D'avoir empesché la proclamation commandée par la roine
5. De s'estre voulu servir d'un nommé Chétif1, de la ville, pour faire prendre les armes au peuple.
6. D'avoir voulu forcer une des portes avec meurtre et tenu fort en sa maison.
Le comte, avant respondre à ces accusations, demande qu'on lui permist ce qui n'est refusé à aucun, asçavoir de récuser ses ennemis. Ce qui lui estant desnié, lui et Sucdhanton dirent au premier poinct qu'ils avoyent eu quelques devis des moyens de se garantir, mais sans dessein. Au second, qu'il avoit fait entrer les conseillers dans une chambre pour les sauver de l'émotion des siens et par amitié qu'il leur portoit. Et, aux autres poincts, qu'estant averti comment Gobhan et Raleig le vouloyent tuer, il se retira chez le maire et chez le chérif, et les avoit priez de s'armer pour sa garde. Et puis qu'ayant eu avis que le comte de Gomberland estoit à la porte de Lurques pour parler à lui de la part de la roine, il y fut receu à harquebusades ; sur quoi quelques-uns des siens tirèrent. Et lui se retira en sa maison pour se soumettre à justice. Là-dessus, plusieurs de ses juges l'accusèrent de s'entendre avec les Irlandois, les Espagnols, le roi d'Escosse, les puri-
1. Le shériff n'est pas un nom d'homme, mais le titre d'un des magistrats municipaux de la ville. Le comte d'Essex avait réclamé l'intervention du maire de Londres et du shériff pour arrêter les poursuites dirigées contre lui.
tins, les Jésuites, et d'avoir dit mal des gens de la roine. On dit qu'il respondit suffisamment, monstrant la vanité de l'accusation par la difficulté de s'unir avec des testes qui ont si peu de commun. A cela et autres accusations qui lui furent jettées en foule, il accusa ses ennemis d'infidélité à la roine, protestant de n'avoir rien fait que pour ne périr pas à leur gré. Dont, après que chacun des juges eut dit : II est coupable, sur mon honneur, il ouyt sa sentence pour estre mis en quatre quartiers. A quoi il respondit froidement : « Ces pièces laissées ensemble eussent bien servi. » Il fut donc ramené à la tour, le trenchant de la hache vers lui, où il fut laissé plusieurs jours, et là averti qu'il demandast la vie à la roine ; ce qu'il refusa, disant qu'il en estoit las, et la prioit de ne tenir point le refus d'une telle demande pour orgueil. Enfin, le vingt-cinquiesme de février1, il eut la teste tranchée, ce qui fut fait aussi de ses complices, punis comme on fait les traistres, et parmi eux Thomas Lée2, non accusé de la conspiration, mais d'avoir maintenu le comte pour innocent. Et, pource que nous avons touché d'Irlande après quelque escapade du comte de Téron, tout y fut composé3, et mesmes les intérests d'Espagne meslez, au mois de septembre en l'année 1598.
1. Le comte d'Essex fut exécuté le 25 février 1601, 6 mars d'après le calendrier grégorien.
2. Thomas Lea, jeune homme entreprenant, avait été surpris, tenant un mousquet, à la porte du cabinet de la reine. Il fut arrêté par le garde des sceaux, cinq jours après l'emprisonnemenl <lu comte, convaincu du crime de lèse-majesté, et exécuté.
3. Durant le procès du comte d'Essex, les Espagnols subirent un sérieux échec en Irlande, où leur colonel général, Alphonse Ocampo, fut fait prisonnier.
Il 1 faut reprendre les affaires du Pays-Bas à ce traité de paix avec celui du mariage, qui ne fut que pour endormir ceux du Pays-Bas. Cependant que François de Mandosse2, qui estoit pour lors amyrant3 d'Arragon , au commencement de septembre , fît passer la Meuse4 par divers endroits et r'allier devers le Brabant ses troupes, qui faisoyent trente mille hommes, tant de cheval que de pied, La Burlote5, ayant fait amas de batteaux et un peu auparavant fait brusler un navire des Estats, qui estoit devant Venloo6, vint par eau rencontrer l'amyrant, commençant sa besongne par Orsoi7. Le mareschal de Glèves8 y commandoit, lequel voulut refuser la porte, alléguant la neutralité. Mais, présentant des eschelles à la ville, puis après envoyant sommer le chasteau par trois capussins et un bourreau chargé de licoux, tout lui fut ouvert. Il fit fortifier Orsoi, autresfois commencé9, et fit une place nouvelle à Walsom.
1. L'édit. de 1620 place ici l'en-tête de son chapitre du Septentrion.
2. François Hurtado de Mendoza, fils d'Inigo Lopes, marquis de Mondejar, mort le 1er mars 1623.
3. Amirant, vieille forme citée par La Gurne de Sainte-Palaye, du mot amiral.
4. De Thou date le passage de la Meuse, près Ruremonde, de la fin de septembre, et Monpleinchant des premiers jours du même mois (Hist. de l'archiduc Albert, par Monpleinchant, publiée dans la Collection des Mémoires relatifs à Vhist. de Belgique).