‹ Histoire universelle (volume 2)Chapitre 108 sur 316 · La même date est donnée par de Thou (liv. GXX · texte numérisé non relu

La même date est donnée par de Thou (liv. GXX

propre jour qu'elle se rendit, qui fut par capitulation. Et est à remarquer que tous ceux de la garnison, ayans la vie sauve, furent retenus enfermez, et l'armée secourante se présentant, les Savoyars faisoyent fumer leurs trenchées et leur courtine de mousquetades et de coups de canon, ce qui donnoit asseurance à Gréqui, menant la teste du secours; tellement que, contre l'avis de son beau-père1, il s'avança de donner à un coin où la place le de voit favoriser. Les assiégeans font semblant de lui quitter la trenchée ; et ce fut par où il s'engagea avec deux cents hommes des siens, dont la pluspart estoyent gentilshommes, où il beut premièrement ce que la courtine de la ville et le partage qu'on avoit fait aux trenchées lui pût envoyer. Et puis deux gros de piques et de mousquets, et de plus, la cavalerie lui coupèrent queue, et tout le reste de l'armée, logé avantageusement, fit résoudre les forces royales à se retirer, demeurant Gréqui et septante hommes de marque prisonniers et le reste de ce qui s'estoit avancé mort sur la place.

Ce fut de cet accident que sortit la querelle2 d'entre le fils naturel de Savoye, Dom Philipin3, et Gréqui, et

1. Le beau-père de Gréquy était le connétable de Lesdiguières. Charles de Blanchefort, seigneur de Gréquy, avait épousé, en 1595, Madeleine de Bonne, fille aînée du connétable. Devenu veuf, il se remaria, en 1623, à Françoise de Bonne, sœur de Madeleine de Bonne {Lettres de Henri IV, t. IV, p. 1018, en note).

2. Lorsque Lesdiguières s'empara du fort de Ghamousset (Savoie), Ghauvirieu, gouverneur de la place, fut tué dans l'action, et l'écharpe qu'il portait tomba entre les mains de Gréquy. Lorsque Philippin réclama le corps du gouverneur, Gréquy lui offrit également l'écharpe du défunt. Philippin se crut offensé et résolut de se venger (De Thou, liv. GXXIII).

3. Philippin, fils naturel d'Emmanuel-Philibert, duc de Savoie,

dont, après quelques reproches sur la naissance dès la prison et depuis par plusieurs envois et deffis, les deux partis amenèrent leur champion en une isle et un pré fauché; lesquels, visitez par les parrins1 et trouvez sans armes deffensives, furent laissez aller. Gréqui versa le prince bastard par terre. L'un des partis emporta son mort2, l'autre s'en retourne victorieux, quoique les Savoyars fissent un salve du bort, au regret des plus honnestes gens.

Pource que le duc avoit achevé son fort de Barraux, le 24 d'aoust de l'an 1597, il lui donna le nom de Sainct-Barthélemi et authorisa cette nomination de feux de joye, canonnades et artifices de feu, tout cela pour le rendre par le nom plus désagréable aux huguenots. Après cela, il avoit laissé dedans Bellegarde, avec sept compagnies et quelques gentilshommes apointez, tout bien garni de toutes sortes de munitions. Lesdiguières passa l'hyver à le faire bien reconnoistre. Entre ceux qu'il y avoit employez, un lui raporta qu'elle se pouvoit escaler à une tenaille que le roc fait faire à la main droite du coin, qui regarde vers Grenoble, et que, depuis cette tenaille, tout le long de la courtine, devers la rivière, il y avoit mesme facilité. Le plus fascheux estoit qu'il falloit éfleurer le coin du bastion pour entrer dans le fossé par une ouverture à la contr'escarpe , qui estoit le passage des hotteurs. Il y avoit d'ailleurs une muraille,

et de la fille de Martin Doria, général des galères de Savoie.

1. Le baron d'Attigny pour Gréquy et La Buisse pour Philippin, bâtard de Savoie.

2. Le bâtard de Savoie mourut des suites de ses blessures. Ce duel eut lieu le 2 juin 1599, près de Quirieux, en Dauphiné.

laissée au bout de la montée, derrière laquelle on pouvoit prendre haleine tout à couvert. Gela bien reconnu, Lesdiguières prépare trente eschelles, fait passer l'eau de l'autre costé à la pluspart de ses forces pour divertir les pensées1, mais fit prendre de nuict le chemin contraire à ceux de qui il se vouloit servir, assavoir douze cents hommes de pied et deux cents salades, qui se rendirent à Lombin2 le quinziesme de mars. Là, il partagea ses commandemens.

A Morges3, qui menoit la teste, huict eschelles, chacune de dix hommes choisis, armez avec le pistolet et l'espée, hormis les deux eschelles de Montalquiers* et de Sainct-Bonnet5, où donnoyent quatre harquebusiers, La Buisse et Sainct-Jeurs6, joints à Morges, pour donner aux premières eschelles. La seconde troupe estoit commandée par Hercules7, lieutenant des gens d'armes du chef, assisté de Montferrier.

1. Lesdiguières fit passer ses troupes sur le pont de l'Isère, à Grenoble, et, pour tromper l'ennemi, simula une marche du côté de Saint- Jean-de-Maurienne.

2. Lesdiguières rejoignit ses troupes à Lombin le 15 mars 1598 vers neuf heures du matin.

3. Abel de Bérenger de Morges, gouverneur de Barraux et de Grenoble, maréchal de camp, neveu de Lesdiguières (Roman, Actes et correspondance de Lesdiguières, t. I, passim).

4. François Philibert, s. de Montalquier, né à Gap vers 1545, capitaine des gardes de Lesdiguières, gouverneur des citadelles d'Embrun et de Puymore, mort en 1634 (Roman).

5. Probablement Henri de Ghapponay, s. de Saint-Bonnet, contrôleur général des finances (Roman).

6. Marc-Antoine de Gastellane, s. de Saint-Jurs, fils incestueux d'Houoré et de Blanche de Gastellane (frère et sœur), chevalier des ordres du roi, maréchal de camp, gouverneur de Seyne et de Ries (Roman).

7. Hercule du Serre, gouverneur de la vallée de Mairia, mort en 1622 (Roman).

Ceux-là plantoyent cinq eschelles, garnies d'hommes armez, et Rosans4 une pour les harquebusiers choisis. Auriac2 menoit la troisiesme, assisté de Beauveil et Du Buisson3. La dernière fut ordonné à Marvieu4, assisté de Serre, et ceux-là avoyent un peu plus d'harquebusiers. Les capitaines Bimard et Suges portoyent deux pétards, l'un à la poterne et l'autre à la grande porte du devant. Du Favel eut une troupe pour alarmer par tous les endroits où on ne donnoit point. Le reste des gens de pied devoit demeurer à une mousquetade de la cavalerie et estre en garde à la plaine Champarillan , sur quelques avis de forces qui leur devoyent arriver de ce costé-là.

A l'entrée de la nuict, qu'on avoit attendue par une longue halte, il falut partager les hommes, les eschelles et les pétards, à quoi se passa jusques à dix heures. Gela se fît à un quart de lieue du fort, le bagage laissé là. Les premiers arrivent à veuë de sentinelles à onze heures, et trouvèrent toute la garnison placée sur les courtines, bien avertie par l'honnesteté de Messieurs les valets, qui avoyent allumé pour leur commodité plus de cent feux à veuë du fort, pour avoir fait cette faute de n'avoir laissé quelques prévost ou archers avec ces galands ou pour les avoir fait demeurer trop près. Les capi-

1 . Jean-Antoine d'Yze, seigneur de Rosans et de Miribel, gentilhomme de la chambre du roi, gouverneur d'Exilles (Roman).

2. Etienne de Bonne, s. d'Auriac, de la Rochette et de la Bâtie, vicomte de Tallard, mort vers 1630 (Roman).

3. Antoine du Buisson, s. de Montmaur, gentilhomme de la Valette, gouverneur de Provence (Roman).

4. De Marvieu, enseigne de la compagnie de Saint-Julien (De Thou).

taines de l'attaque, voyans que tout estoit bien préparé à les recevoir, prennent la main des guides, qui les devoyent mener, les r'asseurèrent, les font resouvenir de la leçon qu'ils avoyent prise sur le plan, et puis, ayans fait une courte prière à Dieu, marchent au pas, chascun à son département. Voilà la place toute en feu ; chascun prend le lieu désigné, horsmis ce qui tomba par terre; ceux qui devoyent donner l'alarme firent leur charge bien chaudement; les pétards jouèrent, où quant et quant se présenta nombre de picquiers. Mais le principal effect fut par les eschelles, desquelles quatre, estans renversées par terre, furent aussi tost replantées. En mesme temps tout vient aux mains sur le bord du parapet. Quelque désavantage que receussent ceux qui combatoyent dans une tenaille, tant des bastions que des guérites avancées, quelques pistolets firent donner du nez à terre aux défendeurs. Sur les corps desquels mirent le genouil et puis le pied les plus habiles à succéder (ayez ici regret, Dauphinois, de ne m'avoir donné le nom des premiers). Ceux-là, poussez par les seconds et les tiers, gagnent le dessus, font corps de dix ou douze, à l'ombre desquels la foule entra. Et ceux de dedans, à dix pas de la courtine, se r'allient près de deux cents, desquels en fut tué la moitié et le reste, mené battant jusques au terrin de l'autre costé, le sauta. C'est chose hors d'aparence que d'un combat où tout estoit tant préparé il n'en soit mort qu'un sergent et un ou deux soldats, qu'il n'y ait eu de blessez que Le Bisson1 et quatre autres. De sept

1. Le s. du Buisson fut blessé à la mâchoire d'un coup de pistolet.

drapeaux qu'il y avoit, cinq furent envoyez au roi, les autres deux perdus; le gouverneur1, quelques gentilshommes et soldats de marque prisonniers. On y trouva six canons, trois moyennes, deux cents quintaux de poudre et abondamment de toute autres sortes de munitions2.

Les forces royales prennent haleine pour porter leur gayeté au delà des bornes de France, et nous la prenons aussi, pour vous faire voir au chapitre suivant combien vaudroyent les François, si, au lieu d'estre employez contre soi-mesme, ils l'estoyent sous de bons capitaines contre l'estranger.

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