‹ Histoire universelle (volume 2)Chapitre 295 sur 316 · Odet, dn la Noue, fils de François de la Noue · texte numérisé non relu

Odet, dn la Noue, fils de François de la Noue

ne pouvant faire mieux, bastit le fort nommé Sainct- André, au village de Rossem, à l'endroit où l'isle de Bommel reçoit les deux rivières ; cette place, pantagone et de cinq grands bastions. Si bien que, l'ayant tenue pour imprenable, il dispersa son armée pour hyverner aux garnisons.

L'hyver estant passé, au commencement de l'an 1600, le prince Maurice, ayant nouvelles qu'à faute de payement il y avoit mutinerie entre les troupes ennemies, vint assiéger le fort de Grèvecœur1, au vingtiesme de mars; et trouva que les garnisons de ce fort et de celui de Sainct-André2, après qu'on se fut moqué de leurs plaintes, avoyent chassé leurs capitaines et estoyent tellement mutinez que quatre compagnies walonnes se donnèrent avec le fort. De là le prince, servi de deux cens vaisseaux pour les commoditez de son armée, s'en alla faire autour de Bommel un retranchement d'une estendue incroyable, garni de quatorze forts et de bien autant de ridottes, et fournissant à toutes les avenues, de telle façon que La Burlotte, ayant amené deux mille hommes pour jetter dans le fort Sainct-André, s'en retourna sans pouvoir rien essayer. Et le raport qu'il fit des merveilles de ce retranchement haussa merveilleusement la réputation du prince entre les Espagnols. Les

1. Les forts de Grèvecœur et de Saint- André avaient pour gouverneur Nicolas de Gatrice.

2. Maurice de Nassau parut en vue du fort Saint- André le 26 mars 1600; des traîtres marchands le lui vendirent au prix de vingtcinq mille francs, et Maurice en prit possession le 11 mai de la même année, deux jours après la capitulation de la garnison (Hist. de Varchiduc Albert, p. 199).

grandes crues des eaux mirent d'une part les assiégez à n'avoir logis qu'au rempart et les autres à ne faire guerre qu'à coups de canon jusques au mois de mai, que la sécheresse permit les approches. Là, il y eut quelque parlement1, rompu par un signal que firent ceux de Boisleduc. Mais, la contrescarpe estant percée, deux ponts prests à jetter pour un assaut et le secours que le signal avoit promis ne venant point, ils conclurent leur reddition avec cent vingt-cinq mille florins, et fidélité promise aux Estats tant qu'ils seroyent à leur solde; ce qu'ils observèrent. L'argent conté, la place fut rendue, et y fut trouvé dix-huit pièces de canon et grande quantité de toutes munitions de bouche et de guerre.

Au sortir de ce siège fut le duel de Breauté2, vingtiesme, avec le lieutenant de Grobbendonk3, nommé Lekerbitken, sur des injures et défis envoyez par quelques prisonniers. Estant convenus du jour et de la place, Breauté, ne trouvant point ses gens arrivez, les alla cercher fort près de Boisleduc4; et là les deux chefs, signalez de panaches blancs et rouges, se choisirent devant leur troupe. Breauté tua son ennemi d'abordée et son frère5, qui, ayant dépesché son

i. Des négociations avaient été ouvertes le 4 et le 5 mai 1600 par Huchtenbrock, colonel du régiment d'Utrecht, et Vander Aa, capitaine des gardes du prince Maurice (De Thou, liv. GXXIV).

2. Charles de Breauté, d'une ancienne famille du pays de Caux, en Normandie. Il avait épousé la fille de Nicolas de Harlay de Sancy, qui entra dans un monastère à la mort de son époux. Elle n'avait alors que vingt ans.

3. Antoine Schctz, baron de Grobbendonck et de Wesemale, gouverneur de Bois-lc-Duc et plus tard de Louvain, mort en 1640.

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