Adomestiqué, rendu familier, s'estant attaché
ceci ou cela, et par ce moyen laissoit sa vie, son àme et le régime es mains de son empoisonneur, qui, maistre de l'Estat, fit esloigner tous les grands du pays. Ceux-là conjurèrent. Et, n'ayant autre remède, il traita avec le grand seigneur, lui assujettit la Transsylvanie ; de là, dresse mesmes ruses contre le brave Michel4.
Mais cettui-ci, pour sauver sa Moldavie2, donne sur le Transsylvain , prend Albe-Jule et autres places. L'armée du cardinal, faisant mine d'en vouloir secourir, fut attaquée, mise en route sans grand combat3; le cardinal, fuyant, tué par un paysan, le bourreau lui trencha la teste après sa mort4. Ce fut chose estrange comment la vigueur de l'esprit d'un tel prince et celles des forces du pays furent si tost mises à néant. Mais le premier fut ruiné par la préparation des philtres qu'avoit apris en Italie le cardinal André ; cela secondé par les impressions que donnoit au cerveau attendri un jésuite, entre les mains duquel Sigismond mit sa conscience et avec elle son Estât. Quant aux forces, tous les chefs de guerre prirent plaisir à leur ruine, pource que les grands et les moyens n'avoyent plus accez au prince que par le cardinal et par un secrétaire, qui portoit au conseil les avis de Sigismond, qu'on ne voyoit point. D'ailleurs, les gens de guerre estoyent fraudez en leurs payemens, lesquels il faloit