Auzances (Creuse), Gherves (Vienne
Sainct-Gelais, avec quatre-vingts salades, Ghoupes, avec soixante et les arquebusiers à cheval, estoyent logez au-devant de lui. Ceux de Poictiers ayans esquivé tous ces logemens, vindrent fondre une heure après minuict dans Gherve, tuent les sentinelles, passent sur le ventre aux corps de garde, qui avoyent eu honte de faire barricades au quartier d'un général, enfoncent le logis de Malicorne, qui se sauva en une maison noble hors de feu avec vingt de ses gardes et quelques gentilshommes de marque, qui, par prévoyance, y avoyent demandé logis. Tout fut pillé, horsmis cette maison, et le corps de garde de Hautefoye, qui seul avoit barrique et gardé son devoir. Le meurtre fut moindre que la honte et la joye qu'en eurent ceux de Poictiers.
Sur le temps de la defîaite du vicomte, lui et Cluseau avoyent envoyé un homme au roi pour lui vendre la ville; ce que je sai, pource que le messager et l'affaire furent mis entre mes mains. Chacun de ces deux prétendoit divers mescontentement ; mais le premier surtout, les affronts qu'avoit receu son beau-père Bois- Séguin quand les habitans se saisirent de lui, et en sa présence rasèrent le chasteau. Ce qu'ayant dissimulé, il n'avoit tenu qu'à sa deffaite, que contre son devoir il n'amenast cette ville au sien. La souvenance de ces choses, quelque essay des nécessitez par les blocus, et d'ailleurs se voyans seuls en leur province, il ne manquoit qu'une commodité de traiter qu'ils désiroyent depuis un an. Saincte-Marthe i et les autres
1. Gaucher, dit Scévole de Sainte-Marthe, contrôleur général des linances en Poitou, président des trésoriers de France, né le 2 février 1536, mort le 29 mars 1623.
réfugiez leur ayant ouvert ce moyen, le traité fut conclue! et ils se mirent es mains du roi au commencement de juillet1.
Cette2 ville ne doit plus paroistre sur la scène de la guerre, car, elle ayant fait sa composition, il n'y eut plus de trouble en la province qu'un voyage par Parabelle, lieutenant de roi, par la mort de Sainct-Gelais et de La Boulaye. C'estoit pour les isles de Rié3, où le peuple, souslevé par l'aide de quelques compagnies de Nantes, présenta le combat aux troupes du roi, qui le refusèrent. Mais celui qui les commandoit, les ayant ralliées, attaqua le principal retranchement des liguez, et, l'ayant emporté, tout le reste du Poictou se ploya à l'obéyssance.
En mesme mois, et le roi estant devant Laon, se firent et conclurent le traité du Chasteau-Tierri4 et de tous ceux que nous avons dit jusques à la fin de l'année, qui acheva par celui du duc de Guise et de la ville de Rheins5.
1. Soumission de Poitiers à Henri IV, 16 juin 1594. La déclaration du roi sur la réduction de cette ville, donnée à Paris, est datée du mois de juillet. Elle est conservée dans le f. fr., vol. 3990, f. 132. Elle fut enregistrée au Parlement le 4 juillet.