‹ Histoire universelle (volume 2)Chapitre 224 sur 316 · Chapitre VII · texte numérisé non relu

Chapitre VII

Péril du roi; préparatifs de guerre pour Savoy e.

Bientost après le départ du duc de Savoye, il avint qu'une vivandière, qui s'estoit ruinée à suivre l'armée du roi, s'adressa au comte de Soissons1, lui faisant souvenir des mescontentemens qu'il avoit autresfois receus du roi, et offre à lui pour loger à la cuisine son mari, par le moyen duquel le roi seroit empoisonné. Le comte demande au roi un serviteur fidèle pour ouïr avec lui ce que cette femme lui proposeroit à la seconde assignation. Loménie2, choisi pour cela, ayant ouï cette malheureuse, elle fut prise et brûlée toute vive en Grève, quoique pour ses pertes on la trouvast aliénée de son sens.

Il y eut une autre entreprise et punition d'un Piémonlois, sur le dessein duquel quelques-uns ont escrit que le duc de Savoye avoit tenu les affaires en balance. Mais il a esté vérifié depuis qu'il n'avoit point trempé à telles sortes de fraudes, qui n'entrent jamais aux cœurs généreux, mais seulement à celles qui sentent l'homme de guerre, comme vous verrez plus au long ci-après.

1. Charles de Bourbon, comte de Soissons, fils de Henri de Bourbon, prince de Gondé, et de Françoise d'Orléans, duchesse de Longueville, né le 3 novembre 1566, mort le 1er novembre 1612.

2. Antoine de Loménie, secrétaire d'État souvent cité dans le Journal de VEstoile, fils d'un officier de finance assassiné à la Saint-Barthélémy.

La suite de ce qui nous meine en Savoye est interrompue par le voyage de Silleri1 et d'Alincour2 à Florence, où, par l'entremise du pape, ils y commencèrent et achevèrent le traitté de mariage du roi avec la princesse Marie de Médicis3, fille du grand duc de Toscane4 défunct, de Jeanne d'Austriche5, roine titulaire de Hongrie et de Bohême. L'exécution un peu retardée par les ordinaires diffîcultez qui naissoyent au fait de Savoye.

Nous trouvons encores en nostre chemin la conférence faite à Fontainebleau6, entre le Plessis-Mornai7, gouverneur de Saumurois et capitaine de cent hommes d'armes des ordonnances, d'une part, et Du Perron, évesque d'Évreux, de l'autre costé. Cette conférence s'arresta dès son commencement, et, avant qu'estre entrez en la matière principale, ma profession m'empesche de la déduire d'avantage et me fait vous renvoyer, tant à ce qu'en raconte Mathieu8, à la clause

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