LE ZOLLVEREIN
Avant d'être renversé par le libre -échange, le système protecteur que nous venons de voir gouverner en France et longtemps dominer en Angleterre, de 181 5 à 1848, régna aussi sans partage dans la plupart des Etats civilisés.
Pendant la première moitié du dix-neuvième siècle, l'Autriche s'enferma dans une barrière de droits quelquefois prohibitifs; le Danemark maintint le péage onèi^éux du Sund; la Hollande s'enrichit par l'application du système de Van der Bosch^ à Java et dans ses autres colonies océaniennes; l'Espagne s'obstina à pratiquer le Pacte de r Exclusif, ce qui lui valut la perte de ses colonies d'Américfue ; TEgypte de Méhémet-Ali devint la propriété per^
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sonnelle de ce Bonaparte de VOrientj qui se déclara seul agriculteur, seul industriel, seul marchand dans sa viceroyauté, et qui permit à un saint-simonien, Lambert-bey, d'étudier un tracé de canal interocéanique à travers risthme de Suez.
La liberté du commerce était niée partout, excepté en Angleterre et en Allemagne. Ici se place la formation du célèbre Zollverein.
Le Zollverein a pour origine l'association allemande du commerce et de l'industrie, fondée par l'économiste List, à Francfort, en 1819. De nombreux congrès commerciaux qui suivirent amenèrent un accord entre la Bavière et le Wurtemberg (1828). Par intérêt politique, la Prusse conclut un traité de commerce et de douanes analogue avec la Hesse-Darmstadt et les deux principautés d'Anhalt; puis elle s'unit avec les deux premières parties contractantes (i833). Le Zollverein naissant se grossit de la Saxe et de V Union de Thuringe, c'est-à-dire des nombreux duchés saxons et des principautés de Schwartzbourg. Restait en dehors, le Steuervereîn ou ligue commerciale du Hanovre, lief anglais, de l'Oldenbourg, des deux Mecklembourgs et des trois villes hanséatiques : Lubeck, Hambourg et Brème.
Le Zollverein, tel qu'il fut définitivement constitué en 1841 ) reposait sur les principes suivants :
1^ Suppression des douanes intérieures ;
2^ Etablissement d'une ligne enveloppante de douanes ;
3^ Abolition de toute probibilion et abaissement des tarifs sur la frontière commune;
4** Pfiirtage proportionnel des recettes.
L'administration de l'Union était confiée à une Dièle qui se tiendrait chaque année dans une capitale différente,
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qiiî réglerait les contraventions, répartirait les fonds et voterait les modifications nécessaires, mais seulement à l'unanimité des voix. Le pacte était valable pour une durée de douze ans et indéfiniment renouvelable.
Tour à tour, les nombreux Etats allemands furent sollicités d'y adhérer. La Prusse offrit au Hanovre des avantages considérables. En i85i, le Steuerverein se fondit dans le Zollverein; le Luxembourg suivit cet exemple.
Quant à TAutriche, malgré ses démarches, ses instances, elle fut tenue à Técart. La diplomatie du jeune Bismarck, membre de la Diète, sut Févincer tout à fait.
Ainsi la Prusse réalisa à son profit Tunité économique de TAllemagne nouvelle (25 millions d'habitants). C'était la préface à son hégémonie politique. En 1871, l'organisation du Zollverein allait servir de cadre à l'empire fédéral.
Indépendamment de ces conséquences morales, VUnion douanière avait fait doubler le chiffre des importations et des exportations, ainsi que les revenus des douanes.
Un fait peu connu, c'efstque, menacée par le voisinage du Zollverein, la Belgique songea à négocier un arrangement de même nature avec la France. On était en 1842. Les industriels des départements du Nord et du Pas-de- Calais repoussèrent avec force l'éventualité de la concurrence des produits flamands, et d'ailleurs Robert Peel rappela à Guizot que la Belgique, étant neutre^ n'avait pas le droit d'aliéner son indépendance, même volontairement. Les affaires en restèrent là : il n'y eut point de Zollverein français.
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La deuxième République et le second Empire. — Nous irons à grandes enjambées dans la dernière période de l'histoire contemporaine et nous nous contenterons d'exposer les faits principaux, sans prétendre à les juger. Aussi bien sont-ils innombrables, difficiles à démêler, et ils n'ont pas tous, il s'en faut, produit leurs dernières conséquences.
En établissant, sur la proposition de Ledru-RoUin, le suffrage universel dont Raspail avait été l'infatigable promoteur, la République de février i848 changea les conditions du travail et imprima aux lois économiques un caractère démocratique plus conforme aux progrès de la science et au développement de la civilisation.
A la même époque, la découverte et l'exploitation des mines d'or de la Californie et de l'Australie permirent, en augmentant sensiblement la masse du numéraire, de donner au Commerce plus d'extension : de local, de régional, de national qu'il avait été successivement, il devint cosmopolite, universel.
11 reste quelques créations de la deuxième République. Le gouvernement provisoire abolit l'esclavage des nègres aux colonies, supprima l'impôt du sel et, à Paris, les droits d'octroi sur le vin et la viande de boucherie. La Banque de France étendit son monopole sur le territoire entier, à l'exception de l'Algérie où fonctionna une banque particulière. Une loi abaissa le prix du port des lettres à o^',2o, uniformément, et, en 1849, durent émis les premiers timbres-poste français. Le Comptoir d'escompte a
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été alors institué sous sa forme définitive. Le système anglais des Magasins généraux et Tusage des warrants ont été adoptés. Nous ne parlons que pour mémoire des fameux ateliers nationaux. Le ministre Marie, adversaire de Louis Blanc, qui les ouvrit, espérait bien qu'ils échoueraient et ne serviraient qu'à démontrer la fausseté des théories socialistes.
Après le coup d'Etat du 2 décembre i85i, Louis-Napoléon Bonaparte, neveu de Napoléon I", exerça la dictature sous le nom de Prince-Président de la République et un an plus tard, jour pour jour, il prit le titre d'Empereur des Français.
Le nouveau souverain. Napoléon III (1852-1870), aimait à étudier les questions économiques. Dans sa jeunesse, il avait écrit un livre où il recherchait les moyens d'éteindre le paupérisme. Une fois maître absolu de la France, autant pour consoler le pays de la confiscation de ses libertés que pour légitimer son usurpation, il provoqua de grandes entreprises industrielles, patronna de nombreuses sociétés financières, rêva d'unir la gloire de l'administrateur à la gloire du capitaine.
Il rendit aux ouvriers le droit de coalition et de grève (i864), autorisa les premiers syndicats, créa une caisse de retraites pour la vieillesse.
L'agriculture fut encouragée officiellement par celui qui avait dit à Bordeaux : <c l'Empire c'est la paix ! » Comices agricoles et concours régionaux, expositions spéciales de fruits, de fleurs, de légumes, d'animaux domestiques, permirent de se rendre compte des efforts des paysans. La culture de la terre, sous l'influence des théories du chimiste Liebig, sortit de la routine et utilisa les découvertes de la science.
Mêmes progrès en industrie. Vers l854, commença la
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grande fabrication de Tacier, d'après le procédé Bessemer. Les manufactures dei soieries, de toiles, de lainages, de papier et de sucre, renouvelèrent leur outillage. Un moment compromise par la guerre de Sécession, l'industrie cotonnière se développa en Alsace et en Normandie, alimentée de matière première par de nouveaux pays producteurs : les Indes et l'Egypte. De grandes cités surgirent, comparables à celles de l'Amérique ou de l'Angleterre : Saint-Etienne, le Greusot, Roubaix, Saint- Quentin, etc.
Le commerce tira parti des chemins vicinaux ou départementaux aussi bien entretenus que les routes impériales, et l'achèvement du grand réseau des voies ferrées fut poussé activement. En 1870, il y avait en France 17000 kilomètres de chemins de fer, dix fois plus qu'à la chute de la royauté.
De puissantes compagnies de navigation à vapeur, par exemple la Compagnie transatlantique des frères Péreire (1862) et les Messageries maritimes, rivalisèrent avec celles de l'étranger, affranchirent le pays d'une sujétion dangereuse. Un câble sous-marin fut immergé de Brest à Saint-Pierre (près Terre-Neuve) en 1869.
Le crédit prit une envergure prodigieuse. On renouvela jusqu'à l'année 1897 le privilège de la Banque de France et cet établissement put désormais émettre des billets de 100 et de 5o francs, avec cours facultatif.
Le Crédit foncier, banque de la propriété immobilière, le Crédit mobilier qui finit si tristement, le Crédit agricole, la Société générale pour le développement du commerce et de l'industrie, le Crédit Lyonnais, beaucoup plus heureux, datent respectivenient de i852, de i853, de 1860, de 1864 et de i865.
Paris se transforma, s'embellit sous l'habile adminis-
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LA FRANCK, DE 1848 A i870. 35;i
tratioii du préfet de la Seine, Haussmann. A Timage de la capitale, toutes les grandes villefe de province : Lyon, Bordeaux, Marseille, s' haussmannïsèrent. Trop souvent la spéculation et Tagiotage s'emparèrent de ces immenses opérations. Il y eut une fièvre de V argent^ une corruption des mœurs, un amour du luxe et des raffinements qui causèrent plus d'un scandale; il y eut des crises pénibles, en 1867 P^"* exemple, quand la Banque de Francedut élever le taux de son escompte jusqu'à 10 p. 100.
La dépréciation de l'or, causée par la surproduction des mines de Californie et d'Australie (plus de 700 millions de francs de i85i à 1860), entraîna la sortie de la monnaieargent qui faisait prime à l'étranger et le gouvernement impérial décida la réduction à 835 millièmes du titre des pièces divisionnaires; il s'entendit à ce sujet avec la Belgique, la Suisse, l'Italie et la Grèce et forma V Union latine (i865).
La hausse des prix, celle des salaires, produisirent également des perturbations. C'est la rançon de toutes les révolutions économiques, de tous les grands mouvements sociaux. Il est indéniable toutefois que le second Empire a été une époque de prospérité matérielle. Trois faits capitaux vont le prouver.
1^ Traité de commerce de 1860. — Le journal le Libre-Echange de Bordeaux, le livre de Cobden et la Ligue, rédigés par Frédéric Bastiat, avaient initié les Français aux avantages de la liberté commerciale. Un ancien saint-simonien, Michel Chevalier, propagea les idées nouvelles et les professa officiellement au Collège de France. Cet économiste fit même le voyage d'Angleterre et se rencontra à Manchester avec Richard Cobden. A son tour, Cobden, poussé par Gladstone, vint à Paris
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et, sous le prétexte d'une souscription en faveur d'une statue à élever à Robert Peel, il eut avec Napoléon III plusieurs entretiens particuliers.
L'Empereur cherchait à resserrer son alliance avec le gouvernement de Victoria (alors le ministère Palmerston), que les événements de la guerre d'Italie avaient inquiété. Il saisit cette occasion de réaliser quelques-unes des réformes socialistes qui avaient été les rêves, la chimère de sa jeunesse ; il crut plaire à la majorité des Français et consolider sa monarchie, en abaissant, d'un trait de plume, le prix des objets indispensables à la vie. Telle est l'origine de son coup d'Etat économique.
Le sénAtus-consulte du 25 décembre 1 852 lui reconnaissait le droit de signer des traités de commerce sans avoir besoin de l'agrément des Chambres : Corps législatif et Sénat; mais, dans la pratique, on croyait qu'il n'userait jamais de cette prérogative. Grand fut l'étonnement, intense l'émoi de la majorité protectionniste lorsqu'elle apprit, le 23 février i86o, qu'un traité libre-échangiste avait été conclu avec l'Angleterre. Les maîtres de forges et les filateurs, atteints dans leurs intérêts, poussèrent les hauts cris. Pouyer-Quertier, leur porte-parole, fît retentir la tribune de ses violentes protestations : il fit observer que les négociations mystérieuses de Baroche et de Rouher avec Cobden et lord Cowley aboutissaient à la résurrection de l'ancien traité d'Eden, C'était également l'avis de Thiers, actionnaire de la Compagnie d'Anzin, et de Saint-Marc Girardin.
Et, en effet, le traité de i86o abolissait toute prohibition, abaissait le droit de douane ad valorem sur les marchandises anglaises autrefois prohibées, à 3o p. loo maximum, réductible à i5 p. loo dès l'année 1864. Tous les anciens tarifs étaient diminués et fixés de 8 à 10 p, 100
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LA FRANCli, DK 18i8 A 1870. X'>'t
sur les tissus filés, à i5 p. loo sur les tissus bruts avec dégrèvement de 5 p. lOO quatre ans plus tard. La taxe sur les fers descendait à 7 francs par quintal, et le reste à l'avenant. Peut-être TEppereur était-il allé trop loin dans cette voie, mais il avait commis des imprudences de langage et il s'était engagé à fond.
De son côté, TAngleterre accordait des compensations. Le droit d'importation sur les vins français, qui était de i58 francs par hectolitre, tombait à 56, 28 et 22'',5o suivant le degré d'alcool ; le droit qui pèse sur les eauxde-vie passait de 619 francs l'hectolitre à 218 francs; toute charge d'entrée était supprimée au profit des soieries, des articles de Paris, de la bijouterie, des modes et confections.
Le contrat, valable pour dix ans, contenait en outre la clause de tacite reconduction. Il eut un immense retentissement et fut suivi de traités analogues entre la France et la Belgique, le Zollverein, l'Italie, la Suisse et même le Pérou.
Par là tombaient d'un seul coup et VEchelle Mobile et le vieux système de la protection à outrance; par là disparaissait l'odieux pacte colonial ; par là fléchissaient les prix du café, du sucre, des épices. Les consommateurs couvrirent de leurs applaudissements les plaintes souvent fondées des producteurs et, loin de décroître, le commerce extérieur suivit une marche ascendante. De 2 55ooooooode francs qu'il était en i85o, il dépassa 8 milliards en 1869.
2° Les Expositions universelles. — L'Angleterre avait donné la première l'exemple d'une Exposition ouverte à tous les peuples et non plus seulement nationale (i85i). Le prince Albert, qui Tavait conseillée, ren-
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contra une opposition passionnée à la Chambre des Communes : le succès du Palais de Cristal Ten dédommagea largement. Malgré les sinistres prophéties de quelquesuns, la France ne voulut pas demeurer plus longtemps en arrière et son Exposition universelle du Palais de Tlndustric à Paris (i 855) effaça Téclat de celle de Londres. Tandis que celle-ci n'avait attiré que 17000 industriels, dont 1 700 Français, qui obtinrent à eux seuls le tiers des récompenses décernées, l'Exposition française en réunit 24000 : il en était venu même d'Australie et de TExtrême- Orient.
Plus belle, plus fastueuse encore fut l'Exposition de 1867, au Champ de Mars. 42000 personnes y prirent part. Le nombre des visiteurs doubla ; les rois de Bavière, de Wurtemberg, de Grèce, de Portugal, de Belgique, de Suède et de Prusse; le vice-roi d'Egypte et le Sultan; les empereurs d'Autriche et de Russie y vinrent, et Napoléon offrit à ces hôtes illustres des fêtes qui ont passé longtemps pour inimitables.
De ces tournois pacifiques, où rivalisent les nations, chacun retira quelque profit. Les esprits observateurs purent faire en 1867 une double constatation : la France l'avait emporté dans tout ce qui touche aux industries d'art, mais l'Angleterre, l'Allemagne du Nord et la Belgique affirmaient leur supériorité dans tout ce qui concerne la production des articles communs et à bon marché.
3° Le canal de Suez. — L'œuvre gigantesque du règne de Napoléon III, celle qui frappe le plus l'imagination, est le percement de l'isthme de Suez, pour mettre en communication directe l'Europe et l'Asie méridionale. Elle est due aux talents et à l'énergie de Lesseps, le grand Français,
LA FRANCE, DE 1848 A 1870. 3o9
' De Lesseps (Ferdinand), né à Versailles, était un diplomate qui obtint du vice-roi d'Egypte Tautorisation de reprendre les études préliminaires de Lambert-pacha. Il se heurta à la prévention entêtée du Sultan et à la sourde hostilité de l'Angleterre. Il surmonta les dangers phy^ siques et les difficultés financières et parvint, en i858, à constituer une société anonyme au capital de 200 millions de francs. Les travaux commencèrent en iSSg et durèrent dix ans. C'est le i5août 1869, ^^ ^^ présence de l'impératrice JSugénie, qu'eut lieu l'inauguration du canal maritime.
On sait que ce canal a une longueur de 164 kilomètres, une largeur de 60 à 100 mètres, une profondeur de 8 à 9 mètres. 11 s'ouvre à Port-Saïd sur la Méditerranée pour aboutir à Port-Tewfick sur la mer Rouge, non loin de Suez. A peu près au milieu de son parcours, près des lacs Amers, s'élève la ville moderne d'Ismaïlia.
La traversée dure environ 24 heures. Elle est soumise à des droits de passage qui peuvent s'élever jusqu'à 40000 francs pour un gros navire (10 francs par tonne), mais l'économie de temps qui en résulte et même l'économie de frais de transport la font préférer de beaucoup à la navigation autour de l'Afrique. Elle abrège singulièrement la route d'Europe aux Indes : i858 lieues et non plus 5658!
L'Angleterre surtout se sert du canal qu^elle prétendait, à Torigine, menaçant pour ses intérêts. En 1892, sur un total de 3559 navires qui ont emprunté cette voie, on a compté 2681 bâtiments britanniques contre 174 français!
Politique coloniale du second Empire. — Cette politique'manqua d*esprit de suite, de fermeté, fut livrée au hasard. L'opinion ne lui était pas favorable : on confondait volontiers une entreprise désastreuse, la folle
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3t>0 HISTOIRE SOMMAlUb: DU CUMMlâUGt!:.
expédition du Mexique, par exemple, avec Theureuse conquête de la Gochinchine.
La France africaine, T Algérie, pouvait être considérée comme définitivement annexée. Le maréchal Randon y mit à l'essai le système de la vente des lots de terre aux particuliers et aux compagnies de colonisation. Une loi de 1861 accorda aux produits algériens l'entrée en franchise dans les ports de la métropole.
Au Sénégal, le chef de bataillon Faidherbe triompha des Maures, s'avança jusqu'à Médine et opéra la reconnaissance des régions du Fouta-Djallon.
Le lieutenant de vaisseau Serval fit la première exploration de la vallée de l'Ogooué (1862). La même année, on achetait le territoire d'Obock.
En Asie, le massacre de missionnaires espagnols et français fut suivi d'une répression énergique. L'amiral Rigault de Genouilly occupa Saïgon (i858); l'amiral Charrier, de retour de la campagne de la Ghine< s'empara du delta du Mékong (1862-1868). Le Cambodge se plaça de lui-même sous le protectorat de la France.
Doudart de Lagrée et Francis Garnier remontèrent le cours du grand fleuve indo-chinois, depuis les rapides de Kratié, et effectuèrent, sur une distance de 10000 kilomètres, unmagnifiquevoyage jusqu'au cœur de la Chine, jusqu'à Han-Kéou.
A la fin de l'Empire, le domaine colonial français comptait 700000 kilomètres carrés de superficie et une population de 6 millions de sujets : c!était.peù encore!
Politique extérieure, dû second Empire. -^^'"La politique extérieure de Napoléon IH n'a abouti qu'ià des mécomptes et d^ désastres. Toutes les guerres du se*- -cond Empire, si- l'on en excepte les guerres colohi<'d.cs.
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ont eu comme effets de désorganiser les finances, d'aliéner des sympathies au pays, sans fortifier Tarmée.
L'Empereur intervint dans la question d'Orient. C'était pour arrêter le démembrement de la Turquie. La guerre de Grimée (i854-56), faite de concert avec l'Angleterre et le Piémont contre la Russie, se termina par le traité de Paris qui neutralisait la mer Noire, ouvrait à tous les pavillons le cours inférieur du Danube, abolissait la pratique barbare de la course et consacrait les principes modernes du blocus effectif et du respect des puissances neutres sur mer. Le tsar abandonna le protectorat des provinces danubiennes, mais garda rancune à la France.
Napoléon III fut-il mieux inspiré lorsqu'il travailla à chasser les Autrichiens de la vallée du Pô et à faciliter l'unification de l'Italie?
Circonvenu par le comte de Cavour à l'entrevue de Plombières (i858), il aida puissamment Victor-Emmanuel II par ses victoires de Montebello, de Magenta et de Solférino (iSSg). Le traité de Zurich donna au roi de Piémont-Sardaigne toute la Lombardie.
Un an après, les duchés de Parme, de Modène, de Toscane, la Romagne, les Marches et l'Ombrie s'agglomérèrent à l'Etat nouveau de la maison de Savoie.
Napoléon exigea alors le prix de son concours : il reçut la Savoie et le comté de Nice, et Victor-Emmanuel se crut, par là, dégagé de toute reconnaissance. En i866, il s'allia à la Prusse et en obtint la Vénétieque Napoléon III s'était refusé à lui faire céder par l'Autriche vaincue. En 1870, profitant de la situation critique des Français, il envahit les Etats de l'Eglise, et s'installa au cœur de Rome, au Quirinal, tandis que le Souverain Pontife, déchu de son pouvoir temporel, s'enfermait dans le Vatican. L'unité de l'Italie était un fait accompli.
L'unité de TAllemagne est un événement récent dont la France souffrit encore davantage. Napoléon III n'a pas su l'empêcher. Nous n'avons pas à raconter ici ni la guerre des Duchés (i864), ni la guerre de Bohême (1866), ni la guerre de 1870-71, toujours présente à la mémoire des hommes de notre génération, toujours douloureuse et instructive à rappeler. Qu'il nous suffise de constater que l'Empereur, ayant gaspillé ses ressources, ne put s'opposer en temps utile aux empiétements de la Prusse en Allemagne et que, lorsqu'il voulut se mettre à la traverse, il fut culbuté. Son trône croula à Sedan : la liberté même lui fut ravie (septembre 1870).
La Révolution du 4 septembre rétablit la République. Gambetta sauva l'honneur national : c'était tout ce que l'on pouvait espérer dans les circonstances tragiques où l'on se trouvait. Le roi de Prusse prit, au palais de Versailles, le titre d'Empereur d'Allemagne et Paris capitula. Enfin, le traité de Francfort-sur-le-Mein (10 mai 1871) imposa à la France l'abandon de l' Alsace-Lorraine, le paiement d'une indemnité de 5 milliards de francs et une convention commerciale, où le vainqueur fit inscrire, à son avantage, la clause de la nation la plus favorisée.
Hors de France, si nous voulons mentionner les faits qui nous semblent devoir surgir de la foule des événements dans cette période de 1848 à 1870, notre embarras est extrême.
A l'histoire économique appartiennent en propre :
i^ Le rachat du péage hollandais à r embouchure de V Escaut^ mesure qui a contribué à la prospérité d'Anvers et de la Belgique entière, et le rachat du péage du Sundy moyennant 38 millions de francs versés au Danemark.
2° Les progrès de la colonisation anglaise, — De 1846
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à 1870, 4600000 personnes quittèrent les Iles Britanniques pour aller s'établir au Canada, aux États-Unis et en Australasie. Dans les terres de la Couronne, la vente de lots aux émigrants ou à des compagnies fermières, d'après le système de Wakefield, donna d'excellents résultats.
3® L'abolition du système de Van der Bosch, dans les colonies hollandaises. — La Hollande, sacrifiant des revenus considérables à un principe de justice, renonça à imposer aux indigènes des Indes Néerlandaises les corvées de culture.
4° La suppression du servage en Russie {18&1), — Cette réforme est à l'honneur du tsar Alexandre II. Elle se fît progressivement : d'abord furent affranchis les serfs )'e l'État, puis les serviteurs attachés à la personne, les îvorovyCj enfin les paysans soumis jadis à Vobrok ou redevance rurale. On estime à 28 millions le nombre des malheureux qui furent ainsi promus à la dignité d'homme.
5** La libération des nègres aux États-Unis, — Cette œuvre humanitaire résulte de la Guerre de Sécession (i86i-i865).
Une lutte colossale, où 2600000 hommes- prirent les armes, s'engagea entre les Etats atlantiques de l'Amérique du Nord, que sépare la baie de Chesapeake. L'Europe en ressentit le contre-coup et fut privée de coton, de bois, de goudron, etc. On évalue à 20 milliards de francs les dépenses des belligérants pendant cette guerre fratricide. Les abolitionnistes l'emportèrent enfin sur les esclavagistes^ et la grande république, reformée depuis la présidence du général Grant, répara promptement ses pertes. En 1869, fut achevée la première des lignes ferrées transcontinentales, celle du Central Pacifique, de New- York à San Francisco, longue de 54i2 kilomètres.
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364 HISTOIRE SOMMAIRK DU COMMËRCK.
6® U exploitation des mines d'or. — En i848, la Californie avait exploité ses placers. En i85i, TAustralie du Sud appela les aventuriers de toutes les nations dans ses champs d'or du Murray, à Bathurst et à Ballarat. La quantité d'or fin en circulation sur les marchés d'Europe était, avant 1848, de 24000 kilog^rammes ; elle dépassait 25oooo kilogrammes, dix ans plus tard.
Sans doute, les riches gisements étaient épuisés dès i855 dans l'un comme dans l'autre de ces pays aurifères, mais, à San Francisco comme à Melbourne, les mineurs venus d'Europe travaillèrent la terre, construisirent des manufactures, tracèrent des routes, se firent naturaliser citoyens et peuplèrent jdes espaces, la veille, déserts.
7** Et ailleurs, que d'autres spectacles grandioses:
C'est rentrée en ^cène des républiques de r Amérique du Sud et de l'Amérique centrale, anciennes colonies de l'Espagne ou du Portugal: les révolutions, les pronunciamientos avrêièreni pavîoisleur essor ;c' est T achèvement de l'annexion de la fourmilière hindoue par l'Angleterre, après la terrible révolte des Cipayes et la suppression de la Compagnie des Indes; c'est la Chine entamée par la guerre de l'opium (l84i), et par des expéditions française et anglaise; ce sont les efforts des Russes dans le Turkestan, la Transcaucasie et la Sibérie; c'est enfin, et pour nous borner, la révolution japonaise de 1868, qui a ouvert l'ère ou nengo du Meidji.
Partout le réveil ou l'éclosion! lie monde s'élargit. L'expansion de la civilisation européenne est le phénomène le plus visible, le plus palpable de la seconde moitié du dix-neuvième siècle. Il ne nous reste plus qu'à l'observer dans les années qui suivent 1870.
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Le monde a changé d'aspect dans ces trente dernières années: s'il n'est point exact de dire que la France et l'Angleterre, jadis prédominantes, aient ralenti leurs progrès ; si toutes les nations ont traversé les mêmes crises, subi les mêmes maladies, il n'en est pas moins vrai que des puissances commerciales nouvelles se sont élevées : en Amérique, les Etats-Unis; en Europe, l'Allemagne audacieuse, patiente et tenace.
Depuis ses victoires de i866 et 1870, l'empire germanique, tout en se condamnant lui-même et en condamnant ses voisins au régime de lapaix armée, a développé avec fougue ses ressources industrielles. L'exploitation de ses mines de houille, dont la production atteint 100 millions de tonnes, de ses mines de fer qui donnent i5 millions de tonnes, les travaux méthodiques de ses savants, de ses chimistes principalement, lui ont valu de prendre le premier rang dans toutes les industries mécaniques et électriques.
L'étendue de ses voies navigables dépasse i5oco kilomètres; peu de pays ont, relativement à leur superficie, un plus grand nombre de chemins de fer. Sa flotte de commerce a quadruplé : elle compte 778 navires à vapeur, les plus grands, les plus somptueux, propriété des plus riches compagnies de messageries du monde entier : la Bambnrcf-Amerika et le Norddeutsche-Lloyd, de Brème.
D'après les plus récentes évaluations, le total du commerce extérieur allemand serait de 11 milliards 600 mil-
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lions de francs (année 1898), supérieur à celui de tous les autres pays, l'Angleterre exceptée.
La population de T Allemagne, qui était inférieure à celle de la France avant le traité de Francfort, dépassait 57 millions d'habitants au recensement de 1900, et cependant une forte émigration aurait semblé devoir l'appauvrir. De i83o à nos jours, il est sorti, dit-on, 45io*^<>o Allemands des ports de Brème et de Hambourg.
Cet essaim ne s'est point dirigé uniquement sur les colonies de l'empire, colonies trop neuves et à peine délimitées : le Togoland et le Camerouns, fondés par le docteur Nachtigal, en 1884 ; le Luderitzland, qui porte le nom de Luderitz, négociant de Brème (1890) ; la Deutsche ost Africa, région de pénétration occupée par le docteur Rohlfs, en i885; la baie de Kiao-Tcheou en Chine, dans la presqu'île de Ghantoung(i898) et les établissements de rOcéanie : 'partie orientale de la Nouvelle-Guinée, îles Marschall et Bismarck , enfin les Garolines et les Mariannes, achetées à l'Espagne en 1899, « débris d'un édifice écroulé qui seront, disait le ministre Bûlow, les piliers et les contreforts d'un nouvel édifice majestueux ».
En plus grand nombre, des colons libres se sont rendus et se rendent incessamment aux Etats-Unis, au Brésil, au Ghili, etc.
L'agitation socialiste des disciples de Lassalle et de Karl Marx n'entrave aucunement cette expansion, et l'Allemagne nouvelle alarme même les Anglais qui se croyaient les maîtres éternels des marchés du monde.
Les Iles Britanniques, dont la population commence à dépasser celle de la France (4o millions d'habitants), commandent à un empire de 38 millions de kilomètres carrés, soit près de quatre fois l'Europe, et à 35o millions
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d'hommes. Sous le règne de Victoria (1837-1901), avec des ministres tels que Gladstone, Disraeli, lord Salisbury, elles ont fourni plus de 10 millions de colons énergiques, avisés et orgueilleux ; elles ont pris possession des meilleurs postes stratégiques et commerciaux. Chaque année, plus de 100000 Anglais quittent leur patrie, sans esprit de retour, décidés à conserver leur langage, leurs mœurs, leurs habitudes, à façonner les autres peuples à leur image, bien convaincus de la nécessité d'une plus grande Angleterre^ pleins de foi dans l'avenir de leur race.
Le Royaume-Uni est, avant tout, une puissance maritime et capitaliste. 11 possède 6709 navires marchands à vapeur (dix fois plus que la France) et une flotte de guerre proportionnée. Son commerce international est monté à 18 milliards 625 millions de francs, en 1897.
Toutefois, dans ces derniers temps, les exportations ont fléchi : de 8 milliards en 1887, elles sont tombées à 7 milliards en 1898. La concurrence allemande est pour beaucoup dans ce recul. Stanley la dénonçait récemment en Australie, en Nouvelle-Zélande et au Canada; il s'effrayait de l'infériorité relative des grandes compagnies de paquebots, la Compagnie Cunard et la White-Star Line, vis-à-vis de leurs rivales d'Allemagne.
Aussi l'Angleterre, confiante dans ses propres forces, sans effroi de son splendide isolement^ vient-elle d'adopter une politique de défense, d'empiétements et d'annexions, une politique impérialiste dont nous voyons les effets au Transvaal (1900-1901).
On peut distinguer dans l'empire colonial anglais quatre sortes de pays : les colonies de la Couronne (Gibraltar, Malte, Chypre); les colonies à institutions représentatives, où le pouvoir exécutif appartient à un gouverneur assisté d'un conseil de fonctionnaires (les
Indes, les Antilles); les pays de protectorat (Egypte, Afghanistan); et les colonies à Parlements^ véritables républiques autonomes mais présidées par un Anglais (le Dominion of Canada, Terre-Neuve, le Gap, TAustralie). Dans ces dernières, la plus grande liberté est laissée aux immigrants et aux commerçants. Ici, des compagnies à charte, dans le genre de la fameuse Rhodesia sur les bords du Zambèze ou de la Compagnie royale du Bas- Niger, ont souvent préparé l'occupation officielle; là, en Nouvelle-Zélande notamment, les habitants venus d'Europe appliquent dans toute son ampleur le système du self-government, font preuve d'initiative hardie, se donnent des lois instituant les droits politiques de la ft^mme, la journée de huit heures et l'impôt progressif.
Plus d'une fois, la métropole les suit dans la voie des réformes sociales. Resiée fidèle à ses origines parlementaires, l'Angleterre est parfois plus libérale que bien des Républiques. En 1871, Gladstone a accordé la personnalité civile aux trade-unions et accepté leur formule : « un juste salaire pour un juste travail »; le Bonie-Rule a été proposé, au bénéfice de la malheureuse Irlande (1886) ; les droits de la femme ont été reconnus en grande partie au point de vue civil et même au point de vue politique, puisque les Anglaises sont désormais éligibles dans les conseils de paroisses et de comtés, en attendant qu'elles forcent l'entrée de la Chambre des Communes; enfin, le règne d'Edouard VII (1901) vient d'être inauguré par le vote de la journée de huit heures dans tous les métiers.
L'esprit pratique des Anglo-Saxons, leur intelligence des affaires, leur respect de la dignité humaine^ inspireront encore plus d'un progrès et plus d'un exemple.
Russie. — La Russie, jeune et ardente, ne se laisse
LE MONDB CONTEMPORAIN (1870-1901). 309
émouvoir ni par les gains de TAllemagne ni par la fortune acquise des Anglais. A son tour, elle prend position comme puissance productrice, et, céréales, lin et chanvre, minéraux qu'elle tire de son sein, viennent alimenter un commerce important. Les Russes ont emprunté des capitaux à l'étranger et, avec ces capitaux, ils ont construit 4oooo kilomètres de chemins de fer.
Les régions désertiques du Turkestan et de la Sibérie ont recueilli depuis 1870 plus de 676000 de leurs nationaux. La culture de la vigne et du mûrier; l'exploitation des sources de pétrole en Transcaucasie ; l'irrigation, au moyen d'aryks (canaux), des oasis du Syr et de l'Amou- Daria où croissent le cotonnier, la vigne et le tabac ; le tracé, par le génie militaire, d'un chemin de fer qui va de Mikhaïlow, sur la Caspienne, à Andidjan, au pieddes montagnes de l'Asie centrale ; l'achèvement prochain du Transsibérien ; le détournement vers l'île Sakhaline des convois de forçats autrefois acheminés vers les districts miniers de l'Altaï et du Sayansk ; la marche des armées du côté de l'Afghanistan du nord ; la conquête probable de la Mandchourie; la fondation de Dalny, la ville lointaine, sur le territoire de Talien-Ouan, au point terminus d'une voie ferrée longue de 7 5oo kilomètres; les derniers succès remportés sur lesTurcs, reconnus par les préliminaires de San Stefano et consacrés par le traité de Berlin ; les agitations delà péninsule des Balkans où, comme en Perse, les Roumains, les Bulgares, lés Serbes subissent l'influence russe; tous ces faits présagent des destinées grandioses.
L'alliance franco-russe, jetée en contrepoids à la triple alliance de l'Allemagne, de l'Italie et de l'Autriche, nous permet, au point de vue patriotique, de ne pas nous en inquiéter ou plutôt de nous en réjouir. Mais la question d*Orient reste pendante : le démem-
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brement de TEmpire oitoman, demeuré réfrac taire aux réformes et dans un état économique lamentable, le dualisme de TAutriche et de la Hongrie, les luttes sociales, religieuses et politiques des peuples de la vallée du Danube, rendent, de ce côté, Tavenir trouble et incertain.
Que dire maintenant des États secondaires de l'Europe? Quelles assertions avancer, sous peine de paraître vouloir prophétiser ?
On ne peut qu'enregistrer le réveil de l'Italie. Trop d'ambition, une précipitation fébrile lui ont nui toutefois. Cette nation a éprouvé des déceptions en Tunisie et dans sa colonie de l'Erythrée où la Compagnie Rubattino s'était installée dès 1869. L'occupation de Massouah, en i885, ne lui ayant pas suffi, l'Italie avait rêvé la conquête de l'Abyssinie; mais le désastre d'Adoua (1895-96) a été une rude leçon.
En ce moment, le royaume de Victor-Emmanuel III cherche à réorganiser ses finances et à vivre en paix avec ses voisins. Après une courte lutte commerciale contre la France, les Italiens ont reconnu leur erreur et ont signé un nouveau traité raisonnable dont tout le monde se trouvera bien (1898).
A défaut de colonies, ils vont peupler l'Amérique latine, et l'on évalue à 2 3ooooo le nombre de Piémontais, Calabrais et Napolitains qui, en vingt-cinq ans, se sont embarqués à Marseille, au Havre, à Hambourg.
Plus douteuse est la régénération tant souhaitée de l'Espagne.
Là, les guerres civiles, le régime prétorien, l'ignorance et le fanatisme religieux ont causé des ruines. Les seuls progrès économiques y ont été accomplis par des étran-
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gers. La vieille et noble Espagne a perdu presque toutes ses colonies. Rien d'étonnant donc si la péninsule se vide, si 450000 émigrants, depuis 1870, ont passé les frontières de mer ou de terre pour se réfugier en France et en Algérie principalement.
Même spectacle douloureux en Portugal. Des crises financières répétées, la fièvre des spéculations, l'amitié dangereuse de l'Angleterre expliquent partiellement cette décadence. Péniblement, le Portugal défend les débris de son antique empire colonial. En 1891, il a perdu le Manica qui convenait aux Anglais; il n'est plus le maître dans les territoires du Mozambique touchant au TransvaaI.
Dans le nord de l'Europe, au contraire, de petites nations vigoureuses maintiennent leur indépendance et augmentent leur fortune.
La Suisse industrieuse, que protègent ses montagnes et la fierté de ses citoyens ; la Belgique, si active et si peuplée, à qui est lié le sort de la vaste colonie du Congo, productrice de caoutchouc et d'ivoire, depuis que la France a renoncé — en sa faveur seulement ^- au droit de préemption (1895); la Hollande, libre-échangiste et libérale, maîtresse des Indes néerlandaises; la Suède et la Norvège, le minuscule Danemark, qui envoient des émigrants dans toutes les parties du monde, en nombre plus considérable que la France et qui doublent leur marine marchande, tous ces Etats font preuve d'une vitalité surprenante et réussissent à se faire respecter des monarchies les plus envahissantes.
Hors d'Europe, peu de contrées échappent aux attaques des grandes puissances commerciales, les États-Unis d'Amérique exceptés.
C'est aux États-Unis que le génie des affaires, business,
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s'épanouit mag^nifiquement. Houille, fer, cuivre, pétrole, blé, maïs, coton, etc., y sont produits par quantités énormes et accaparés par les rois de Targent, les milliardaires. La République d'outre-mer prétend pouvoir se passer de la vieille Europe et l'évincer en plusieurs endroits. C'est elle qui a rouvert, en 1892, la période du système protectionniste. Le bill Mac-Kinley de 1890, légèrement atténué en 1894 par le bill Wilson, a frappé à l'importation les objets manufacturés, comme les lainages, de taxes exagérées et contraint ses rivales à des représailles. Maintenant, l'industrie américaine veut s'assurer des débouchés par le commerce et la guerre. La doctrine de Monroë : « Toute l'Amérique aux Américains » gagne du terrain. Une ère de conquêtes s'est annoncée par l'occupation de Cuba, de Porto-Rico, des Philippines et par la main-mise sur les îles Hawaï. Où s'arrêtera V impérialisme nouveau? Jusqu'à quel point cette concurrence d'un peuple hardi, nombreux, peu scrupuleux, compromettra-t-elle la fortune des nations de l'Ancien Continent? Quels avantages matériels et moraux le monde en retirera-t-il? Ce sont autant de questions à réserver, mais que Ton doit suivre avec vigilance.
Tard venue dans la civilisation moderne, l'Amérique du Sud dispose de ressources considérables en métaux précieux, cuivre, nitrates, guano, café, cacao, bétail, etc.; mais elle est trop morcelée, et les diverses parties du Brésil et de la République Argentine ont trop de tendance à se séparer les unes des autres. Le goût des aventures, Tincertitude de la monnaie de papier dont on a fait un abus regrettable à Buenos-Ayres, les dépenses ruineuses des chemins de fer du Pérou, la guerre du Pacifique, soutenue victorieusement par le Chili contre le Pérou et la Bolivie
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LE MONDK CONTiiMPORAlN (1870-1901). Tiâ
(1879-1884), les contestations de territoires aux frontières, ont retardé souvent l'épanouissement de ces peuples, nés d'hier seulement à la liberté. Cependant, le Brésil, où fut supprimé Tesclavage, de 1871 à 1888, et où fut proclamée la République, en 1889; le Mexique, sorti de ses convulsions intérieures et des pronunciamientos, semblent regagner le temps perdu.
Dans la vieille Asie, la Perse et l'Afghanistan sont disputés entre l'influence russe et l'influence anglaise. La Corée est épiée par les Japonais. La Chine enfin, d'où paraissait poindre le péril jaune, la Chine excite la convoitise universelle, et des événements qui s'y déroulent lentement à l'heure présente, nul ne peut prévoir ce qui résultera. Seul, le Japon se montre vigoureux. Il a résolument adopté le machinisme ; il a outillé ses manufactures de soieries, de papier; il a ouvert des chantiers de constructions navales ; il s'esl donné une flotte de guerre formidable; il a triplé sa marine à vapeur; il a essayé son armée contre les Chinois ; il a conquis l'île Formose; il a pris rang parmi les nations avec lesquelles il faut compter. En 1896, il vient de conclure un traité de commerce avec nous.
Et la France, que devient-elle, environnée de rivaux? Quelle est sa situation économique? Où sont les dangers? Comment supporte-t-elle la concurrence étrangère?
Gardons-nous ici de toute exagération. Ni follement alarmistes, ni imprudemment contents de nous-mêmes, conservons notre sang-froid et laissons parler les faits eux-mêmes.
Surchargée d'impôts depuis la fatale guerre de 1870, grevée d'une dette de plus de .lo milliards, obligée de demander à ses enfants le service militaire de cinq ans
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(loi de 1872), réduit à trois ans (loi de 1889), la France a éprouvé une perte de 10 milliards de francs, rien que du fait de l'invasion de ses vignobles par le phylloxéra. Le développement de la culture du blé, du lin et du chanvre aux Etats-Unis ou en Russie, a réduit les bénéfices de ses agriculteurs; Tafflux des laines d'Australie, de TArgentine et du Cap a ruiné ses éleveurs de moutons. Sa population agricole, attirée dans les grandes villes, a diminué ; la valeur de ses propriétés foncières a sensiblement baissé.
Cependant elle a vaillamment affronté les orages. Elle a reconstitué ses belles plantations de vignes; elle a étendu la culture de la betterave; elle a augmenté ses troupeaux de gros bétail, compensé la diminution du nombre de bras par un outillage agricole plus perfectionné ; elle a demandé à ses pauvres mines de houille et de fer leur maximum de production; elle a renouvelé ses industries textiles et, tout en maintenant ses traditions de goût et d'art, elle s'est ingéniée à produire à aussi bon marché que d'autres pays mieux dotés par la nature. D'autre part, elle a tenu à honneur d'exécuter le programme de MM. Freycinet et Krantz, en ce qui concerne les chemins de fer (42000 kilom.), les canaux, les ports de commerce. Pour enrayer la décroissance de sa marine marchande (à peine l 4oo navires à voiles et 547 ^ vapeur), elle a essayé — vainement du reste — une combinaison de primes aux constructeurs et aux armateurs.
Malgré tout, son commerce extérieur périclite. Les fluctuations de la politique douanière et aussi les prétentions exagérées des ouvriers, l'élévation des salaires, les grèves de plus en plus nombreuses et meurtrières, les habitudes de luxe, bien d'autres causes sociales ou mo-
raies seraient à examiner, si Ton voulait dresser le bilan du dernier quart de siècle écoulé.
Le commerce spécial, qui dépassait lo milliards de francs, de 1880 à i883, est descendu brusquement à 7 milliards et demi en 1892, dès le rétablissement du système protecteur. La loi Méline établit alors un tarif maximum pour les pays qui n'avaient pas de conventions avec la France et un tarif minimum pour les autres : elle engendra une guerre commerciale très complexe et très hasardeuse. La loi du cadenas^ votée en 1897, pour relever les droits sur les céréales, les vins et les bestiaux, suivit de près.
On constate une légère amélioration depuis 1898, mais la diminution du chiffre des exportations ne laisse pas que d'inquiéter. Sur un total de 8 milliards 671 millions de francs en 1899, dernières données de la statistique, l'exportation entre pour 4 milliards i53 millions seulement.
De tous côtés, on a cherché des remèdes à ce mal; ils paraissent encore bien imparfaits.
Conclure avec nos principaux clients : l'Angleterre, la Belgique, l'Allemagne, les États-Unis, la Suisse, l'Espagne, l'Italie, etc., des arrangements qui ne soient pas des marchés de dupes, mais tout au moins des modus vivendi acceptables : augmenter la facilité des communications en perçant de tunnels au mont Blanc, aux ports de Salau et de Ganfranc, les Alpes et les Pyrénées ; améliorer les voies navigables comme la Loire et le canal du Midi, et en créer d'indispensables sur les flancs du Massif Central; rendre le crédit plus abordable et retenir les capitaux en France même, au lieu de les dissiper à l'étranger dans des entreprises dont on se repent vite; combattre les fléaux de la débauche, de l'alcoolisme, de la tuberculose; préparer une renaissance morale qui
relèvera le nombre des mariages et des naissances ; modifier renseignement public et Tadapter aux besoins de la société moderne; engager les jeunes gens à délaisser les professions libérales trop encombrées et le fonctionnarisme trop stérile, voilà ce que tentent de réaliser des hommes clairvoyants, des associations hautement patriotiques.
Voilà la noble tâche de V Alliance française pour la propagation de la langue nationale à Tétranger et dans les colonies ; de la Société de géographie commerciale de Paris, fondée en 1878, au lendemain de nos désastres, dans une pensée de relèvement; du Comité Dupleix; de V Office colonial; de la Société d^ encouragement pour le commerce français d^ exportation^ de dix autres encore.
Le champ d'action est largement ouvert à la race française.
Ce sera Téternelle gloire de la troisième République d'avoir réparé et agrandi notre empire colonial. L'Etat a fait son devoir : aux particuliers aujourd'hui de faire le leur. Qu'ils aillent courageusement prendre possession de leur domaine ; il est huit fois plus étendu que la France même ; il est peuplé de 5o millions d'êtres humains, mais il n'entretient qu'un mouvement d'affaires de 757 millions de francs avec la métropole ; il n'a reçu jusqu'à ce jour que 4oocK)0 Français, dont 270000 en Algérie et 62000 en Tunisie.
Est-ce pour en rester là que nos vaillants officiers auront arrosé de leur sang les oasis du Sahara, les rives du Sénégal et du Niger, les bords du lac Tchad? Est-ce pour un si maigre résultat que nos intrépides explorateurs auront parcouru les déserts de l'Afrique mystérieuse; que des milliers de marins et de soldats seront tombés sous
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les balles ou sous les étreintes de la fièvre au Dahomey, à Madagascar, en Indo-Chine? Est-ce pour nourrir quelques fonctionnaires de plus que de grands commerçants, les Verdier (de La Rochelle), les Verminck et les Pastré (de Marseille), l'héroïque Jean Dupuis (de Han-Kéou), Henri Brenier, le chef de la mission lyonnaise en Chine, auront conservé à la France d'anciennes possessions, conquis le Tonkin ou parcouru le Yunnan et le Sé- Tchouen ? Non, la France que :
« ...Dieu mène par le monde A Taccomplissement de quelque grand dessein *. »
n'a pas dit adieu aux longs espoirs et aux vastes pensées, et une jeunesse frémissante, instruite par les leçons de l'histoire, brûle de s'élancer dans la mêlée pacifique où se remportent les victoires sans larmes.
La civilisation européenne, dont il yaà dire beaucoup de mal et encore plus de bien, est douée d'une force d'expansion prodigieuse. On peut la définir: le progrès matériel de l'humanité (augmentation du bien-être , embellissement de la vie) et le perfectionnement intellectuel et moral de l'individu. Justice, liberté, solidarité, voilà sa formule.
Lecommerce occupe une place d'honneur dans l'histoire contemporaine : il en occupera une plus grande encore dans l'histoire en formation, celle de demain. N'est-ce pas lui, en effet, qui est le meilleur agent de la
t. Françoii Fabié : la Terre de France,
paix? Ses intérêts n'inspirent-ils pas les congrès, comme ceux de Berne, pour Tunification des tarifs postaux et télégraphiques, pour Tadoption d'un système uniforme de poids et de mesures, et les arbitrages qui évitent les guerres, et les traités de commerce, plus importants de nos jours que les traités politiques ?
Le commerce a modifié la physionomie de la terre. Il a sillonné le globe de routes, de canaux, de voies ferrées (plus de 700000 kilomètres), telles que le Ganadian Pacific, qui réduit de vingt-deux jours le voyage de Liverpool à Hong-Kong, le Transcaspien, le Transsibérien, commencé en 1889 et qui sera achevé en iQoS, de Tchéliabinski à Port-Arthur, le Transandin, etc.
Il Ta recouvert d'un réseau aérien de fils télégraphiques (1200000000 de kilomètres), de fils téléphoniques (5oo 000 kilomètres, rien qu'aux Etats-Unis!). Il a jeté dans les profondeurs de l'océan 298000 kilomètres de câbles sous-marins; il a percé des isthmes (Suez, Kiel, Corinthe ; bientôt, sans doute, Panama où le Nicaragua) ; il a réuni les grands ports maritimes : Londres, Liverpool, New- York, Hambourg, Anvers, Marseille, etc., par d'innombrables lignes de paquebots.
Il a su grouper les hommes, sans distinction de classes ni de nationalités, pour mener à terme les travaux les plus gigantesques: ponts colossaux, tunnels de 12, i4 et, sous peu, 21 kilomètres (col de Fréjus, Saint-Gothard^ Simplon), tours hautes de 3oo mètres, puits profonds de 1 kilomètre.
Il a mis à profit les découvertes de la science en géographie, en physique, en chimie, en mécanique. Il a provoqué les combinaisons les plus ingénieuses du crédit: compagnies puissantes, sociétés par actions, banques, bourses, Clearîng-houses ou chambres de compensation.
Il a porté les réserves monnayées des Etats à 20 milliards d'or et à 20 milliards d'argent, sans compter plus de i3 milliards de monnaie fiduciaire.
Il a inspiré la révolution sociale à laquelle nous assistons : développement de la mutualité, naissance des syndicats professionnels, des sociétés coopératives de production et de consommation dans le genre du Vooruit de Bruxelles, assistance gratuite, extension des droits de chacun, affranchissement de la femme, diffusion de l'instruction, guerre aux abus, lutte féconde contre les misères de la vie et les menaces de la mort.
Partout, grâce à lui, une activité dévorante! 5o millions de chevaux-vapeur font, dans les usines, le travail de 1 milliard d'ouvriers. Les échanges s'élèvent à 3oo milliards de francs, dont gS milliards rien que pour le commerce extérieur.
Les merveilles de l'industrie, par ses soins, s'étalent et se confrontent dans les musées commerciaux, dans les Expositions universelles, écoles où tous peuvent apprendre, assises internationales où se manifeste la puissance de l'homme. Vienne en 1878, Philadelphie en 1876, Melbourne en 1880 et 1888, Chicago en 1892, ont convié les nations à ces fêtes du travail. Mais c'est Paris, surtout, qui attire les visiteurs, moins par la magnificence de ces palais provisoires où les yeux sont éblouis, que par la somptuosité de son décor, la magie de ses souvenirs, la séduction de ses plaisirs, les délicates jouissances qu'il offre aux lettrés, aux savants, aux artistes.
Il y eut 16 millions d'entrées à l'Exposition de 1878, 28 millions à celle de 1889, 45 millions à la dernière, celle de 1900.
L'évolution, loi souveraine de la nature, gouverne le
commerce et lui dicte la transformation de ses procédés, de ses méthodes. De là, la constitution des grands magasins, si commodes et si attrayants ; de là, l'ouverture de ces boutiques à la fois luxueuses et artistiques ; de là, ces habitudes des voyages qui rendent les hommes plus intelligents et plus tolérants.
Et ce progrès n'est point Tapanage de telle ou telle race. Chaque peuple y participe, sans rien abdiquer de ses traditions, de son esprit, de son originalité. Le commerce est cosmopolite^ il est vrai : cependant, il n'a rien à sacrifier jamais des ambitions légitimes de la patrie.
Voilà pourquoi il faut honorer le commerce, pourquoi il faut relever dans Topinion publique le rôle du commerçant.
Le commerçant, de nos jours, doit être, d'abord, un homme instruit. Il doit se préparer de bonne heure à sa profession, en sentir toute l'utilité et toute la noblesse.
Dans des écoles spéciales, comme les vingt écoles pratiques et les treize écoles supérieures de France, il puisera une connaissance complète de ses devoirs professionnels. Il sera aussi élevé moralement : il y apprendra qu'il est un Français mieux placé que personne pour faire aimer la France au dehors, répandre avec ses produits la langue et le génie nationaux; qu'il est enfin le commisvoyageur delà civilisation, celui par qui doivent s'éteindre les préjugés, les rivalités injustes, les haines nuisibles; par qui doivent triompher les principes de solidarité, sans lesquels l'humanité, dépourvue d'idéal, ne serait qu'une coalition d'intérêts mercantiles et une collection de forces aveugles.
Parvenu au terme de sa course à travers les âges, à
travers le monde, l'historien peut jeter un regard satisfait sur le préseflt. Il aperçoit bien encore des concurrences déloyales, des conflits douloureux, des abus de la force, dernières convulsions de la bestialité ancestrale qui expire, mais une lueur d'aurore éclaire Tavenir.
Soldats, marins, savants, artistes, industriels, coirt* merçants, tous travailleurs, tous producteurs, s'avancent, portant la parole de vie, éveillant la conscience des peuples encore arriérés, les invitant à collaborer à l'œuvre universelle. Il faut bien qu'un jour tous les hommes se connaissent, qu'ils s'entr'aident, qu'ils se soutiennent, qu'ils s'aiment surtout !
Les barrières sont tombées entre les cantons d'une même province, entre les provinces d'un même Etat. Est-il présomptueux de prédire qu'elles s'abaisseront aussi entre les nations? L'ignorance et la routine, le mal ne sont pas éternels, puisque déjà ils ont diminué ; et, malgré les démentis passagers des réactions, en dépit de certains reculs déconcertants, nous voulons croire à une humanité toujours plus juste, toujours meilleure, toujours plus belle.