Jean-André Doria, amiral des galères d'Espagne
3. Cette expédition fut entreprise sur les conseils d'un capitaine français nommé Le Roux, qui s'était distingué dans l'attaque de Ghio, précédemment racontée (De Thou, liv. GXXVI).
amuser les vaisseaux du pais, cependant qu'il acommoderoit la ville d'Alger s'il en venoit à bout, que pour les tenir avertis de ce qui se préparoit1. Le chevalier du Vivier, ayant cette commission, eut envie de mettre pied à terre pour surprendre Niocastro, que les Turcs appellent Passeva. Le commandeur du Ponsu, chef des gens de pied, entre ceux-là de cinquante chevaliers, donna à Beauregard, capitaine de la galère Sainct- George, son pétardier et trente hommes pour succéder au pétard. Les chevalliers de Bayllou et de la Trévillière, avec chacun vingt hommes et deux eschelles, prenoyent à gauche et à droite. Cet équipage arrivé aux portes un peu avant jour, tout réussit. Le pétard emporte les deux portes pource qu'il y avoit peu d'air entre deux; les eschelles mettent sur sa courtine quarante hommes, le commandeur du Ponsu marchant sur le talon des premiers. Tout cela emplit la forteresse sans grande résistance, tuent deux cents Turcs, prenent quatre cents esclaves; le reste se sauva par des fausses portes aux montagnes. Ayans tout pillé, mirent le feu, emportent les enseignes, de canon ce qu'ils purent, rendirent le reste inutile et gagnent leurs vaisseaux.
Nous trouvons en nostre chemin le roi de Fez, lequel, pour fomenter ses fainéantises, à cause desquelles il n'a rien donné à nos derniers livres, et, pour se garantir de ceux de Suez qui vouloyent troubler son repos, avoit traitté alliance avec le roi d'Es-
1. La flotte espagnole partit de Majorque le 28 août 1601, et, après de vains efforts contre la capitale barbaresque, rentra au port le 4 septembre. Au retour de cette expédition, André Doria résigna sa charge d'amiral espagnol (De Thou, liv. GXXVI).
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pagne; et, pour esloigner les Turcs, qu'il craignoit encores par delà tous ses autres voisins, il fut autheur et solliciteur de l'entreprise sur Alger; mais manqua de tout ce qu'il avoit promis, soit hommes, munitions ou autres commoditez.
Ce que nous venons de dire réveilla l'amiral Cigale, qui, avec cinquante voiles, se mit aux trousses de l'armée; et, quoique les chrestiens eussent soixante et dix galères, où le pape, l'Espagnol, le duc de Savoye, le duc de Toscane et Malte avoyent contribué, dom Joan de Gordoua ne voulut rien hazarder, et fit que les siens souffrirent plusieurs descentes et pillages aux costes chrestiennes.
11 faut que j'eschappe un an outre mes bornes pour couvrir ce défaut et laisser mon lecteur en meilleure bouche des affaires du Midi.
Vignancourt, grand maistre de Malte, ayant entretenu un soldat de son isle, autresfois esclave dedans Mahomette1, en Barbarie, entreprit sur cette ville, quoique pleine de Mores, les meilleurs soldats qu'ait le Turc sur cette coste. Le chevalier Du Vivier y fut employé avec les cinq galères de la religion, garnies de huict cents hommes choisis, et parmi eux de deux cents chevaliers. Au commencement d'aoust2, cette flotte trousse, sous les abris de Lampadouse3, deux