Branquetcr, rançonner
mans se ressentiroyent de tels outrages, il monstra une vache, disant : « Autant que cette beste. » En hyvernant comme nous avons dit, ils redoublèrent leurs cruautez, pendirent les paysans par les parties honteuses ; ils en embrochèrent et en rostirent trois ; ils violèrent plusieurs filles à la veue des mères, plusieurs femmes à la veue des maris, quelquesfois sur les corps morts de ceux qui s'escrioyent à un tel spectacle ; tuoyent les mères qui n'aidoyent pas à leurs vilenies; arrachoyent les enfans du ventre des mères et puis les y faisoyent r'entrer, tuant l'un par l'autre; violant à tour de rôle toutes les religieuses d'une abbaye1 et puis les faisoyent mourir.
Toutes ces inhumanitez, tirées par abbrégé des histoires du Pays-Bas, abbruvèrent tous les grands d'Alemagne. L'archevesque de Coulongne, qui estoit le plus près, en demanda l'avis au lantgrave de Hessen2, selon lequel les six électeurs escrivirent à l'empereur, lui et eux à l'archiduc Albert3 en revenant d'Espagne. Toute la response ne sentit rien que le mespris des Alemans. L'empereur dépescha un mandement à l'amirant, avec une grande narration de ce que portoyent les mémoires, concluant par mandemens de
1. Le monastère de Schlenhorst. Les excès reprochés aux Espagnols furent consignés dans divers mémoires présentés à l'empereur. Voyez de Thou, liv. GXXI.
2. La lettre de l'électeur de Cologne au landgrave de Hesse est datée du 9 déc. 1598.
3. L'électeur de Cologne avait écrit à l'empereur, relativement à ces dévastations, le 12 décembre 1598. Sur la fin de ce mois, l'empereur, dont les instructions du 24 octobre, des 14, 19 et 29 novembre avaient été violées, adressa à l'archiduc Albert de vives remontrances (De Thou, liv. GXXI).
restituer ce qui se pouvoit et grandes menaces contre la continuation. Cette pièce fut suivie de lettres aux Estats généraux.
Tout cela merveilleusement mesprisé, l'assemblée de Goulongne4, de laquelle nous avons parlé, convie les Allemands à s'armer au commencement de l'an 1599 et à se trouver à une autre assemblée, en la ville de Confluence2, au commencement de mars3. L'amirant y envoya un député avec des excuses ridicules, sur la fin sentans les menaces, le mespris de tous ceux qui avoient esté outragez et de ceux qui s'en vouioyent ressentir.
Le cardinal André, qui estoit demeuré gouverneur du Païs-Bas en l'absence de l'archiduc, se voulut aussi justifier par lettres, auxquelles l'évesque de Mayance4 respondit que la restitution des choses passées, comme elle se pouvoit faire, empescheroit plus grand mal à l'avenir. Et puis les Espagnols demandèrent que les Estats quittassent les premiers ce qu'ils occupoyent sur les limites de l'Empire, comme Tholuis et Graven- Werth. De quoi l'assemblée escrivit aux Estats et eurent pour response que tout ce qu'ils avoyent sur l'Empire, et qu'ils n' avoyent occupé que pour l'empescher aux Espagnols, seroit rendu aussitost que les Espagnols quitteroyent ce qu'ils avoyent occupé. Et, comme on les pressa de commencer, ils s'excusèrent
1. La diète de Cologne avait été convoquée pour le mois de janvier 1599.