‹ Histoire universelle (volume 2)Chapitre 126 sur 316 · Enferge, chaîne · texte numérisé non relu

Enferge, chaîne

qu'on lui avoit donnée à garder, escamotant l'autre en sa place; celui qui l'apliquoit n'ayant point oublié à taster du doigt si elle seroit assez. La nuict venue et les choses superflues ayans esté ostées, La Pine arrache son pied, le charpentier lui apporte une espée, lui se contente de sa hache et lors le galand debout s'en va droit à la poupe, où couchoyent sur deux relaiz dix hommes, entre ceux-là le Grec, qui fut tué le premier, et les neuf autres par les trois. La Pine, ayant tué le Grec, commence à crier : « La Pine est sauvé, debout compagnons! » Mais toute la chiorme mit la teste entre les genoux, à cause qu'ils se souvenoyent de la première fraude, horsmis le capitaine La Rivière et un sergent de La Pine, qui, ayans reconnu la voix, firent lever les compagnons. Ceux-là prenoyent par les jambes ceux de prouë qui couroyent à l'alarme. Les capitaines et soldats montèrent lors de la chambre de poupe, si serrez que les trois ne purent empescher que quelques-uns ne gagnassent le tillac. Deux saisissent à la fois La Pine, desquels il en tue un entre ses jambes, et puis, trouvant place à son espée, il perce d'un mesme coup celui de devant; et le Provençal, qui le venoit assister, ayant fait beau meurtre de sa hache, l'Anglois seul, pour son second, lui aida si bien qu'il ne monta plus personne de la chambre. Ce fut lors que La Pine remonstra aux compagnons que leur liberté estoit de n'avoir pas sitost liberté, et à grand peine leur persuada de couper les câbles et voguer jusques hors la rivière de Loire, où tous furent deschaînez. Et ainsi La Réale, galéace à double chiorme, vint entre mes mains et d'elles en celles des Rochelois. Presqu'au mesme temps, Sainct-Laurens ayans fait

surprendre Moncontour1, il ne resta qu'un petit chasteau de quatre tourelles, dedans lequel se sauvèrent peu de gens, pource que les preneurs coupèrent le chemin. La Tremblaye, qui en estoit gouverneur, estoit allé à une entreprise sur Conquernau2, estant averti de sa perte, trouve moyen de regagner son chasteau. Sainct-Laurens, sachant que le marquis de Koakim3 venoit au secours, laisse la place serrée de cinq cents hommes, et, avec quinze cents et trois cents chevaux qui lui restoyent, va au-devant de ses ennemis, logez à Loudéac, où, arrivé au poinct du jour, il partage sa cavalerie aux chemins et aux avenues pour empescher les raliemens. Le baron de Maulac4, qui commandoit l'infanterie, soustint de si bonne grâce les premiers fantassins de Sainct-Laurens, qu'il donna moyen à son général de sauter le cul sur la selle et de tirer proffit de la prévoyance du soir ; c'est qu'il s'estoit fait des ouvertures nouvelles pour sortir avec la lance sur la cuisse. Par ce moyen, lorsque toute l'infanterie de Sainct-Laurens, donnant à la foule, contraignit Maulac au partage, Sainct-Laurens void le marquis en estât de combat, et, avec grande peine, ralia les divers gros qu'il avoit faits, à qui il falut le mesme loisir qu'il faloit à l'autre pour prendre l'ordre du combat. Les deux troupes, estans bien préparées, n'en firent point à deux fois, meslent, ralient, remeslent, et, enfin, les plus opiniastres, qui

1. D'Avaugour de Saint-Laurent s'empara de la ville de Moncontour (Côtes-du-Nord) au mois de mars 1591 (De Thou, liv. GII).

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