‹ Histoire universelle (volume 2)Chapitre 169 sur 316 · Louis de Nassau, frère cadet du prince d'Orange · texte numérisé non relu

Louis de Nassau, frère cadet du prince d'Orange

i. Emmanuel 1er, prince de Portugal, vico-roi des Indes, mort â Bruxelles le 22 juin 1628, âgé d'environ soixante-dix ans.

5. Le comte d'Essex arriva daDS la baie de Cadix vers la lin de juin 1596.

les barquettes ou qui, à la nage, gagneroit terre. A ce jeu, il y eut force hommes noyez et plusieurs vaisseaux de ceux qui ne s'eschouèrent point pris et bruslez ; les galions de Sainct- Mathieu et Sainct- André, de chacun mille tonneaux, emmenez; deux navires du Levant bruslez. Les gallions de Sainct- Philippes et Sainct- Thomas, les deux faisans trois mille tonneaux, sautèrent de leurs poudres mesmes. Les galères se sauvèrent au pont de Huarc.

Le comte d'Essex, voyant la dissipation de cette armée, résolut, contre l'opinion de l'amiral Havart, de faire descente en l'isle de Calis, laquelle n'est divisée du continent de l'Andelousie que par un canal, où est ce pont qui avoit servi de barrière aux galères; et cet estroit est gardable en accommodant le Castillo, qui est au bout. Les Hollandois et Zélandois, descendus les premiers, prirent d'abordée le fort de Puntal et y plantèrent leurs drapeaux. Toute l'armée estant descendue, le comte mena l'avantgarde. Et n'eurent guères cheminé qu'ils virent venir à eux quelques cavalliers, qui s'appellent de Xerez. L'amas en avoit esté fait à Médina Sidonia, qui est en terre ferme, à la première veuë de la note. A cela s'estans joints six cents hommes de la ville, ils firent quelque contenance de combatre. Mais le comte d'Essex, ayant destaché le comte Louis de Nassau avec quatre cents corcelets et six cents mousquetaires, fit bien tost perdre leur bonne grâce et se renfermer dans Calis. Une partie de ceux-là voulurent faire ferme sur un grand boulevart destaché, où le temps avoit fait ruine. Le comte Louis, ayant bien reconnu l'accez, y donne serré, et, ceux du bouloùart quittans

d'effroi, passe à travers le fossé de la ville pour s'y retirer par un endroit que depuis peu Ton faisoit racoutrer. Tels guides mal payez et bien suivis, les Hollandois, ayans trouvé la muraille sans corridor, se laissèrent couler le long de leurs picques et ne se virent plustost soixante ensemble qu'ils donnent à la porte, s'y font faire place et l'ouvrent à leur général, qui, ayant sa troupe avancée en cet endroit, la fit donner par la grand'rue, et congna tout ce qui se deffendoit, jusques aux chasteaux, l'un nommé Castillo Sainct-Philipes et l'autre Gastillo Vechio. Cependant, les habitants, qui n'avoyent seu prendre cette route, ne faisoyent autre défense que de jetter force pierres dans les rues, du dessus de leurs maisons; mais ils demandèrent composition quand ils virent la maison de ville et la place du marché saisies; ceux des chasteaux firent de mesme. Après un grand pillage ils tombèrent d'accord à minuict avec le comte d'Essex que tous ensemble payeroyent cent vingt mille ducats de rançon et bailleroyent, pour ostage de leur promesse, quarante des plus riches de leur ville entre les mains des Anglois.

Le comte d'Essex, le mareschal Veer et les meilleurs capitaines de l'armée commencèrent à crier qu'il falloit garder la ville et l'isle, qu'ils les deffendroyent contre toutes les forces d'Espagne avec trois mille hommes de pied et la moitié de la noblesse qui estoit là; que par là ils feroyent un service signalé, non seulement à leur souveraine, mais à tous les ennemis des Castillans, destournans en cet endroit toutes les guerres de l'Europe et piquans au cœur un royaume qui en fait tant battre d'autres pour soi.

L'amiral Havart oposa à cela la difficulté de munitionner les forces qu'on y lairroit; à quoi Veer prit sur sa foi la difficulté qu'il y auroit et qu'il tireroit des Pays- Bas toutes leurs nécessitez. Mais enfin, tous les gens de marine espousans l'opinion de leur amiral, il falut quitter et s'embarquer le 15 juillet1, amenans les principaux galions du roi, cent quarante canons armez pour six mille hommes, tirez de l'arcenal de Galis, sans oublier les quarante ostages pour la rançon des bourgeois. Avant de partir, le comte créa de sa propre authorité environ cinquante chevaliers, choisis d'entre ceux qui avoyent le mieux fait, tant à l'attaque des vaisseaux qu'à la prise de la ville; entre ceux-là le comte Louis de Nassau et l'amiral de Warmont. Ce qui, n'estant pas aprouvé par Havart, fut nuisible au comte ; car l'amiral en abreuva le conseil d'Angleterre, estant arrivé le premier, pource que le comte, faisant la retraite, avoit laissé la flote de nuict, principalement pour la crainte de perdre les deux galions. Tout cela fut achevé dans la moitié de l'an 1598.

L'Espagnol, trouvant plus de résistance qu'il ne s'estoit proposé, eut tel desplaisir de ses mauvais succès qu'il voulut mettre toute pierre en œuvre. Il avoit tousjours blasmé et fait déclamer par les siens, principalement à Rome, contre tous ceux qui faisoyent paix ou alliance avec les Turcs, lui n'ayant point employé de gens à sa solde à l'armée, dont vous avez veu les parcelles. Il se promit que cela pourroit estre une occasion pour entrer en traité avec

1. Suivant de Thou, le retour des Anglais s'effectua dans les premiers jours de septembre 1596 et non 1598 (liv. GXVI).

Amurat. Il pratiqua, par le renvoi de quelques esclaves délivrez, un commencement de propos avec Sinan, bâcha, et commençoit à avancer son affaire quand on seut par quelques marchands, qui trafiquoyent aux Indes orientales, ce qui suit.

Quatre navires espagnols estoyent abordez au golfe de Savra4, y avoyent deschargé grand nombre de canons, d'armes et mesmes quelques hommes que le roi de Perse avoit envoyé des Géorgiens, lors unis à lui, qui avoyent receu cet équipage en Kusistan, l'avoyent monté le long du fleuve Tiritiri2. Cela rompit le parlement, avec la souvenance de ce que je vous vai conter. C'est que, quelques années auparavant, le mesme roi d'Espagne avoit tesmoigné ce désir par la voye de Jean Mariana3, Milanois, lequel, ayant esté pris par les Turcs à la Goulette, trouva moyen de se rendre agréable, premièrement par la musique et puis par autres gentillesses à Mahomet, lors grand vizir. Cettui-ci donc fut renvoyé par le roi d'Espagne avec lettres de remerciement pour sa liberté et charge de taster quel il y feroit pour dom Philippes à mettre sus un traité de paix. Mariana, ayant eu favorable response, retourne vers son maistre avec lettre de créance, pour traiter d'une bonne et entière paix, et, en attendant qu'elle peust se parachever, il avoit charge de proposer une tresve par mer et par terre et raporter passeports et saufconduits pour toutes sortes d'agents et ambassadeurs. Cela fut négotié et accordé à Constantinople, avec response du grand vizir, que

1. Savra, golfe persique? — 2. Tiritiri, le Tigre? 3. Ce Jean Mariana ne doit pas être confondu avec le célèbre auteur de V Histoire d'Espagne, publiée à Tolède en 1592.

telle affaire valoit bien que le roi d'Espagne dépeschast vers le grand Seigneur un ambassadeur exprès et un homme d'authorité; ce que Mariana promit, en monstrant qu'il avoit ce pouvoir par ses instructions.

Il ne fut pas plustost arrivé à Madrit qu'il fit le troisiesme voyage pour donner asseurance au grand vizir que l'ambassadeur d'Espagne estoit arrivé à Naples, où, estant détenu de quelque maladie, il l'estoit venu avertir pour traiter des commencemens de la tresve. Cependant, sur cette asseurance, on envoyé un chaoux de Gonstantinople à Raguse, avec charge expresse de faire marcher des janissaires pour la seureté de l'ambassadeur et lui faire rendre beaucoup d'honneur dans toutes les terres d'Amurat. Le chaoux attendit un an entier à Raguse et enfin, s'y ennuyant, s'en retourna et Mariana avec lui, farci d'excuses, qui ne furent point bien receuës au commencement par le grand vizir, et Mariana menacé comme affronteur. On a soupçonné qu'il avoit noué toutes ces longueurs d'ambassades pour en faire tomber la charge en ses mains, et, de fait, il joua si bien du plat de la langue d'une part et d'autre qu'il reçeut lettres et commissions du roi d'Espagne, par lesquelles il estoit déclaré ambassadeur ordinaire à la Porte du grand seigneur pour traitter de tresve et de paix. Alors, il négocia ouvertement, prenant avec le nom la suite et les authoritez d'ambassadeur, fourni de la maison d'Amurat des vivres et autres choses que reçoivent les ambassadeurs ordinairement.

Mariana, sachant que l'ambassadeur d'Angleterre à la Porte avoit fait recevoir par les hasçares1 et ports

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