Ghiaoux, espèce d'huissier
nous avons désignées. Gela se fît sur l'entrée de Clément VIII, lequel prit le soin des affaires d'Orient, notamment d'empescher les haines ouvertes du roi de Poulongne et de Sigismond Batori, prince de la Transsylvanie, et encor de ce dernier avec le cardinal Batori, son cousin germain, qui l'avoit trahi au plus fort de ses affaires contre les Turcs, de manière qu'il a voit failli à mettre en ruine tous les progrez de la chrestienté. Le pape donc, se doutant que les chrestiens pourroyent garder un sac de telle playe, retira le cardinal à Rome, après une feinte réconciliation.
Du temps de ce pontificat mourut le duc de Ferrare4, prince aimé et libéral, digne de régner en guerre et en paix. Et, pource qu'il décéda sans héritiers, conceus en mariage légitime, dom Cesaré2, son fils naturel, ayant au poing un testament du duc, qui l'ordonnoit son héritier, se saisit de toutes les places appartenantes au défunct. Getui-ci, désiré du peuple pour la courtoisie et sa valeur, fut un temps estimé duc de Ferrare. Mais Clément VIII entreprit contre lui après qu'il eut tasté les volontez des potentats, qui donnoyent la justice au plus fort, et notamment celle du grand duc de Toscane3, mémoratif des anciennes querelles, et d'ailleurs aimant mieux avoir pour voisin puissant un prestre qu'un capitaine, comme il disoit. Mais ce qui affoiblit le plus dom Cesaré, fut que la
1. Alphonse II, duc de Ferrare, fils d'Hercule II et de Renée de France, mourut vers la fin du mois de septembre 1597.
2. César d'Esté était fils d'Alphonse d'Esté, oncle d'Alphonse, duc de Ferrare, et de Julie de la Rovère. Il n'était donc pas fils naturel du duc de Ferrare.
3. Ferdinand de Médicis, fils de Gosme Ier de Médicis et d'Éléonore de Tolède, mort le 22 février 1608.
maison de Guise, en qui plus il devoit espérer, estoit lors accablée des victoires d'Henri le Grand et hors d'estat de pouvoir secourir ses amis. Et nostre roi sceut bien faire valoir ce bienfait envers Clément VIII, lors qu'il obtint sa bénédiction.
Le pontife donc arma l et se fit assister de la pluspart de ses voisins à contre-cœur. Dom Gesaré mit aussi quelque troupe aux champs, lesquelles, à la venue de l'armée papale, il retira dans ses garnisons. Le crédit que la maison de Ferrare avoit dans le consistoire excita les cardinaux à semer quelques propos d'accord, et mesmes l'authorité du roi d'Espagne y fut employée par le cardinal Borromeo2. Tout cela n'émouvoit point Clément, sans la considération des fortes places et du ferme courage auquel il avoit à faire. Surtout il craignit que la longueur d'un siège donnast moyen à ceux de Guise d'achever leur démeslement et mettre leur main redoutée sur ce différent. Cela fit faire l'accord3, par lequel dom Cesaré rendit Ferrare au patrimoine Sa i net-Pierre, et lui fut contenté de quelques pièces notables, et surtout de Modena, érigée en duché.
1. Clément VIII envoya quatre régiments et un corps de cavalerie commencer la guerre du côté- de Bologne sous la conduite de Gajetan.
2. Frédéric Borromée, cardinal, archevêque de Milan, fils puîné du comte Jules-César Borromée et de Véronique Trivulce, mort en 1632.
3. Ces différends au sujet de la succession de Ferrare prirent fin au mois de janvier 1597. Aux termes de l'accord entre Clément VIII et César d'Esté, le cardinal Aldobrandin, légat du pape, ne devait prendre possession de Ferrare que le 30 décembre de la même année; César d'Esté restait en possession des domaines qui ne relevaient pas du saint-siège (De Thou, liv. CXIX).
Autant à regret que Clément accepta cette paix, il receut Henri IV à réconciliation1, par les cérémonies curieusement inventées à ceste occasion. C'est qu'il fut dressé un haut eschafaut en place publique à Rome. Là-dessus furent envoyez les cardinaux Du Perron et Ossat, lesquels, s'estans traînez de genoux, se couchèrent de leur long, la face en bas, et, comme l'on dit, à bé-chevet. Après les réquisitions des supplians, représentais le roi de France, le pape, d'un siège éminent, fit lever son pénitencier2, assis plus bas; et puis on commença le pseaume Miserere mei, etc., à chaque couplet duquel le pénitencier donna d'un baston le long de la teste et de l'espaule aux deux cardinaux, à chacun son coup, jusques au dernier mot, qui est vitulos3. Ces cérémonies s'interprétèrent diversement, selon les conoissances et passions des religions, car les uns attribuoyent cela à grande repentance et humilité, adjoustans que la puissance des papes sur les rois et les royaumes ne peut estre trop authorisée ni par cérémonies trop excellentes;
1. Après de longues négociations, dirigées d'abord par le duc de Nevers (Mémoires du 2 janvier 1594; minute, f. fr., vol. 3991, f. 158), puis par les cardinaux du Perron (Instructions du 9 mai 1595, f. fr., vol. 3474, f. 1, et 4766, f. 200) et d'Ossat (Procuration du 10 mai 1595, f. fr., vol. 4016, f. 127), l'absolution du roi de France fut enfin accordée dans le consistoire du 30 août 1595, et la cérémonie de l'absolution fut célébrée le 17 septembre (Recueil de pièces du temps, f. fr., vol. 15591, pièce 70). — Autre cérémonie à la même occasion, célébrée le 22 sept. 1595 (f. fr., vol. 4016, f. 163). Une pièce du temps nous apprend que le roi d'Espagne avait fait une opposition acharnée à l'absolution (f. fr., vol. 15591, pièce 69).