Veillaques, vilains
3. Le secours proche était le corps d'armée espagnol commandé par don Juan d'Aquila.
bresche. Mais un fort petit retranchement où il se faloit jetter en désordre, et par conséquent courir une fortune hors d'apparence, renvoya les assaillans pour la seconde fois1, tellement que, tout estant désespéré et le mareschal d'Aumont mouillant sa barbe blanche de larmes, Rommegou, Xainctongeois, neveu de celui qui nous a fait savoir de ses nouvelles au premier tome, demande que l'on redonne encores et promet de s'y jetter. On regagne donc le haut de la bresche, et là ce jeune homme, n'ayant pas encores vingt ans, tire promesse d'estre suivi. Il se jette dans le retranchement. Son lieutenant, son enseigne et son sergent lui tiennent compagnie au saut et deux de ceux-là à la mort. Cet exemple fit suivre tant de gens que les Espagnols ne peurent parer le coup ; tout fut tué dans la place, hormis deux soldats qui, de là à deux jours, furent trouvez blessez et cachez dans les fentes du rocher au bord de la mer.
De là, le secours s'estant retiré, l'armée se trouva encor assez gaye pour aller assiéger Kimperkorantin2 et Corlez3. Et, pource que je n'ai rien ni de l'une ni
1. Cette attaque eut lieu le 17 nov. 1594 (De Thou, liv. CXI).
2. D'Aubigné se trompe. Quimper s'était détaché de la Ligue avant le siège du fort de Grodon. Après la prise de ce fort, le maréchal d'Aumont se retira à Quimper, où il chargea Antoine Dupré, maître de camp, de bâtir une citadelle (De Thou, liv. CXI). La ville de Quimper-Gorentin avait capitulé le 11 octobre 1594 (Articles accordés aux habitants de Quimper-Gorentin par le duc d'Aumont; copie, f. fr., vol. 3991, f. 84). Aussitôt installé, le maréchal d'Aumont avait accordé une « surcéance d'armes » aux villes voisines en attendant les ordres du roi (ibid., f. 88).
3. Jean du Mas de Monmartin, gouverneur de Vitré, assiégea et prit Corlay (Gôtes-du-Nord) vers le milieu de l'année 1594.
de l'autre qui ne soit fort ordinaire, vous saurez seulement que Tune ne cousta qu'aux approches, la dernière endura deux attaques et se rendirent à une armée si harassée et si mal servie de vivres, pour le désordre du pays, qu'ils pouvoyent dire : « Rendezvous, ou nous nous en irons, »
Au partir de là, tous les mestres de camp et capitaines, qui s'attendoyent de mener leurs hommes en lieux de rafraîchissemens , furent bien estonnez quand, après avoir rejette les prières du pays et les remonstrances du parlement de Rennes, qui vouloyent assiéger Comper4, il veint une requeste de la dame de Laval2, à laquelle ce vieil chevalier3 accorda par amour ce qu'il avoit refusé à tout autre par devoir, lui criant dans le conseil les grandes ruines4 que cette place apportoit au pays et les mesmes raisons qu'il avoit rejettées auparavant. Les gens de guerre, connoissans bien que ce n'estoit pas un morceau pour une armée desjà ruinée, firent courir parmi eux un équivoque un peu gaillard sur le nom de la place et sur ce qui perdoit l'armée. Ce vieillard, faisant litière des siens, la fît aussi de sa vie, qu'il sacrifia à son amour; car, ayant receu une harquebusade dans les jointures du bras, on l'emporta à
Fontenelle, qui commandait la place, se rendit à l'arrivée du maréchal d'Aumont et fut remplacé par le s. de la Mouche (De Thou, liv. CXI).