‹ Histoire universelle (volume 2)Chapitre 155 sur 316 · Jérémie Mogila · texte numérisé non relu

Jérémie Mogila

6. Etienne Roswan avait été établi vayvode de Moldavie par Sigismond Bathori en remplacement d'Aaron.

7. L'apparition d'une comète, lors de la prise de Tergowisch par Sigismond, est également rapportée dans de Thou comme légendaire.

Ferrhat essayer s'il seroit mieux en la place de Sinan, qui emmena avec soi à Gonstantinople nombre de prisonniers pour envoyer les plus vigoureux aux galères et donner spectacle au peuple des autres par une estrange mort. C'est qu'il les faisoit jetter sur des pieux ferrez, et, sans autre aide à la mort, languir en cet estât tant qu'ils pouvoyent. Gomme on en despouilloit un pour estre jette, il se trouva une fille à laquelle on demanda si elle ne servoit point selon son sexe à quelque soldat. Elle respondit que ce sexe n'avoit esté cognu d'homme vivant à l'armée et qu'elle ne s'estoit déguisée que pour venger la mort des siens. On demande à ses compagnons mourans ce qui en estoit ; ils le jurèrent ainsi et dirent choses notables du courage de cette fille. Sultan Mahomet la voulut voir, fit préparer des fouets pour voir ce qu'elle diroit. Elle demanda la mort et dit à l'empereur que, depuis qu'elle avoit tiré solde, elle n'avoit fait action que de soldat et qu'elle avoit desjà vengé la mort des siens par celle de dix Turcs qu'elle avoit tuez de sa main en combat. Mahomet la fit vestir richement, promener par Constantinople et puis la donna à la sultane pour un agréable présent.

Après que Mahomet eut passé sa cholère sur les chrestiens de son obéissance, lesquels il banissoit des principaux lieux, Ferrhat faisant sa monstre devant Gonstantinople de cent soixante mille hommes de guerre et de trente-trois canons, nouvelles vindrent comment les Glires, assistez des pastres de Bulgarie, avoyent pris la ville de Sofie1, à sept lieues de Cons-

1 . La ville de Sophie fut saccagée par 2,000 Heiducs ou Hascieus en 1595.

tantinople, et, l'ayant pillée, s'estoyent retirez aux montagnes. Au premier campement de Ferrhat, pour mauvais commencement de son emploi, on lui coupa les cordes de ses tentes, on encloùa son artillerie pour faire connoistre comment les gens de guerre ne l'avoyent pas à cœur. Quelques-uns en soupçonnoyent le bâcha Sigale, son envieux, les autres les janissaires, voulans contraindre l'empereur1 de mener lui-mesmes ses armées et estre spectateur de leur vertu. Mais plus ouvertement parut son ennemi Sinan, qui l'accusa de la perte de Simile2, sur le fleuve Nester, de Teynie et enfin de Nipolis3. Mais Ferrhat avoit bien plus à dire contre l'autre, comme des pertes que nous avons spécifiées, où les défauts du chef paroissoyent bien plus à clair, et, partant, se fiant en la vérité de ses accusations, ne les appuyoit point de faveurs nécessaires comme l'autre, qui, rusé courtisan, accabla ce soldat par entremises des juges corrompus, des concubines et sur tous des talismans et prestres de toutes sortes. Et, ainsi assisté, il fit estrangler Ferrhat4 et demeura seul grand vizir de l'Empire. Ce fut lors que les garnisons de Lippe et de Genne5

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