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Chapitre VII

Guerre de la frontière de Picardie, de Lyonnois et notable prise de Beaune, avec quelques autres succès.

Il prit aux deux rois de France et d'Espagne une chaleur de foye pour se déclarer guerre ouvertement. Cette résolution commença par le roid, comme voulant monstrer plus de franchise. Mais aussi en tiroit-il une notable utilité : c'est qu'ayant guerre ouverte à l'Espagnol, les liguez de France ne pouvoyent plus refuser le tiltre d'Espagnols, chose qui les rendoit odieux en leurs villes et donnoit un grand branle à faire eschaper le parti. La publication de cette guerre fut bien tost suivie de quelque effect; car le mareschal de Bouillon, avec cinq mil hommes de pied et quatre cents chevaux, entre dans le Luxembourg2, prit Yvoi, Mommédi, La Sretette, Vireton3 et autres bicoques, accompagné du comte Philippes de Nassau, qui, chargé au départir, perça l'infanterie du comte

1. La déclaration du roi sur l'ouverture de la guerre contre le roi d'Espagne, datée de Paris et du 17 janvier 1595, est imprimée dans les Mémoires de la Ligue (t. VI, p. 278 et suiv.).

2. Le duc de Bouillon entra en campagne à la fin de 1594. On conserve dans le f. fr., vol. 4557, f. 85, un état, daté d'octobre 1594, des sommes qui lui furent remises au moment du départ de ses troupes pour les Pays-Bas.

3. Yvois (Ardennes), Montmédy (Meuse) et Virton, ville du Luxembourg. — Prise de ces villes, mars et avril 1595. On trouve dans les Mémoires de la Ligue, t. VI, p. 288, une relatiou du temps sur cette campagne.

Charles de Mansfeld1. Le duc de Bouillon alla pour son secours jusques auprès de Vireton, où il y avoit onze compagnies du comte Charles logées. Il arriva entre leurs départemens au point du jour, ayant laissé son infanterie. Ces compagnies, essayans à se rejoindre confusément, furent tellement pressées que ce qui voulut faire bonne mine fut chargé et le reste se sauve en pièces dans les forests, ayant laissé sur la place plus de deux cents hommes, entre autres le lieutenant du comte, et donné leur bagage en payement2.

Le duc de Lorraine, sur cette nouveauté, print haleine d'une tresve3 qu'il demanda et obtint, et sous laquelle il permit le service du roi à ceux des siens à ceux qui en avoyent volonté. Ce fut avec ce congé qu'Ossonville4, Tramblecourt 5 et Sainct - Georges , avec près de six mil hommes, entrèrent en la Franche- Comté, où ils prennent Vezou6, par quelque intelligence, et Jonville7 par estonnement.

Le roi d'Espagne qui, sur la déclaration, avoit

1. Charles de Mansfeld, prince de Mansfeld, né en 1543, mort le 14 août 1595.

2. Défaite des troupes de Mansfeld près de Virton par le duc de Bouillon, 9 mars 1595. Une relation de cette défaite est imprimée dans les Mémoires de la Ligue (t. VI, p. 285 et suiv.).

3. Cette trêve fut le début des négociations de paix du roi de France et du duc de Lorraine (Pièce du 31 juillet 1594; f. fr., vol. 3990, f. 126). La paix fut signée le 16 novembre (Copie du traité; f. fr., vol. 3449, f. 58).

4. Jean, baron d'Haussonville, gouverneur de Verdun, mort en 1607.

5. Le s. de Tremblecourt, ancien colonel au service de la Ligue, souvent cité dans les Lettres de Henri IV.

6. Prise de Vesoul (Haute- Saône), mai 1595 (De Thou, liv. CXII).

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