‹ Histoire universelle (volume 2)Chapitre 197 sur 316 · Le duc de Mercœur · texte numérisé non relu

Le duc de Mercœur

gnoyent plus de haine; l'un estoit une chambre criminelle, laquelle jugeoit et exécutoit au feu les prisonniers réformez, qui, ne pouvans payer grosse rançon, choisissoyent la mort plustost que la messe. L'autre excez fut le massacre de la Ghastaignerais1. La conscience, qui redoutoit telles choses, hasta de composer et se rendre. Mais il faut noter qu'il y avoit deux styles différents aux édicts, car les uns traitoyent par mutuelle conférence, les autres par requestes et suplications, aux articles desquels on mettoit accordé. En celui d'Hurtaut, de cette dernière condition, on lui octroyé l'oubliance de ce qui s'est fait pour les finances des prises, fortifications et rasemens de maisons, des morts d'huguenots (car ce terme y est), quoi qu'il n'ait pas esté déféré aux appellations des hommes, femmes et enfans tuez à la Ghastaignerais et puis des excez faits par tous les particuliers.

L'accord du Plessis de Gosme2 suivit cetui-là et y adjousta lettre d'abolition, et cela achevé au commencement de mars 1598.

En mesme temps, le duc de Mercœur vid desmancher ses compagnons et sçeut que le roi, n'ayant plus à faire qu'à lui, venoit à Orléans. Il changea son traité d'apparence en un d'effect, envoyé premièrement la duchesse sa femme, et, sur les promesses verbales qu'elle lui asseura avoir receuës du roi, joint aussi

1. Le s. de Saint-Offange, gouverneur de Rochefort, avait fait massacrer, trois ans auparavant, une foule de réformés paisibles qui se rendaient au prêche de La Ghasteigneraye (De Thou, liv. GXX).

2. Les députés de Pierre le Cornu, s. du Plessis-le-Cosme, furent reçus à Thoury, en Beauce, le 21 février 1598.

que sur ce point-là survint la prise de Dinan1, faite par ceux de Sainct-Malo, et les intelligences de cette ville, lassée de se voir sans trafic, les murmures des Nantois, que les craintes instruisoyent à leur devoir. Cela et autres accidens de telle sorte piquèrent le duc à s'aller jetter aux pieds du roi, arrivant dans Angers, et obtint le dernier édict de son parti2.

Cet édict, après la clause pour la religion, esloignée de trois lieues de Nantes, pourvoyoit comme les autres aux offenses générales, entr'autres d'avoir donné grâce et tenu des Estats. Le duc prend pour son particulier un respit d'un an à toutes ses debtes et fait abolir les offenses qui touchent les particuliers. Tout cela achevé, vérifié et émologué dans la fin du mois de mars 1598.

1. Le marquis de Goasquin, gouverneur de Saint-Malo, de concert avec le maréchal de Brissac, se rendit maître de Dinan le 5 février 1598. Les Mémoires de la Ligue (t. VI, p. 570) contiennent l'acte de capitulation de Dinan.

2. Le 28 octobre 1596, le roi avait rendu une ordonnance contre les ligueurs qui suivaient encore le duc de Mercœur en Bretagne (f. fr., vol. 4019, f. 382). En octobre 1597, le duc de Mercœur accepta une trêve avec les troupes royales (Pièce du 17 octobre, réimprimée dans les Mémoires de la Ligue, t. VI, p. 544). Enfin, le 2 mars 1598, Mercœur se soumit à Henri IV. On conserve dans le fonds français, vol. 4019, f. 399, une copie des articles secrets qui lui furent accordés. L'ordonnance rendue par le roi en raison de la soumission de ce prince est imprimée dans les Mémoires de la Ligue, t. VI, p. 578, et fut enregistrée au parlement le 26 mars suivant (De Thou, liv. GXX).

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