Isabelle-Glaire-Eugénie et l'archiduc Albert
2. Les députés des États se rassemblèrent le 14 août et non le 15, à Bruxelles, sous la présidence de Jean Richardot (DeThou, liv. GXXI).
3. Le roi d'Espagne avait signé, le 6 mai 1598, l'acte par lequel il accordait à sa fille, à l'occasion de son mariage, la souveraineté de la Bourgogne et des Pays-Bas. Cette pièce est publiée par M. Gachard, dans Lettres de Philippe II à ses filles, p. 49. L'archiduc Albert et la princesse Isabelle entrèrent à Bruxelles le 5 septembre {Ibid., p. 53).
futur espoux le cardinal, fondé de procuration. Après de grands débats, de part et d'autre, tout fut accepté aux conditions de dix-sept articles, qui ne doivent point estre retenus.
1 . Le premier contenoit l'agréation de la donation et transport des pais, ensemble du mariage de la princesse avec ledit cardinal.
%. Le second comment elle seroit reçeuë et le serment fait.
3. Que Son Altesse feroit apparoir dedans trois mois de la consommation de leur mariage.
4. Que le roi baillera acte que le douziesme article, couché audit transport, ne sera aucunement préjudiciable ausdits Pais-Bas.
5. Qu'on ostera toutes contributions, fourragement des soldats et autres charges, et que désormais Son Altesse se contentera de ses domaines.
6. Que les soldats estrangers demeureront désormais à la charge et sous la solde du roi, lesquels seront employez en campagne sur la frontière des ennemis.
7. Tous soldats alemans et naturels du pais seront entretenus et payez autant que faire se pourra, et le surplus sera payé pour le roi.
8. Que tous offices et gouvernemens des provinces, villes et forteresses seront gouvernez, et, pour le plus tard, dedans un an remis es mains des seigneurs et naturels du pais.
9. Tous conseils extraordinaires seront remis au pied accoustumé, que aussi le grand conseil de Malines, comme celui de Brabant, et le conseil d'Estat seront redressez de gens naturels du pais.
10. Que toutes provinces, pais et villages seront entretenus et maintenus en leurs anciens privilèges, droits et franchises.
1 1 . Que Sadite Altesse s'obligera de retourner en ce Pays-Bas dedans le mois de mai prochain venant.
12. Que Son Altesse commetra durant son absence un gouverneur esdits pays, qui soit de son sang, lequel soit tenu de jurer par serment tout ce que le roi aura juré.
13. Qu'il sera permis aux Estats généraux, par intervention de Son Altesse, d'entrer en communication avec ceux d'Hollande et Zélande sur le fait de la paix.
14. Et attendu que les pays sont pourveus de seigneurs naturels du pays, on en députera trois pour aller avec Son Altesse en Espagne et remercier le roi.
15. Que Son Altesse sera tenue d'entretenir tout ce que dessus, et, à son retour avec l'infante, faire le serment accoustumé en toutes les provinces.
16. Que tous gouverneurs, capitaines et gens de guerre n'attenteront rien de nouveau durant l'absence de Son Altesse.
17. Son Altesse, à son retour, sera tenue d'assembler les Estats généraux, pour, par ensemble, besongner au redressement des affaires du Pais-Bas.
Il a esté bon de faire voir par ces articles la perpétuelle tention des Estats et à secouer le joug espagnol et à la réconciliation avec les voisins.
Pour mettre à fin les choses commencées, le cardinal s'en va à Nostre-Dame de Hala 1 , à laquelle il fit
1. L 'ex-cardinal Albert se rendit en pèlerinage à Notre-Dame de Halle, à trois milles de Bruxelles, le 14 sept. 1598.
présent de son chapeau et de son habit rouge, qu'il déposa sur l'autel ; et là il déclara qu'il résignoit son archevesché de Tolède et Testât de chef de l'inquisition, qui accompagne tousjours cet archevesché, réservant pourtant dessus cinquante mille ducats de pension, de trois cent mille qu'elle vaut. Gela fait, il prépare son voyage d'Espagne, nomme pour commander, en son absence, le cardinal André, son cousin, commet sur l'armée l'amiral d'Aragon et lui donne le comte Herman pour mareschal de camp. Il eut pour compagnie, à son voyage, le prince d'Orange, les comtes de Barlémont et de Sores, la comtesse de Mansfeld et autres seigneurs et dames du pays, et puis prit à Grats Maximiliane1, fille de Charles d'Austriche2, frère de l'empereur3, fiancée du prince Philippes d'Espagne4.
Est à noter que le roi Philipes et Charles avoyent espousé chascun leur niepce5 et que de ces deux mariages sortoyent Philipes et Maximiliane, outre cela cousins germains.
L'archiduc et le prince d'Orange escrivirent lettres
1. Grégoire-Maximilienne, fille de Charles II d'Autriche et de Marie, fille d'Albert II, duc de Bavière, née en 1581, morte en 1586.
2. Charles II d'Autriche, fils de Ferdinand Ier, empereur, né en 1540, mort le 3 août 1590.
3. Maximilien II, empereur, fils de Ferdinand I", né en 1527, élu roi des Romains en 1562, mort le 12 octobre 1576.
4. Philippe III, fils de Philippe II, roi d'Espagne, épousa, en 1599, Marguerite d'Autriche, fille de Charles, archiduc de Gratz, morte en 1611.
5. Anne, fille de Maximilien II et de Marie, sœur de Philippe II, avait épousé le frère de sa mère, en 1570, et Charles d'Autriche avait également épousé Marie, fille de sa sœur Anne. et d'Albert, duc de Bavière.
aux Estats d'Holande pour les faire participans de cette rare bénédiction, et de tous costez on leur parloit d'une nouvelle félicité pour le pays; et cela tant démené que la roine d'Angleterre en eut jalousie, et en escrivit pour estre asseurée, et les esprits se confioyent de cette douceur. Quelques-uns corrompus pour y pousser les autres, quand on apporta des lettres, surprises en France, par lesquelles le roi Philippes donnoit bien d'autres instructions que de la paix; c'estoit les préparatifs d'une armée entre les mains de l'amirant, de laquelle vous verrez les effects au livre suivant. Par ce moyen, les Estats virent venir à eux toutes inventions espagnoles, les promesses générales d'une félicité nouvelle, les flatteries particulières au prince Maurice, par lesquelles le roi d'Espagne disoit que la vertu du prince, lui ayant été nuisible, ne laissoit pas de lui estre en admiration, que telle estime passoit en amitié, que c'estoit sa prudence de tirer profit de ce qui le ruinoit, en faisant d'ennemi ami le plus grand capitaine de la chrestienté, que s'ils s'acommodoyent, il se faisoit fort de rendre le prince généralissime des armes chrestienes contre les Turcs. Ce dernier poinct estoit dit de meilleure foi qu'aucun, car il eust bien désiré son ennemi en Hongrie, bien engagé. Toutes ces choses, avec les promesses aux particuliers, eschauffoyent quelquesuns par leur apparence, d'autres par leur infidélité.
Or, comme les conseils de plusieurs testes ont cet avantage qu'ils sont difficiles à tromper, pource que trop d'yeux et d'oreilles concertent un mesme poinct, aussi ont-ils le désavantage de ne pouvoir tromper, à cause que le secret, non plus que la diligence, n'est
jamais de leur costé. Quelques-uns du conseil général vouloyent cacher les lettres surprises et feindre une telle attention aux cajoleries de leurs ennemis, pour faire convertir les dépesches de la grande armée, préparée en attentes et dilayemens. Mais quelqu'un de ce conseil manifesta les lettres, et, partant, les deux partis se préparèrent à la guerre, comme vous verrez ci-après.
La roine d'Angleterre fut lors asseurée que le traité de paix en Holande estoit pour néant.