La passion de Henri IV pour la princesse do Go&dé
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qui il commença de traiter par Suilli l, dès lors de son ambassade, trois desseins lui furent présentez; le premier par le duc de Savoye, le mareschal d'Esdiguières et Villeroi : c'estoit d'attaquer le Milanois comme la province qui oblige toutes les autres à l'Espagne, et est du tout nécessaire pour se maintenir en Italie ou pour avoir communication en Alemagne et au Pais- Bas ; ce dessein, de tant plus facile par l'assistance de celui qui en avoit donné l'induction et de la main qu'y prestoyent les Vénitiens.
Le second, porté par le prince Maurice, embrassé par le duc de Suilli, estoit d'attaquer la Flandre en joignant les forces des Pais-Bas avec celles des François, en prenant toutes les villes de la Meuse ; chacune des deux armées faisant ses progrez de proche en proche jusqu'à ce qu'elles se fussent rencontrées. Après quoi il faloit faire la mesme chose du costé de la mer; ce qu'estant fait, il faloit que le pays de l'archiduc se rendist à discrétion pour ne pouvoir plus estre secouru de l'Espagne par nul endroit.
Mais, pource que ces deux desseins rencontroyent la jalousie de tous les autres princes chrestiens, qui aiment mieux voir les deux puissances de France et d'Espagne se balancer que si l'une estoit victorieuse absolument, le roi, de ces deux propositions, en fit une troisième pour délivrer de la domination espagnole tous ceux qui gémissent dessous, pour en tirer la seule gloire et nul autre profit apparent. Il résout de donner une armée, commandée par le mareschal
1. Sully fut envoyé en Angleterre en 1603, après la mort d'Elisabeth, pour complimenter Jacques VI, avec une instruction qui est publiée à sa date dans les OEconomies roi/aies.
d'Esdiguières, au duc de Savoye et aux Vénitiens d'accord, et, ayans partagé la peau avant que l'ours fust abbatu, le grand-duc devoit avoir Port-Hercole et Orbitelle. Les Vénitiens repartageoyent, avec le pape et autres princes italiens, le royaume de Naples, et la faction espagnole tiroit ce dernier article en quelque longueur. On choisissoit le duc de Bavière pour le porter à l'Empire, lequel, osté de la maison d'Austriche, venoit avec bons gages en favorables mains.
La France, l'Angleterre et les Pays-Bas devoyent faire trois flottes, chascune de six mille hommes, qui, de six en six mois, devoyent fondre dans les Indes ; et est à noter qu'il ne venoit au roi aucune augmentation en apparence que l'estendue de son règne au mont Senis et aux rivières antienes qui en faisoyent le partage vers la haute et basse Allemagne, quoique pour l'entreprise il deust fournir en quatre ans cinquante millions. Mais il attachoit à soi inséparablement tous ceux qui auroyent eu des plumes de cette despouille, et se rendoit arbitre et chef sur eux, sans tiltres par effect, comme le prattiquoyent les Romains sur leurs alliez.
Tel estoit au commencement le grand dessein1, se
1. Le grand dessein de Henri IV, dont parle d'Aubigné dans son Histoire universelle ainsi que dans le Journal de sa vie, sous la date de 1610, semble avoir été une utopie plutôt qu'un projet sagement mûri. Sully en parle longuement dans ses OEconomies royales (Coll. Petitot, t. VIII, chap. xi et suiv.). Il semble bien que le roi ait eu pour politique d'abaisser la maison d'Autriche et de cantonner en Espagne la monarchie espagnole; mais Sully y ajoute des desseins chimériques, comme la division de L'Europe en puissances et en religions (IVlmIp, force, la création de L'équilibre européen ox d'un conseil arbitral, chargé déjuger tous les litiges entro les puissances de l'Europe. Il semble que d'Âu-
contentant le roi de réduire l'Espagnol aux frontières des Pirénées et de la mer. Mais deux choses firent penser plus avant; l'une l'offre de l'archiduc, conclu en traitté, par lequel il vouloit conférer à ce qu'il ne pouvoit différer, et, par la facilité de son assistance, donnoit moyen au roi de mettre la couronne impériale tout d'un train sur sa teste, sans en faire à deux fois. Et, de mesme temps, quelques riches marchans des costes de Guyenne, ameutez par un vis-amiral du pays, s'offrirent à nourrir l'armée qui conquerroit l'Espagne, rendans à leurs périls et despens les vivres, par toutes les villes et forts maritimes qu'on dresseroit, au prix qu'ils estoyent lors à Paris. Gela faisoit cercher vers la coste de Languedoc des offres de mesme commodité et doubler la doze de la despense pour jetter deux armées en Espagne, de chascune vingt-cinq mille hommes; l'une pour commencer à Sainct-Sébastien et l'autre à Parpignan et1 se
bigné ait connu un mémoire de Sully qui ne figure pas dans les OEconomies royales. Ce mémoire est peut-être celui que M. le marquis de Vogué a inséré dans les Notices et documents publiés par la Soc. de l'hist. de France pour son cinquantenaire, p. 387. Le prétendu grand dessein de Henri IV a été l'objet de nombreuses études. Certains philosophes du xvme siècle en ont fait un plan humanitaire. De nos jours, M. Wolowski a publié une étude sur ce sujet dans les Séances et travaux de l'Académie des sciences morales et politiques, t. LIV, 1860, p. 29. Un historien allemand, M. Théodore Kuekelaus, a publié à Berlin en 1893 : Der Ursprung des Planes vom ewigen Frieden in den Mémoires des Herzogs von Sully, in-8°, 180 p. Enfin M. Charles Pfister a écrit, en 1893 et 1894, dans la Revue historique, une série d'articles sur les OEconomies royales de Sully, où la question du grand dessein de Henri IV est savamment traitée.
1. Le reste de l'alinéa ne se trouve pas dans l'édit. de 1620.
joindre, par les bords de la mer, où les conquestes leur permettoyent1.
Le roi donc, au fourbir de ses armes, donna la crainte où il n'avoit plus l'amitié. Les sages voisins jugèrent où alloit le dessein par le mérite du desseignant, mesuroyent ses pensées à sa puissance et des succès passez, se résolvoyent de contribuer aux victoires qui ne se pouvoyent arrester, dont on escrivit :
A ton resveil, Madril vouloit cacher ses armes; Qui n'y contribuoit estoit armé de larmes; Vienne alloit subir le joug du vertueux, Les anges s ] accueilloyent à si haute entreprise 2, etc.
Le consentement des peuples, qui est bien souvent la voix de Dieu, sembloit promettre sa bénédiction. Les nations avoyent posé leurs haines, vouloyent arracher leurs bornes pour l'amour d'Henri. Les Alemans s'armoyent à la françoise pour combattre de mesme; le prince d'Anhalt, faict leur chef, vouloit se monstrer maistre sous celui qui l'avoit enseigné. Le marquis de Brandbourg espuisoit la noblesse de Pomeranie et les Suisses animoyent les rochers immobiles. Tout cela pour faire un empereur des chrestiens, qui
1. Trois mois avant la mort du roi, d'Aubigné vint à Paris (Journal de ma vie, éd. Lalanne, p. 107) et reçut de la bouche même du roi la confidence du grand dessein de ce prince (Ibid., p. 113).
2. Cette strophe est publiée dans le Discours par stances de d'Aubigné (voy. plus haut, p. 457, note), mais avec les variantes suivantes :
Te voilà réveillé : Madril craignoit tes armes, l'iodmont s'agenouilloit, Rome jettoit des larmes, Vienne t'alloit céder comme au plus vertueux, Les anges s'accueilloient à si haute entreprise, etc.
de ses menaces arresteroit les Turcs, pour réformer l'Italie, dompter l'Espagne, reconquérir l'Europe et faire trembler l'Univers.
Il estoit prest de convertir ces choses en exécution, il avance de toutes les parties, presse de tous costez son dessein, et, pour arrhes de ses victoires, sous tiltre d'une entrée pour la roine, il emplit Paris de théâtres et d'arcs triomphaux, presque veuë l'un de l'autre, surpassans tous ceux qu'on avoit veu, soit en estoffe, soit en élévation. Les despenses prodiguées à telle splendeur ne sentoyent plus ce prince, sur la peau duquel les misères avoyent laissé long temps la crasse de la chicheté, si bien qu'au prix que la parade de ses armes donnoit dans les yeux de l'Europe, Paris et avec lui la France s'esblouyssoyent de tant de thrésors desployez. Mais :
0 faciles dare summa deos eademque tueri Difficiles H .
Ou bien, pour reprendre les stances des louanges que nous avons posées au commencement :
Ma plume ainsi voloit, m'emplumant d'espérance D'animer plus qu'un autre à ses larmes la France, Mieux louer, mieux pleurer que nul autre mon roi. Quand mon esprit de feu, mon docteur à prédire Tourne mes yeux à voir par un grand doigt escrire Mené thecel phares en funeste paroi.
Cette main, qui orna ta perruque de gloire, Mit le sang à tes pieds, sur le front la victoire, La grâce dans tes yeux, sur ta langue le miel; Lassé de ces douceurs, desploya ses puissances,
1. 0 Dieux [qui vous montrez] faciles à donner des honneurs et difficiles à les défendre (Lucain, Pharsale, chap. i, vers 510).
Ferma l'huis aux bienfaits pour l'ouvrir aux vengeances, Fouilla, non le thrésor, mais l'arsenal du ciel.
La main large de Dieu, qui, par cinquante années, En déluge versa tant de grâces données, Du berceau condamné l'injuste mort chassa, Qui de ses doigts porta les landons de l'enfance, Un bouclier au massacre, aux prisons délivrance, La victoire aux combats, à la fin se lassa*. Car, le vendredi quatorziesme de mai, l'an mil six cents dix, le roi, troublé de quelques devinations qui le menaçoyent de mort en ce jour-là, prié par ses plus proches de le vouloir passer à l'ombre, après s'estre jette par trois fois sur un lict, pour y chercher, sans trouver, le repos, avoir prié Dieu extraordmairement, entra dans son carrosse, relevé de tout costez, pour voir à son aise l'apparat et magnificence, accompagné des ducs d'Espernon2, de Monbason3, mareschal de Laverdin4, La Force5 et autres. Ayans trouvé un embarras de charettes à la rue de la Ferronerie6, et ses va-de-pieds, horsmis deux, ayant pris par lecloistre de Saint-Innocent, François Ravaillac7, d' Angoumois, met-
1. Ces trois strophes sont les cinquième, sixième et septième de la pièce de d'Aubigné citée plus haut, p. 457.
2 Jean-Louis de Nogaret et de la Valette, duc d'Epernon.
3 Hercule de Rohan, fils de Louis de Rohan et de Léonore de Rohan, né le 27 août 1568, mort le 16 octobre 1654.
4 Jean de Beaumanoir, s. de Lavardin.
5 Jacques Nompar de Gaumont, marquis, puis duc de la Force. 6. La rue de la Ferronnerie était le commencement actuel de
la rue Saint-Honoré.
7 François Ravaillac, né à Angoulême en 1578, successivement clerc et valet de chambre d'un conseiller au parlement, solliciteur de procès, maître d'école, frère convers chez les Feuillants, monomane exalté, avait conçu, sans avoir de complice, le dessein d'assassiner le roi.
tant le pied sur le rayon d'une roué de derrière, pour avancer son corps dans le carrosse, trouva le roi panché vers la portière droite, lui donna trois coups, les deux derniers portans au cœur, d'un cousteau à manche de poignard, sur lequel y avoit un caractère gravé. Le meurtrier levoit la main pour le quatriesme coup quand il fut arresté et pris par le va-de-pied. Le roi, n'ayant monstre aucune respiration de vie, fut couvert d'un manteau, et, ayant ensanglanté toute la rue de Sainct-Honoré, fut porté au Louvre, sur le lict qui n'aguères lui avoit refusé le repos1.
Je n'ai plus d'haleine pour suivre aucun article des succès de cette mort ; la plume me tombe des mains, et, au lieu d'esmouvoir les cœurs, non seulement des François, mais de tous ceux qui favorisent la vertu de leurs vœux et la pleurent, esteinte de leurs yeux, je laisse parler mieux que moi Anne de Rohan, princesse de Léon2, et de tous ceux qui escrivent bien en ce temps, de laquelle l'esprit, trié entre les délices du ciel, escrit ainsi :
Quoi? faut-il que Henri, ce redouté monarque. Ce dompteur des humains, soit dompté par la Parque? Que Vœil qui vid sa gloire ores voye sa fin ?
i. Assassinat de Henri IV, 14 niai 1610. Ravaillac, arrêté sur place, fut condamné à mort et supplicié le 27 mai. Partie de son procès a été publiée dans le t. VI des Mémoires de Gondê. La procédure tout entière a été publiée pour la première fois en 1858 par M. Deschamps.
2. Anne de Rohan, princesse de Léon, née en 1584, morte sans alliance à Paris le 20 sept. 1646. Elle a laissé quelques poésies, notamment Stances de Mademoiselle Anne de Rohan sur la mort du roi, Paris, Chevalier, 1610, in-8°. C'est une pièce de cent cinquante vers, dont d'Aubigné cite une partie.
Que le nostrepour lui incessamment dégoutte? Et que si peu de terre enferme dans son sein Celui qui méritoit de la posséder toute ?
Quoi? faut-il qu'à jamais nos joyes soyent esteintes? Que nos chants et nos ris soyent convertis en plaintes ? Qu'au lieu de nostre roi le deuil règne en ces lieux? Que la douleur nous poigne et le regret nous serre? Que sans fin nos souspirs montent dedans les deux? Que sans espoir nos pleurs descendent sur la terre ?
Il le faut, on le doit. Et que pouvons-nous rendre Que des pleurs assidus, à cette auguste cendre ? Arrousons à jamais son marbre triste blanc. Non, non, plustost quittons ces inutiles armes ! Mais puisqu'il fut pour nous prodigue de son sang. Serions-nous bien pour lui avares de nos larmes ?
Quand bien nos yeux seroyent convertis en fontaines, Ils ne sauroyent noyer la moindre de nos peines. On espanche des pleurs pour un simple meschef. Un devoir trop commun bien souvent peu s'estime. Il faut doncques mourir aux pieds de nostre chef. Son tombeau soit V autel et nos corps la victime.
Mais qui pourroit mourir? Les Parques filandières Desdaignent de toucher à nos moites paupières, Ayans fermé les yeux du prince des guerriers. Atropos de sa proye est par trop glorieuse; Elle peut bien changer ses cyprès en lauriers, Puisque de ce vainqueur elle est victorieuse.
Puisqu'il nous faut encor et souspirer et vivre, Puisque la Parque fuit ceux qui la veulent suivre, Vivons donc en plaignant nostre rigoureux sort, Nostre bonheur perdu, nostre joye ravie; Lamentons, souspirons, et jusques à la mort Tesmoignons qu'en vivant nous pleurons nostre vie.
Plaignons, pleurons sans fin cet esprit admirable, Ce jugement parfait, cef humeur agréable,
Cet hercule sans pair aussi bien que sans peur, Tant de perfections qu'en louant on souspire, Qui pouvoyent asservir te monde à sa valeur, Si sa rare équité n'eusl borné son Empire.
Regrettons, souspirons cette sage prudence, Cette extrême bonté, cette rare vaillance, Ce cœur qui se pouvoit fleschir et non dompter. Vertus de qui la perte est à nous tant amère Et que je puis plustost admirer que chanter, Puisqu'à ce grand Achille il faudroit un Homère.
Mais, parmi ces vertus par mes vers publiées, Lairrons-nous sa clémence au rang des oubliées, Qui seulement avoit le pardon pour object ? Pardon qui rarement au cœur des rois se treuve. En parle V ennemi, non le loyal subjecl ; En face le récit qui en a fait Vespreuve.
Pourroit-on bien conter le nombre de ses gloires? Pourroit-on bien nombrer ses insignes victoires? Non, d'un si grand discours le dessein est trop haut. On doit louer sans fin ce qu'on ne peut escrire. H faut humble se taire ou parler comme il faut. Et celui ne dit rien qui ne peut assez dire.
Ce Mars, dont les vertus furent jadis sans nombre Et que nul n'esgaloit, est esgal à uri ombre. Le fort a ressenti d'Atropos les efforts, Le vainqueur est gisant dessous la froide lame ; Et le fer infernal qui lui perça le corps Fait qu'une aspre douleur nous perce à jamais l'âme.
Jadis pour ses beaux faits nous eslevions nos testes, Vombre de ses lauriers nous gardoit des tempestes, La fin de ses combats finissoit nostre effroi. Nous nous prisions tous seuls, nous mesprisions les autres, Estant plus glorieux d'estre subjects du roi Que si les autres rois eussent esté les nostres.
Maintenant nostre gloire est à jamais ternie,
Maintenant nostre joye est pour jamais finie; Les lys sont atterrez et nous avecques eux. Dafné baisse, chétifve, en terre son visage, Et semble par ce geste, humble autant que piteux, Ou couronner sa tombe ou bien lui faire hommage.
Je me contenterai de cet eschantillon pour vous faire envie de ce qui suit et venir aux accidents inespérez, aux attentes brisées, aux grands desseins évanouis, qui faisoyent parler les choses et jetter par la France des amertumes qui n'ont point de vocables suffisans. Les tragédies observent deux propriétez, qui se tiennent bien la main ; c'est que non seulement elles ont des issues lugubres et sanglantes, mais aussi ontelles des personnages ausquels il eschet de ne finir point à la mode des moindres et de la médiocrité. En vain eusse-je donc souhaité une catastrophe comique en traitant des dieux de la terre.
Or, voici la conclusion, non seulement de mon Histoire, mais de toutes celles qui ont esté escrites et s'escriront jamais, ou soit par les desseins des autheurs, ou soit par le droit d'amirauté, que le dieu des armées fait poser sur l'autel de l'honneur; c'est que les succès envoyent par force les yeux et les esprits de la terre ténébreuse au ciel luisant, des splendeurs qui passent aux éternelles, des royaumes caduques au permanent et enfin de ce qui paroist estre vivre et régner, à ce qui seul est, vit et règne véritablement.
Je n'ai plus qu'à laisser quatre vers pour le renom d'un roi sans pareil ; que , si la défaveur de leur autheur les fait refuser au tombeau de Sainct-Denis, ils ne le feront pas en celui qui est posé et sacré dans
le marbre permanent, qui est l'éternelle mémoire de la postérité.
Henri le Grand, si grand que la paix ni la guerre Ne lui ont fait souffrir maistres ni compagnons, Trouve repos au ciel, qu'il n'eut point en la terre. Guerrier sans peur, vainqueur sans fiel, roi sans mignons*.
Comme ce peintre grec2 qui se cacha derrière son tableau pour aprendre de ses nouvelles par toutes sortes de bouches et d'esprits, ainsi, à l'ombre de mon Histoire, qui n'est qu'un tableau, je désire d'entendre les répréhensions des uns et les plaintes des autres, faire mon profit de tout, sans renvoyer le cordonnier à sa pantoufle. Aux premiers je tiendrai compagnie; aux juges de mes défauts, les corrigerai avec eux, comme je les sen avec eux, sans autre excuse que la difficulté de mettre en ordre des choses tant désordonnées, le manquement et diversité des mémoires, souvent arrivez après les premières parties imprimées. Tout cela, en un mot, me condamne à la seconde main.
Quant aux plaintifs et ceux qui disent que j'ai oublié beaucoup de choses, ils verront que c'est d'eux qu'ils se doivent plaindre et qu'eux mesmes ont oublié ce que je ne savoi pas, après avoir esté sollicités par voyes honnorables et publiques depuis quatorze ans. Je serai bien aise qu'une injuste colère les pousse à un juste sentiment et au remède qui est en eux, car, pour le certain, de ceux qui m'auront envoyé des mémoires je n'aurai aucuns complaignans. Il n'y a
1. Cette épitaphe n'est pas reproduite dans le recueil de poésies de d'Aubigné, publié chez Lemerre.