‹ Histoire universelle (volume 2)Chapitre 228 sur 316 · Cavillations, ruses, subtilités · texte numérisé non relu

Cavillations, ruses, subtilités

vesque de Tarantaise1, le marquis de Lulin et Roncas2, promettans la restitution du marquisat; mais demandans, avec nouvelles raisons, l'investiture pour un des enfans de Savoye. Le roi prenant à moquerie ces deffaites, Roncas retourne en Savoye porter le refus du roi et l'alarme, et depuis renvoyé à Lyon, asseure que le duc ne demande que des commissaires pour la restitution. A cela sont dépeschez les présidens de Silleri et Janin, quoi que le roi n'eust dès lors espérance d'en venir à bout que par la guerre.

Sur les rapports qu'il receut de divers endroits, notamment de Fosseuse3, qui, revenant d'Italie, ouyt le duc en sa chambre disant tout haut « qu'il ne rendroit jamais le marquisat, et que, si le roi entreprend de lui faire la guerre, il lui taillera de la besongne pour quarante ans, » Roncas fait encores deux voyages. Le roi mande aux députez qu'ils facent court. On leur demande quatre poincts, asçavoir : que les restitutions se facent en mesme jour, que le roi rende le bailliage de Gex, que le plus fort rende le premier, que le roi nomme le gouverneur qu'il veut mettre au marquisat. Gela estant porté à Lyon, on donne pour dernier terme le seiziesme du mois d'aoust4, et, ce

1. Jean-François Berliet, archevêque de Tarentaise du 5 janvier 1600 au 2 janvier 1607.

2. Le marquis de Roncas, secrétaire du duc de Savoye (Lettres de Henri IV, t. IV, p. 1016), plusieurs fois cité dans le Journal de L'Estoile.

3. Pierre de Montmorency, marquis de Thuri, baron de Fosseux, mort le 29 septembre 1615.

4. Suivant de Thou, Henri IV avait déclaré la guerre au duc de Savoye le 11 du mois d'août 1600, mais cette déclaration ne fut rendue publique à Lyon que le 16 du même mois (liv. CXXY).

jour estant expiré sans aucun avancement, le roi ne pensera plus qu'aux armes pour recouvrer le sien.

Le lendemain du jour passé, on envoie à Lesdiguières commissions pour régimens nouveaux, les vieux en reçoivent aussi pour les recreuës, et les provinces les plus proches font levées de pionniers; le duc de Guise dépesché en Provence pour les intelligences que le duc de Savoye s'estoit vanté d'y avoir, le mareschal de Biron en Bourgongne pour faire marcher les forces, le duc de Suilli, grand maistre de l'artillerie, à Paris, pour amener argent et canon. A quoi il fit telle diligence que, dans quinze jours, l'artillerie fut au Lionnois, avec les boulets qu'il avoit fait dépescher aux forges de Nivernois, Bourgongne et Dauphiné. En mesme temps, Vie4, ambassadeur de Suisse, s'y en retourne pour tenir une armée preste au besoin. La dernière pièce du préparatif fut une déclaration de guerre, par laquelle le roi, ayant monstre la justice de sa cause, dit qu'il veut observer de bonne foi le traité de Vervins; promet asseurance à tous les ecclésiastiques et à ceux qui voudront lui tendre les mains, en reconnoissant son équité ; défend tous sacrilèges, ravissemens et brûlemens ; rappelle tous ses naturels François qui s'estoyent habituez dans les terres du duc de Savoye, les déclare ennemis s'ils ne les vuident dans quinze jours après la publication.

Deux jours après, il part de Lyon2 avec fort peu de forces, prend le chemin de Ghambéri, fait entrer

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