‹ Histoire universelle (volume 2)Chapitre 19 sur 316 · Goucy (Aisne · texte numérisé non relu

Goucy (Aisne

3. Le mariage de Gabrielle d'Estrées et de Nicolas Damerval, s. de Liancourt, fut dissous par arrêt du 1er décembre 1595 (Copie de l'arrêt, f. fr., vol. 4019, f. 301), et Gabrielle fut créée duchesse de Beaufort par lettres du roi, datées du 8 juillet 1597 {Lettres de Henri IV, t. IV, p. 984, note).

4. César, duc de Vendôme, fils naturel de Henri IV et de Gabrielle d'Estrées, né en juin 1591, mort le 22 octobre 1665. Il fut légitimé par lettres patentes de janvier 1595 (f. fr., vol. 3973, f. 1).

5. Charles-Emmanuel, comte de Sommerive, né en 1581, mort en 1609.

qui estoit en garde. Les premières vedettes perdues, d'un champ bas où ils s'estoyent jeltez au bruit, reconnurent dans le chemin, un peu plus eslevé, ce qu'il y avoit. Le comte, bien averti, desbande à gauche et à droite deux troupes, fait donner au milieu teste pour teste, et cela fut mis en pièces avec peu de combat. Mais les espions servirent fidèlement le roi, apportans nouvelles d'un grand convoi de toutes sortes de munitions que deux mille Espagnols naturels, gens d'élite, amenoyent de la Fère en l'armée. Le mareschal de Biron y fut dépesché avec dix-huit cents hommes de pied et six cents salades. Cela s'embusqua1 avant jour dans la forest, entre la Fère et l'armée, et à veue du chemin qui alloit de l'un à l'autre. Peu de temps attendirent les royaux à voir paroistre la teste du convoi de mille hommes, car la queue en avoit autant. Sans grande cérémonie, Montigni fut commandé de donner à ce qui paroissoit de plus près. G'estoit de mauvaise cavalerie, qui ploya sans combat et se démesla à travers le bagage pour gagner l'autre costé du chemin ; et là fit quelque semblant de de se r'asseurer. Montigni ne suivit pas ce désordre, mais fit ferme à cent pas ou plus de l'infanterie, d'où les mousquetaires l'incommodoyent , quand il eut nouveau commandement de l'enfoncer. Il en prit donc le milieu et Biron la teste presqu'en mesme temps. Ces deux parties furent mal menées, mais ce qui estoit le plus près des chariots se mesla parmi et s'en servit pour gagner la troupe de retraite, qui s'estoit avancée pour couvrir un des costez des

1. Les troupes espagnoles campèrent sur la montagne de Vaux, près de Laon, le 12 juin 1594.

mesmes chariots. Ce fut là que firent bien besoin les harquebusiers de l'embuscade, qui y vindrent au pas faire feu de la longueur des picques. Mais ils furent receus de si bonne grâce qu'ils furent près de trois heures sans rien gagner sur les Espagnols. Quoi voyant Biron et craignant que l'alarme qui devoit estre en l'armée lui amenast quelque rude paquet, fit mettre pied à terre à deux cents gentilshommes; et lui et Monligni donnèrent par deux endroits entre les fers des picques. Et ainsi fut, dans une heure, entièrement défait le convoi1.

A la nouvelle de ces choses, le roi, jugeant que l'armée destituée de vivres seroit contrainte de se retirer, envoya vers elle Sainct-Luc et Parabère à la guerre, pour en prendre langue. Ceux-là, sur le soir, s'avançans avec leurs vedettes jusques où se posoyent les escoutes des ennemis, s'abouchèrent avec eux, et, comme on fait en tels endroits, leur reprochèrent la perte du convoi ; de quoi ceux-là ne savoyent encores rien. Mais la nouvelle n'en fut pas plustost à l'armée que, la résolution de partir estant prise, les deux que nous avons dit entendirent et jugèrent bien le bruit de l'attelage. Les vedettes, que lors ils firent taster, leur faussèrent compagnie, et, faisans courir plus avant, apprirent que l'armée branloit. Ils dépeschent au roi pour l'en avertir. Biron estant lors au chevet, qui contoit son expédition, on lui demanda s'il n'estoit pas d'avis de faire sonner à cheval et mettre l'infanterie au cul de la cavalerie pour aller prendre cette

1. Défaite des Espagnols près de Laon, 14 et 15 juin 1594. Une lettre du roi au s. d'O au sujet de ce combat, datée du 18 juin, est imprimée dans les Mémoires de la Ligue (t. VI, p. 129).

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occasion. Le baron s'y opposa opiniastrement, alléguant qu'il avoit tant fait couper d'arbres dans tous les chemins de la forest, rompu tant de chariots et tué tant de chevaux des Espagnols, qu'il estoit impossible à l'armée de pouvoir passer de deux jours dans la Fère. Le roi, qui ne se payoit pas bien de cela, s'escrioit fort sur la perte de l'occasion, mais il ne le pût emporter.

Si bien qu'il fut résolu que le lendemain, à neuf heures du matin, on feroit tirer trois volées de canon pour assembler l'armée et l'amener en la plaine, qui est auprès de la Fère, pour là engager tout au combat. Sur le poinct du jour, les mesmes despeschèrent asseurer que toute l'armée estoit deslogée, qu'on avoit remarqué le duc de Mayenne à la retraite, demandant qu'on leur envoyast quelques gens de guerre, de ceux qui estoyent le plus à la main, pour les amuser en les attaquant par la queue. La response du roi fut qu'il les vouloit attaquer par la teste et non par derrière. Cependant, quoi qu'il eust envoyé commander le retour à Sainct-Luc et Parabère, il fut vers eux aussi tost que son messager. Et ayant voulu lui-mesme connoistre son gibier à veue et faire marcher selon le dessein où il avoit grand regret de s'estre laissé emporté; car l'armée des liguez passa dans la Fère sans peine et ne se trouva rien des embarras qu'avoit allégué le baron de Biron, qui n'avoit pas voulu, comme les compagnons jugèrent, que sa belle action du convoi fust obscurcie par une bataille, auprès de laquelle on ne conteroit pour rien un moindre accident.

Le vingt-deuxiesme de juillet1, le comte de Som-

1 . Le dernier combat livré autour de Laon eut lieu le 9 juillet 4 594 .

merive traita avec le roi pour la reddition de Laon1, assavoir de la remettre dans le second jour d'aoust entre les mains du roi, au cas que dans ce terme ils ne fussent secourus par armée qui fist desloger la royale ou qui jettast dedans mille hommes de renfort; et, en tel cas, ils ne devoyent assister leur secours d'une seule harquebusade, mais ouvrir les portes seulement, lesquelles encor ils leur devoyent fermer au nez s'ils s'y présentoyent moins de cinq cens hommes à la fois, avec tresve jusqu'au jour préfîx ; encor avoyent-ils passeport pour un trompette, qui portoit au duc de Mayene copie de la capitulation. Voilà ce qu'il y avoit de rare. Pour le reste, ils avoyent suivi les articles des autres traitez. Ainsi, le roi receut Laon au commencement d'aoust2. Nous n'avons pas gardé cet ordre aux autres capitulations, qui furent sans combat et aussi sans instruction. Mais celle de Poictiers se présente, qui nous convie à prendre de plus haut les exploicts qui l'amenèrent à ce poinct.

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