Miolan, Saint- Pierre d'Albigny (Savoie
la rivière, un fort de trois angles, desjà en défense et levé de la hauteur d'une pique en la première nuict. Il falut consulter sur ce logis le mal qu'il faisoit à l'armée et la difficulté de l'emporter. Ce fut pourtant à quoi veint la résolution. Les forces du duc, estans logées sur l'autre costé de la rivière, avoyent quatre bastardes, desquelles ils flanquoyent à costé et en eschine les deux lattes du fort, qui estoit plein de six cents hommes triez par les bandes ; et, outre cela, la fleur des courtisans de Savoye s'y estoit jettée de gayeté de cœur. Nonobstant, deux mille harquebusiers, que Grespi1 fit avancer, ne peurent souffrir plus de sept coups de canon, qui avoit marché avec eux, et ne virent pas plustost une égrignure à une des cornes, que gentilshommes, pied à terre parmi les gens de pied, y donnent, et par opiniastreté l'emportent, tuent ou font noyer quatre cents hommes, entre ceux-là le baron de Ghauvirieu2, le collonel Just prisonnier. Tout à la veuë de Son Altesse3.
L'armée du roi avoit laissé la tour Charbonnière, assiégée de trois régiments. Gela se rendit au retour de ces troupes, qui, jointes, emportèrent de deux
1. Il s'agit ici, non de Grespi, mais de Charles de Blanchefort, seigneur de Gréquy, fils d'Antoine de Blanchefort et de Chrétienne d'Aguerre, qui fit ses premières armes au siège de Laon en 1594 et termina glorieusement sa carrière militaire devant Brèmes, où il fut tué d'un coup de canon le 17 mars 1638. Plus loin (p. 159) d'Aubigné remet le nom de Créqui dans son texte.