis par la communauté dominante.
Telle est, par exemple, l'odieuse sentence d'arbitrage entre les Anciens et les Ardéates, en 308 (446), dans laquelle les Romains, appelés comme arbitres pour un territoire disputé entre les deux villes, le prirent pour eux-mêmes, et quand cette décision occasionna à Ardée des dissensions intérieures, dans lesquelles le peuple voulait se joindre aux Volsques , tandis que la noblesse restait attachée à Rome, ces dissensions furent encore plus odieusement exploitées, comme prétexte pour l'envoi de colons romains à la riche cité, et pour la distribution à ces colons des terres des citoyens qui avaient été du parti anti romain (512). La principale cause cependant de la dissolution intérieure de la ligue fut la subjugation même de l'ennemi commun : d'un côté on cessa d'avoir des égards, de l'autre du dévouement, du moment qu'on crut n'avoir plus besoin les uns des autres. La rupture déclarée entre les Latins et les Herniques, d'une part, et les Romains de l'autre, fut surtout occasionnée en partie par la prise de Rome par les Gaulois et l'affaiblissement temporaire qui en fut la suite, eu partie par l'occupation définitive et la distribution du territoire pomptin. Les alliés d'auparavant se trouvèrent bientôt l'un contre l'autre sur un champ de bataille. Déjà des volontaires latins en grand nombre avaient pris part à la dernière résistance désespérée des Volsques ; aujourd'hui les plus fameuses parmi les cités latines, Lanuvium, 371 (383), Préneste, 372 (582), 374 (380), 400 (354), Tuscu-
lum, 373 (381), Tibur, 394 (360), 400 (354), ei plusieurs forteresses établies sur le territoire volsque par la ligue romanolaline, telles que Velitrae et Circeii, durent être soumises par la force des armes, et les Tiburlins mêmes ne craignirent pas de faire cause commune contre Rome avec les hordes gauloises qui s'avançaient de nouveau. Il n'y eut pas de révolte concertée, et Rome s'empara des villes particulières avec assez peu de peine. Tusculum fut même obligé, en 373 (381), de renoncer à sa république et d'entrer dans l'union civique avec Rome; ce fut la première occasion dans laquelle tout un peuple fut incorporé à la république romaine, en gardant, dans l'intérieur de ses murailles, une certaine indépendance communale. Bientôt après, Satricum eut un sort semblable.
n, 3Sr LalulteaveclesHerniquesfutplussérieuse392(362), 396(358): * le premier commandant en chef consulaire appartenant à la plèbe, Lucius Genneius y fut tué ; là aussi, cependant, les Romains furent victorieux. La crise se termina par le renouvellement des traités entre Rome et les confédérés herniques et latins en 596 (358). La teneur précise de ces traités n'est pas connue ; mais il est évident que les deux confédérations se soumirent une fois de plus, et probablement avec des conditions plus dures, à l'hégémonie romaine. L'institution, qui eut lieu à la même époque, de deux nouvelles tribus sur le territoire pomplin, montre clairement l'immense progrès qu'avait fait la puissance romaine.
confédération A celte crise se rattache manifestement la dissolution de la con-
latme dans les
entr7RÔra"ne fédération latine (1), qui eut lieu vers Tan 370 (384), quoique nous
Latiuxn.
(I) Dans la liste donnée par Denys (V, 61) des trente cités fédérales latines, seule liste que nous possédions, on voit nommés les Ardéates, Aricinii, Borcetani, Bubentani (position inconnue), Corni (Corani?), Carrenlani (position inconnue), Cirecienses, Cotulani, Corbentes, Cabani (inconnus), Fortenei (inconnus), Gabini, Laurentes, Lanuvini, Lavinates, Labicani, Nomenlani, Norbani, Prsnestini, Pedani, Querquctulani (position inconnue), Satricani, Scaptini, Setini, Telienii ^position inconnue) et Veliterni. Les mentions occasionnelles de cités ayant droit à la participation, telles que Ardea (Titc-LWe XXXII, I), Laurentum (Tite-Livc
ne puissions pas déterminer précisément si ce fut reflet, ou, ce qui est plus probable , la cause de la révolte du Latium que nous venons de raconter. Suivant le droit antérieur, toute cité souveraine fondée par Rome et le Latium prenait sa place parmi les communes autorisées à participer à la fête fédérale et à la diète, tandis que, d'autre part, toute communauté incorporée à une autre, et par là politiquement annihilée, était rayée de la liste des membres de la ligue. Dans le même temps, cependant, suivant l'usage et la nécessité des Latins, le nombre jadis fixé de trente villes fédérales fut tellement respecté, que, parmi les cités participantes, il n'y en eut jamais ni plus ni moins de trente qui curent le droit de suffrage, et qu'un certain nombre de villes qui entrèrent plus tard dans la ligue, ou bien furent négligées, en raison de leur médiocre importance,
XXXVII, 3), Borilte, Gabii, Labicî (Cicéron, pro Plane., IX, 23), sont d'accord avec cette liste. Deoys la donne, à l'occasion de la déclaration de guerre du Latium contre Rome, en 256 (498), et il était naturel de regarder cette liste, comme fit Niebuhr, comme venant du renouvellement bien connu de la ligue en 261 (493). Seulement, comme dans cette liste, écrite avec l'alphabet latin, la lettre g apparaît avec une position qu'elle n'avait certainement pas dans le temps des Douze Tables, et qu'elle put à peine avoir avant le cinquième siècle (voy. mes UnteritalischeDial. p. 33), elledoit venird'une source plus récente ; et la plus simple hypothèse de beaucoup est de la reconnaître comme une liste des villes qui furent r egardées plus tard comme des membres ordinaires de la confédération latine, et que Denys, suivant sa coutume de rattacher ensemble les faits, présente comme les éléments intégrants originaux. On doit remarquer que la liste ne présente pas une seule communauté non latine, pas même Caere, mais énumère qu'elle simplement des lieux originairement latins, ou occupés par des colonies latines.— Personne ne citera Corbio ou Gorioli comme des exceptions. Or, si nous comparons avec cette liste celle des colonies latines, nous trouvons celle des neuf qui avaient été fondées jusqu'à 369, Suessa Pometia, Cora, Signia, Velitrœ, Norba, Antium (si c'était réellement une colonie latine,) Ardea, Circeii et Salricum, les six marquées en italiques ont, et d'autre part, de celles qui ont été fondées plus tard, Setia seule, fondée en 372 (382), est mentionnée dans la liste de Denys. Les colonies latines donc qui furent établies avant 370 étaient membres participants à la féte albaine ; celles qui furent fondées postérieurement ne l'étaient pas. La circonstance que Suessa Pometia et Antium manquent dans Denys n'est pas contraire à ce point de vue, car toutes deux furent perdues peu après leur coloni-
ou, pour les crimes qu'elles avaient commis, privées du droit de voter. Decette façon, la confédération fut établie, vers l'an 370 (384), de la manière suivante : Des anciennes villes latines il y avait (outre quelques-unes qui sont tombées dans l'oubli ou dont la position est inconnue), comme étant encore autonomes et possédant le droit de suffrage, Nomentum, entre le Tibre et l'Anio ; Tibur, Gabii, Scaptra, Labici (1), Pedum et Préneste, entre l'Anio et la chaîne
sation, et Antiura resta pour longtemps encore une forteresse principale des Voîsques, tandis que Suessa disparut bientôt. La seule contradiction réelle que présente la règle que nous avons établie est l'absence de Signia, et la mention de Setia ; de sorte qu'il est naturel de penser que shtinûn doit être changé en zirNlNQN, ou de croire que la fondation de Setia avait été déjà résolue avant 370, et que Signia était au nombre des villes qui ne votaient pas. Nous trouvons comme confirmation ce fait que, dans cette liste, on île trouve aucune des villes qui furent incorporées à Rome avant 370 (384), telles que Ostia, Antemn» et Albe; tandis qu'on y voit figurer celles qui furent incorporées plus tard, telles que Tusculum, Satricum, Cora, Velitrœ, qui doivent toutes avoir perdu leur indépendance entre 370(384) et 536(218).
Pour ce qui regarde la liste donnée par Pline de trente-deux communautés éteintes de son temps et qui avaient participé à la fête albaine, en en déduisant les huit qui sont aussi mentionnées par Denys (car les Cusnetani de Pline paraissent être les Correntani de Denys, et les Tutienses de Pline les Trierai de Denys, il reste vingt-quatre villes, la plupart inconnues, formées, sans aucun doute, d'une part, des dix-sept communautés non-votantes (et qui avaient peut-être été en grande partie précisément les plus anciens membres de la fédération des fêtes albaines, plus tard privés de cet honneur), d'autre part, d'un certain nombre d'autres membres déchus ou exclus de la ligue : c'est à cette dernière classe qu'appartenait en particulier l'ancienne capitale de la ligue, Albe, aussi nommée par Pline.
(1) Tite-Live établit certainement (IV, 47), que Labici devint une colonie en 336(418). Mais, outre que Diodore (XIII, 6) n'en dit rien, Labici ne peut pas avoir été ùne colonie de citoyens, car la ville n'était pas située sur la côte, et, en outre, on la trouve encore postérieurement en possession de son autonomie ; elle ne peut pas non plus avoir été une colonie latine, car il n'y a pas, et il ne peut y avoir, d'après la nature de ces fondations, un seul autre exemple d'une colonie latine, établie dans le Latium propre. Là, comme partout ailleurs, il est très-probable (d'autant plus que deux jugera sont cités comme ayant été le lot de terre attribué) qu'une assignation de terres aux citoyens aura été confondue avec une assigna- . tion coloniale,
des monts Albains ; Corbio, Tusculum, Borellœ, Aricia , Corioli et Lanuvium sur le chemin des monls Albains; enfin , Laurentum et Lavinium dans la plaine située le long de la côte. Il faut y ajouter les colonies fondées par Rome et par la ligue latine : Ardée, dans l'ancien territoire des Rutules, et, dans celui desVolsques, Velitrœ, Sa tri eu m, Cora, Norba, Setia et Cîrceii. Dix-sept autres localités, dont les noms ne sont pas exactement connus, avaient le droit de participer à la féte Latine, mais non le droit de suffrage. La confédération latine demeura ainsi composée sans variation de quarantesept villes- participant à la féte Latine et de trente ayant le droit de suffrage. Les communautés latines fondées subséquemment, telles que Sutrium, Nepete, Cales et Terracine ne furent plus admises dans la confédération, et les villes latines qui furent plus tard privées de leur autonomie, telles que Tusculum et Satricum, ne furent pas pour cela rayées de la liste.
A cette clôture de la confédération se rattacha la fixation des FlM1 î on a«. limites du Latium. Tant que la confédération latine resla ouverte, duTaiium. les limites du Latium avaient avancé avec rétablissement de nouvelles cités fédérales; mais comme les colonies latines postérieures n'avaient pas de part à la féte Latine, elles n'étaient pas considérées géographiquement comme faisant partie du Latium. Pour cette raison, Ardea et Circeii étaient comptées comme cités latines. Sutrium et Terracine ne Tétaient pas.
Les villes auxquelles le droit de cité latine fut accordé après 370 ne furent pas seulement mises à l'écart de l'association fédérale ; elles furent encore isolées les unes des autres au point de vue de leurs droits privés. Tandis que chacune d'elles jouit de la réciprocité des relations commerciales et peut-être aussi du mariage (commercium et connubiwri) avec Rome, une semblable réciprocité ne leur fut pas accordée avec les autres cités latines. Le citoyen de Sutrium, par exemple, pouvait posséder en pleine propriété une pièce de terrain à Rome, mais non à Préneste, et pouvait procréer des enfants légitimes avec une épouse romaine, mais non avec une
épouse liburtine (1). Jusque-là, une grande liberté de mouvement avait été autorisée dans le sein de la confédération . Une ligueséparée, par exemple, des cinq vieilles cités latines, Aricia, Tusculum, Tibur, Lanuvium et Laurentum, et des trois nouvelles cités latines, Ardea, Suessa Pomelia et Cora avait été autorisée à se grouper autour de l'autel de Diaue d'Aricia. Ce ne fut sans doute pas le simple résultat d'un accident qui fît que nous ne trouvons plus dans la suite de pareilles confédérations, dangereuses pour l'hégémonie de Rome.
Roision de» Nous pouvons également attribuer à cette époque la révision que
constitutions
u™r S n depoiVee. SUD ' 1 ' a constitution des cités latines, et leur complète assimilation à la constitution de Rome. On voit paraître plus lard, à côté des deux préteurs, et comme élément nécessaire de la magistrature latine, deux édiles, chargés de la surintendance de police des marchés et des grandes routes, et de l'administration de la justice qui s'y rattache. L'institution de ces fonctionnaires urbains doit avoir eu lieu évidemment en même temps et sous l'influence du pouvoir suprême dans toutes les villes de la fédération, et ne peut certainement pas avoir précédé l'établissement de l'édililé curule à Rome, qui eut lieu en 387 (367) : elle eut lieu probablement vers le même temps. Sans doute cet arrangement fut compris parmi une série de mesures restreignant les libertés et modifiant l'organisation des communautés municipales, dans l'intérêt de la politique arislo-
cralique.
>ominniondes Après la chute de Véies et la conquête du territoire pomptin, Exaspération Rome sesenlit évidemment assez puissante pour resserrer les rênes
des Latins.
de son hégémonie, et pour placer les cités latines dans une situation si dépendante, qu elles devinrent en fait complètement ses su-
(1) Cette restriction de l'ancienne réciprocité complète des privilèges latins se présente d'abord dans le renouvellement du traité de 416 (338) (Tite-Live, VIII, 14), mais comme le système d'isolement, dont elle était une partie essentielle, commença d'abord par rapport aux colonies latines, établies après 370 (384), et ne fut généralisé qu'en 416 (338), il est convenable de mentionner ici cette innovation.
jettes. Dans ce temps, 406 (348), les Carthaginois, dans un traité commercial conclu avec Rome, s'obligèrent à n'infliger aucune injure aux Latins qui étaient sujets de Rome, c'est-à dire aux villes maritimes d'Ardêa,d'Anlium,de Circeii et de Terracina; si cependant une des villes latines sortaitde l'alliance des Romains, les Phéniciens avaient le droit de l'attaquer; mais s'ils la prenaient, ils devaient non la raser, mais la remettre aux Romains. Ceci montre clairement par quelles chaînes la cité romaine attachait à elle les cités qu'elle protégeait, et combien une ville qui osait se soustraire à ce protectorat avait à risquer et à sacrifier dans celte révolte.
11 est vrai que, même alors, la confédération latine au moins (sinon celle des Herniques) gardait son titre formel au tiers des gains de la guerre et peut-être quelques autres restes de l'antique égalité des droits; mais ce qui fut palpablement perdu était assez important pour provoquer l'exaspération qui, à cette époque, réguait parmi les Latins contre Rome. Non-seulement beaucoup de volontaires latins combattirent, sous des drapeaux étrangers, coutre la cité qui les commandait, partout où des armées combattaient contre Rome, mais en 405 (349), la ligue latine elle-même résolut de refuser aux Romains son contingent. Suivant toute apparence, on devait compter sur un nouveau soulèvement de toute la confédération latine à une époque peu éloignée, et à la même époque une collision était imminente avec une autre nation italique, qui était collision «nm certainement en état de tenir tète à la puissance réunie de toute la e,,e8S ' mBlte *race latine. Après la défense des Volsques, aucune nation considérable n arrêta d'abord les Romains dans le sud : leurs légions s'approchèrent du Liris sans trouver de résistance. Déjà en 397 (357) ils avaient lutté avec avantage contre les Privernates, et en 409 (345) contre les Aurunci, à qui ils enlevèrent Sora sur le Liris. C'est ainsi que les Romains étaient arrivés à la frontière latine, et l'alliance fraternelle que conclurent, en l'an 400 (354), les deux plus braves et les deux plus puissantes nations de l'Italie, était un gage certain d'une lutte prochaine pour la suprématie de l'Italie,
lutte qui faillit éclater eu même temps que la crise intérieure de la nation latine.
£mff d«s La nation samnite qui, à l'époque de l'expulsion des Tarquins, méridionale, était déjà certainement depuis longtemps en possession des contrées montagneuses qui s'étendent entre les plaines d'Apulie et de Campanie et qui les commandent l'une et l'autre, avait été gênée dans ses progrès d'un côté par les Dauniens (la puissance et la prospérité d'Arpi appartiennent à cette époque), de l'autre par les Grecs et les
Etrusques. Mais la chute de la puissance étrusque, vers la fin du 111 e siècle, et la décadence des colonies grecques dans le cours du iv«, leur ouvrirent le chemin à l'ouest et au sud, et on vit les Samnites s'avancer, horde sur horde, jusqu'aux mers méridionales de l'Italie, et même les traverser. Ils parvinrent d'abord dans la plaine voisine de la baie, à laquelle le nom des Campaniens avaitété associé depuis le commencement du iv* siècle : les Étrusques qui l'habitaient furent anéantis, les Grecs resserrés ; Capoue fut enlevée aux premiers, 330 (424), Gumes aux seconds, 334 (420). Vers le même temps, peut-être même plus tôt, les Lucaniens parurent dans la Grande-Grèce ; au commencement du iv e siècle, ils furent enveloppés dans un conflit avec le peuple de Termi et de Thurii et bien avant 364 (390), ils s'étaient établis dans la ville grecque de Laos. Vers cette époque, leur armée s'élevait à 30,000 hommes d'infanterie, et 4,000 cavaliers. Vers la fin du iv* siècle, il est pour la première fois question d'une confédération séparée des Bruttii(l), qui s'étaient détachés des Lucaniens, non comme les autres rameaux sabelliens, sous forme de colonie, mais à la suite d'une querelle, et s'étaient mêlés de beaucoup d'éléments étrangers. Les Grecs de la Basse-Italie essayèrent bien d'échapper à la pression des Barbares; la ligue des cités Achéennes fut reconstituée en 361, et il fut établi que, lorsqu'une des villes confédérées serait assiégée par les Luca-
(1) Le nom lui-même est très-ancien : c'est même le nom indigène le plus ancien des habitants de la Calabre actuelle (Antiochus, Fr. 5, Mûll). La dérivation connue est sans doute une invention.
nieos, toutes les autres fourniraient des contingents, et que les chefs des contingents qui ne viendraient pas seraient punis de mort. Mais l'union même des cités de la Grande-Grèce ne servit plus à rien ; carie chef de Syracuse, Denys l'Ancien, fit cause commune avec les Italiotes contre ses compatriotes. Tandis que Denys enlevait aux flottes de la Grande-Grèce la suprématie des mers italiques, les cités grecques furent occupées et démolies les unes après les autres par les Italiotes ; dans un espace de temps incroyablement restreint, cette brillante couronne de cités grecques fut saccagée et détruite. Quelques établissements grecs seulement, tels que Naples, eurent le bonheur, quoique avec difficulté, et plutôt par des traités que par la force des armes, de sauver leur existence et leur nationalité. Tarante seule resta complètement indépendante et puissante, à cause de sa situation reculée et de son esprit belliqueux, entretenu par ses luttes incessantes avec lesMessapiens. Elle eut cependant constamment à lutter pour son existence avec les Lucaniens, et fut obligée de chercher des alliances et des mercenaires dans sa mère patrie de Grèce.
Dans le temps où Véies et la plaine Pomptine devenaient romaines, les hordes sa mni tes possédaient complètement toute la Basse-Italie, à l'exception de quelques colonies grecques sans rapports entre elles, et des côtes apulo-messapiennes. Le Péri pie grec, composé vers 418, mentionne les Samnites proprement dits, avec leurs cinq langues, comme régnant d'une mer jusqu'à l'autre, et place les Gampaniens dans leur voisinage, sur la mer Tyrrhénienne vers le nord et les Lucaniens vers le sud ; parmi ceux-ci sont compris, dans cette circonstance comme dans plusieurs autres, les Bruttiens; ils se partageaient déjà la côte tout entière depuis Peestum, sur la mer Tyrrhénienne, jusqu'à Thurii sur la mer Ionique. En fait, quand on compare les succès des deux grandes nations de l'Italie, les Latins et les Samnites, avant qu'elles vinssent en contact, on trouve la carrière de conquêtes des Samnites bien plus vaste et plus brillante que celle des Romains. Mais le caractère de
ces conquêtes était fort différent. Du point central solide que le Latium possédait dans la ville de Rome, la domination de la race latine s'étendait lentement de tous les côtés et dans des limites comparativement restreintes, mais en posant le pied solidement à chaque pas, soit par la fondation de villes fortifiées sur le modèle romain avec les droits de cités dépendantes, soit par la romanisation des territoires conquis. Il en fut autrement des Samnites.On ne voit chez eux aucun peuple dominant, et par conséquent, pas de politique de conquête. Tandis que la conquête de Véies et de la plaine Pompline augmentait sérieusement le pouvoir des Romains, le Samnium était plutôt affaibli que fortifié par les cités campaniennes, et par la confédération des Lucaniens et des Bruttiens; car toute horde qui avait cherché et trouvé de nouveaux établissements, volait ensuite de ses propres ailes. Les tribus samniles occupaient un espace disproportionné, qu'elles n'avaient jamais songé à s'approprier tout entier; les plus grandes villes grecques, Tarente, Thurii, Crotone, Metaponte, Héraclée, Rhegium, Naples, quoique affaiblies et souvent dépendantes, continuaient à exister, et les Hellènes étaient tolérés même dans le pays plat, et dans les petites villes; Cumes, par exemple, Posidonia, Laos et Hipponium restèrent (comme le prouvent le Périple et les monnaies), des cités grecques, même sous la domination samnile. Ainsi naquirent des populations mêlées; comme, par exemple, les Bruitiens, avec leurs deux langues, et qui comprenaient des éléments helléniques et samnites, et même des restes des anciens aulochlhones : dans la Lucanie et la Campanie, même de semblables mélanges doivent avoir eu lieu, quoique dans une moindre proportion. La nation samnite, de plus, ne pouvait résister au charme dangereux de la civilisation hellénique, surtout dans la Campanie, où Naples entra bientôt en relations amicales avec les immigrants, et où le ciel seul adoucissait les barbares. Capoue, Nola, Nuceria et Teauum, quoique ayant une population purement samnite, adoptèrent les manières grecques et une constitution grecque de la cité;
en fait, la forme indigène de constitution cantonale ne pouvait pas subsister dans ces circonstances modifiées. Les cités samnites de Campanie commencèrent à battre monnaie, en partie avec des exergues grecs ; Capoue devint, par son commerce et son agriculture, la seconde cité de l'Italie en grandeur, la première en richesse et en luxe. La profonde démoralisation, dans laquelle, suivant les anciennes traditions, celle ville dépassait toutes les autres villes de rilalie, se montre bien dans le système de recrutement des mercenaires et dans les combats de gladiateurs, pour lesquels Capoue avait la palme. Nulle part les recruteurs ne trouvaient autantd'empressemeutque dans celte métropole de la civilisation démoralisée; taudis que Capoue par elle-même ue savait pas se proléger contre les attaques des Samnites, la jeunesse guerrière de Campanie se précipitait sous des condottieri choisis dans son sein, principalement en Sicile. On montrera plus tard quelle influence ces condottieri exercèrent sur les destinées de l'Italie ; ils présentent un côté aussi particulier des mœurs campaniennes que les combats de gladiateurs, qui, s'ils ne prirent pas naissance à Capoue, s'y développèrent du moins jusqu'à la perfection. On y voyait paraître des couples de gladiateurs au milieu des festins, et leur nombre était proportionné au rang deshôtesinvités. Celle dégénéralion de la plus importante des cités campaniennes, qui se rattache étroitement aux habitudes étrusques florissantes en cet endroit, doit avoir été fatale à toute la nation. Quoique la noblesse campanienne sût allier à la plus profonde démoralisation une bravoure chevaleresque et une haute culture intellectuelle, elle ne pouvait plus être pour la nation ce que la noblesse romaine était pour la nation latine. L'influence hellénique s'exerçait sur les Lucauiens et les Brutiiens aussi bien que sur les Campaniens, quoique à un moindre degré. Les objels découverts dans ces coulrées prouvent que l'art grec y était aimé avec une frénésie barbare : les riches colliers d'or et d'ambre, les magnifiques poteries peintes, que nous déterrrons encore dans les tombeaux, nous aident à conjecturer à quel point ces hommes
samnite
s'étaient éloigués des mœurs de leurs pères. Leur écriture nous a conservé d'autres indications: la vieille écriture nationale apportée du nord fut abandonnée par les Lucaniens et les Bruttiens et échangée pour récriture grecque, tandis qu'en Campaoie l'alphabet national, et le langage lui-même, sous l'influence civilisatrice du grec, se développa de lui-même et atteignit une plus grande clarté et une plus grande délicatesse. On rencontre même des traces isolées de l'influence de la philosophie grecque. conréiJn,iion La conlrée samnite proprement dite resta seule parfaitement à l'abri de ces innovations, qui, quelque belles et naturelles qu'elles puissent avoir été jusqu'à un certain point, n'en contribuèrent pas moins à relâcher de plus en plus le lien de l'unité nationale, déjà très-faible, par sa nature. Par suite de l'influence hellénique, il se fil une profonde division dans le sein de la race samnite. Les « Philhellènes » civilisés de Campanie s'habituèrent, comme les Hellènes eux-mêmes, à trembler devant les rudes tribus des montagnes, qui ne cessaient de se répandre dans la Campanie et de troubler les habitants primitifs dégénérés. Rome était une ville fermée, qui s'appuyait sur la force de tout le Latium : les sujets pouvaient murmurer, mais ils obéissaient. La race samnite était dispersée et divisée, et tandis que la confédération dans le Samnium proprement dit avait préservé de loule atteinte les mœurs et la bravoure des ancêtres, elle différait essentiellement, sous ce rapport, des autres populations et cités samnites.
Rom* En fait, ce fut ce contraste entre les Samnites de la plaine et les Samnites de la montagne qui conduisit les Romains sur le Liris. Les Fidiciniens de Teanum et les Campaniens de Capoue demandèrent du secours aux Romains contre leurs propres compatriotes, qui, en hordes toujours renouvelées, ravageaient leur territoire et menaçaient de s'y établir. Quand l'alliance demandée eut été refusée, l'ambassade campanienne offrit la soumission de son pays à la suprématie de Rome, et les Romains ne surent pas résister à cet appât. Des ambassadeurs romains furent envoyés aux Samnites
pour les informer de la nouvelle acquisition, et pour leur enjoindre de respecter le territoire de la puissance amie. On ne peut guère plus suivre en détail la chaîne des événements (1); nous découvrons seulement que, après une campagne, ou sans l'occasion d'une guerre, Rome et le Samniura arrivèrent à un arrangement par lequel
(1) Peut-être aucune portion des annales romaines n*a-t-elle été plus défigurée que le récit de la première guerre latino-samnite, telle qu'on la trouve ou qu'on la trouvait dans Tite-Live, dans Denys et dans Appien. Il est à peu près tel que nous allons dire : Après qu'en 411, les deux consuls eurent marché en Campanie, le consul Marcus Valerius Corvus remporta, le premier, une pénible et sanglante victoire sur les Samnites au mont Gaurus : son collègue Aulus Cornélius Cossus en gagna une seconde, après avoir été sauvé d'une complète destruction dans une passe étroite par le sacrifice d'une division conduite par le tribun militaire Publius Decius. La troisième bataille, qui fut décisive, fut livrée par les deux consuls, à l'entrée des fourches Caudines, près de Suessula. Les Samnites furent complètement battus ; on ramassa vingt mille de leurs boucliers sur le champ de bataille ; ils furent obligés d'accepter la paix, par laquelle les Romains conservèrent Capoue qui s'était donnée à eux, tandis que Teanum fut laissé aux Samnites 413 (341). Les Romains reçurent de partout des encouragements, de Carthage môme. Les Latins qui avaient refusé leur contingent et qui paraissaient se préparer à attaquer Rome, tournèrent leurs armes contre les Péligniens, tandis que les Romains étaient occupés d'une conspiration militaire qui avait éclaté dans la garnison laissée en Campanie 412 (342), puis de la prise de Privernum 413 (341) et de la guerre contre les Antiates. A cette époque, la situation des partis éprouva un brusque et singulier revirement. Les Latins, qui avaient demandé en vain le droit de cité romaine et la participation au consulat, se soulevèrent contre Rome avec les Fidicins, qui avaient vainement offert de se soumettre aux Romains, et n'avaient pas su se sauver des Samnites, et avec les Campaniens qui étaient fatigués de la domination romaine. 11 n'y eut dans le Latium que les Laurentini et les chevaliers campaniens qui demeurèrent fidèles aux Romains, qui de leur côté trouvèrent un appui auprès des Péligniens et des Samnites. L'armée latine tomba sur le Samnium ; l'armée romano-samnite, après avoir marché vers le lac Fucinet de là, en évitant le Latium, vers la Campanie, donna la bataille décisive auprès du Vésuve contre les Latins et les Camagniens réunis : elle fut gagnée par le consul Titus Manlius Imperiosus, au moyen de sa dernière réserve qu'il fit donner : il avait d'abord rétabli dans l'armée la discipline en faisant exécuter son propre fils qui avait tué un ennemi malgré les ordres du quartier général ; son collègue Publius Decius Mus apaisa les dieux en se sacrifiant volontairement. Mais la guerre ne fut terminée que par une seconde bataille que le consul Manlius livra
Capoue était laissée aux Romains, Teanum aux Samnites, et le cours supérieur du Liris aux Volsques.
Le consentement que les Samnites donnèrent au traité s'explique par les efforts énergiques que firent à cette époque les Tarentins pour se débarrasser de leurs voisins sabelliens. Mais les Romains
aux Latins et aux Campaniens auprès de Tifernum ; le Latiura et Capoue se soumirent et perdirent une partie de leur territoire.
Le lecteur honnête et judicieux ne manquera pas de remarquer que ce récit est un tissu d'impossibilités. Telle est par exemple la déclaration de guerre des Anliales, après leur soumission de 377, (Tite-Live VI, p. 33); la campagne indépendante des Latins contre les Péligniens, en contradiction manifeste avec les stipulations des traités entre Rome et le Latium ; la marche sans précédent de l'armée romaine à travers le territoire marse et samnite sur Capoue, tandis que tout le Latium était en armes contre Rome. Je ne dis rien du récit confus et sentimental de l'insurrection militaire de 412 (342), et de l'histoire de son chef involontaire, le boiteux Titus Quinctius, le Gôtz de Berlichingen romain. Les répétitions sont peut-être encore plus suspectes. Telle est l'histoire du tribun militaire Publius Decius, copiée sur l'action courageuse de Marcus Calpurnius Flamma, si tel fut son nom, dans la première guerre punique : telle est encore la seconde mention delà conquête de Privernum parGenus Plantius, en l'année 425(329), seconde conquête qui est seule mentionnée dans les fastes triomphaux : tel est encore le sacriGce de Publius Decius, renouvelé, comme on sait, par son fils en 459 (295). Dans cette partie, tout le récit trahit une époque différente et une antre main que celle qui a raconté les autres récits plus croyables des Annales. Le récit est plein de peintures détaillées de batailles, d'anecdotes telles que celle du préteur de Setia, qui se brise la tête sur l'escalier du Sénat, parce qu'il avait eu l'audace de solliciter le consulat, et les anecdotes diverses qui entourent le surnom de Titus Manlius; enfin de digressions archéologiques prolixes et contestables. C'est à cette classe que nous rapporterons l'histoire de la légion (le compte-rendu probablement apocryphe que donne Tite-Live 1, 52, du manipule formé par le second Tarquin, de Romains et de Latins mêlés, est probablement un autre fragment de ces digressions); tel est encore le point de vue erroné sur le traité entre Capoue et Rome, (voyez mes Rom. Munzwesen, p. 334, n<> 122); la formule du sacrifice volontaire, le denier campanien, l'alliance de Laurentium et les bina jugera, dans l'assignation (p. 338, A). Dans de telles circonstances, on peut considérer comme un fait de grande importance que Diodore, qui suit d'autres récits souvent plus anciens, ne sache absolument rien d'aucun de ces derniers événements, sauf la bataille de Trifanium ; bataille qui s'accorde peu avec le reste du récit qui, suivant les règles de la justice poétique, aurait dû finir avec la mort de Decius.
aussi avaient de bonnes raisons de s'arranger aussi tôt que possible avec les Samnites, car la transition antérieure à la domination romaine de la contrée qui avoisinail le sud du Latium, avait changé en une insurrection ouverte le ferment de haine que nourrissaient les Latins. Toutes les villes latines originaires, même les Tusculans qui avaient été reçus dans l'alliance de la cité, se déclarèrent contre Rome, à la seule exception des Laurentins, tandis que toutes les colonies romaines du Lalium, à l'exception de Velitrœ, restèrent attachées à Rome. On comprend aisément que les Campaniens, malgré leur soumission récente et volontaire aux Romains, aient saisi la première occasion de se débarrasser de la domination romaine, et malgré l'opposition du parti oligarchique dévoué à Rome, aient fait cause commune avec la confédération latine ; ou comprend également que les Volsques aient entrevu, dans ce soulèvement des Latins, une dernière possibilité de recouvrer leur liberté : on ne se flgure pas bien, au contraire, pourquoi les Herniques, comme l'aristocratie campai» ienne, ne prirent pas part à ce soulèvement. La position des Romains était critique : les légions qui s'étaient dirigées vers le Liris et avaient occupé la Campanie, étaient coupées, par la révolte des Latins et des Volsques, de toute communication avec Rome; une victoire seule pourrait les sauver. C'est à Trifanum (entre Minturnes, Suessa et Sumessa) que fut livrée la bataille décisive, 414 (340); le consul Titus Manlius Imperiosus Torquatus remporta, sur les Latins et les Campaniens réunis, une victoire complète. Dans les deux années suivantes, les différentes villes des Latins et des Volsques, celles du moins qui résistaient encore furent forcées à capituler ou prises d'assaut, et toute la contrée fut réduite à la sujétion.
L'effet de la victoire fut la dissolution de la ligue latine. Elle ^'x'u devint, de fédération politique indépendante, une simple association HgUP lat ' pour la célébration des fêles religieuses. Les anciens droits stipulés de la confédération, relativement au maximum de la levée des
troupes et au partage des gains de la guerre, tombèrent, en tant que H. 4
droits, avec la ligue elle-même, et prirent, quand ils furent reconnus subséquemment, le caractère d'une faveur. Au lieu du simple traité entre Rome, d'une part, et la confédération latine, de l'autre, on vit des alliances perpétuelles se fonder entre Rome et les localités particulières confédérées. L'isolement des communautés les unes à l'égard des autres, qui avait été déjà institué pour les places fondées après 370, fut ainsi étendu à toute la nation latine. Sous d'autres rapports, les différentes places conservèrent leurs privilèges antérieurs et leur autonomie. Tibur et Préneste cependant eurent à céder à Rome des portions de leur territoire, et on exerça avec plus de rigueur encore les droits de la guerre contre les autres Co d 0 a n ns a ie ion communautés latines ou volsques. Des colons romains furent enpr^oisquc. Anl j um) j a p| us importante et la plus forte, sur terre comme
sur mer, des cités volsques, et les anciens citoyens furent obligés, non-seulement de céder les terres nécessaires à de nouveaux arrivants, mais d'entrer eux-mêmes dans l'alliance de Rome, 416 (338). Des colons romains s'établirent également, quelques années après, 425 (329), à Terracine, la seconde des cités volsques en importance, et là aussi les anciens citoyens furent ou écartés ou incorporés dans la nouvelle colonie. Lanuvium, Aricia, Nomentum et Pedum perdirent aussi leur indépendance et devinrent des municipes romains. Les murs de Velitrae furent démolis, le sénat futsupprimé en masse et interné dans l'Elrurie romaine; la ville fut vraisemblablementconsliluécen communauté sujette avec les droits ca> rites.Dela terre acquise, une portion, par exemple les propriétés des sénateurs de Velitrae, fut distribuée aux citoyens romains. Ces assignations spéciales et les nombreuses communautés récemment admises dans la cité romaine donnèrent naissance à l'institution de deux nouvelles tribus en 422 (332). Le sentiment profond que conservèrent les Romains de l'importance immense des résultats obtenus, est attesté par la colonne commémoralive qu'on éleva, dans le Forum romain, au dictateur victorieux de 416(338), Gaius Mœnius, et par la décoration delà tribune aux harangues, éievéedans
le même lieu avec les éperons enlevés aux galères d'Antium , dont on ne put pas se servir.
Ce fut de la même manière, quoique avec quelque différence de ^$* ,0 £ s
forme, que la domination romaine fut établie et confirmée dans les voi^û" s "et
cnm|>anicnn«<.
territoires méridionaux des Volsques et des Campauieus. Fundi, Formise, Capoue, Cumes, et un certain nombre de villes plus petites devinrent des communautés dépendantes de Rome avec les droits cœri tes. Pour s'assurer la ville si importante de Capoue, on élargit avec beaucoup d'habileté la brèche qui séparait la noblesse et le peuple; on revisa et on contrôla la constitution communale dans l'intérêt romain. On suivit le même procédé avec Privernum, dont les citoyens, soutenus par Vetrurius Vaccins, hardi partisan, qui appartenait à Fundi, eurent l'honneur de livrer la dernière bataille pour la liberté latine. Elle finit par l'assaut de la ville, 425 (329), et l'exécution de Vaccius dans une prison romaine. Pour former dans ce pays une population dévouée à Rome, on distribua, sur les terres conquises, en particulier dans les territoires de Privernum et de Falerne, un tel nombre d'assignations aux citoyens romains, que peu d'années après, 436 (318), on put y instituer deux nouvelles tribus. L'établissement de deux forteresses comme colonies avec les droits latins assura finalement la contrée nouvellement acquise. Ce furent Calés, 420 (334), au milieu de la plaine campanienne, d'où l'on pouvait observer les mouvements de Teanum et de Capoue, et Frégelles, 426 (328), qui commandait le passage du Liris. Les deux colonies étaient extraordinairement considérables, et devinrent rapidement florissantes, malgré les obstacles que les Fidicins opposèrent à la fondation de Calés, et les Samniles à celle de Frégelles. Une garnison romaine fut aussi envoyée à Sora, démarche dont les Samniles, à qui ce territoire avait été laissé par le traité, se plaignirent avec raison, mais inutilement. Rome poursuivit invariablement ses desseins, montrant ici sa politique énergique et prévoyante plus visiblement que sur les champs de bataille et s'assuraut les territoires conquis
en les enserrant dans une espèce de filet politique et militaire, dont il était impossible de sortir. Il va de soi que les Samnites ne pouvaient voir avec plaisir les progrès menaçants des Romains : ils dressèrent sans doute des obstacles devant eux ; ils négligèrent cependant, au moment où il en était peut-être encore temps, de fermer, avec l'énergie que demandaient les circonstances , cette nouvelle carrière de conquêtes. Ils paraissent, il est vrai, suivant leur traité avec Rome, avoir occupé et fortifié Teanum ; car tandis que primitivement nous voyons cette ville chercher dans Rome et dans Capoue des auxiliaires contre le Samnium, nous la voyons plus tard devenir le boulevard de la puissance samnite à l'Ouest. Tandis que sur le haut Liris, ils s'étendirent par la conquête et la destruction, ils négligèrent de s'établir de ce côté d'une manière durable. Ainsi ils détruisirent la ville volsque de Frégelles, ce qui facilita simplement l'établissement en cet endroit de la colonie romaine que nous avons mentionnée, et ne servit qu'à effrayer deux autres villes volsques, Fabraleria (Falva terra) et Luca (situation inconnue), de sorte que ces villes, suivant l'exemple de Capoue, se donnèrent à Rome, 424 (330). La ligue samnite permit à la conquête de la Campanie par les Romains de devenir un fait accompli, avant de s'y opposer sérieusement : le motif de cette lenteur doit être cherché en partie dans les différends contemporains de la nation samnite avec les Grecs d'Italie, en partie dans la politique molle et sans unité de la ligue.