Charles de Lorraine, duc d'Elbeuf
Risse1 et les compagnies de chevaux-légers du roi et du duc de Vandosme ; tout cela faisant cinq cents. A l'ombre de ceux-là les fuyars s'estans ralliez, l'armée ennemie, qui avoit fait les fautes précédentes pour avoir jugé la royale estre arrivée, fit encores celle de se retirer, mettant sa cavallerie à l'ombre des bataillons. Et, en cette façon, le roi la suivit jusques au-dessous de Gré2; où le lendemain repassa les ponts qu'elle avoit fait, ayant perdu, aux charges que nous avons dites, quelques trente morts et non plus3, du costé du roi quatre seulement; ce qui ne sera pas trop estrange à ceux qui savent comment les meurtres ne se font pas au choc, mais aux suites. Le roi n'eut que la cuirassine pour armes à ces combats. Entre ceux qui, à son gré, se signalèrent en cet affaire, nous ne lui avons ouy surestimer que le duc de la Trimouille et celui d'Elbœuf, qui se joignit à l'autre pour abbatre la rosée devant le roi. Quant aux seigneurs et gentilshommes de marque qui fuirent, j'aime mieux
1. Louis de l'Hôpital, baron de Vitry ; Henri Hurault, comte de Ghiverny; Georges de Brancas, chevalier de Malte, dit le chevalier d'Oise, frère puîné de l'amiral de Villars; Créquy, s. de Rissey.
2. Velasco, informé par les prisonniers de la présence du roi à Fontaine-Française, ordonna aussitôt de battre en retraite et de gagner la ville de Gray, malgré les instances du duc de Mayenne, qui aurait voulu renforcer la garnison de Dijon. Le gouverneur du Milanais s'opposa à l'entrée des ligueurs, ses alliés, dans la ville de Gray, en sorte que les blessés durent implorer le secours des royalistes. On a vu quelle fut, à cette occasion, la conduite du roi à l'égard de Yillars-Houdan (De Thou, liv. GXII).
3. Cette charge avait été commandée par le capitaine milanais Jean-Baptiste Sannon, qui périt lui-même dans la mêlée.
payer pour eux du rude fardeau qu'ils cuidoyent avoir sur les bras et des preuves de courage qu'ils avoyent rendues en d'autres occasions, et mesmes à la dernière charge, que d'arborer leurs noms au contraire, comme plusieurs ont fait, en donnant leurs plumes à la faveur1.
Le roi, pour monstrer que la campagne estoit à lui, entre en la Franche -Comté, prend Aspremont2 et quelques autres bicoques. Ceux du pais, ruinez par ce ravage de l'armée et surtout par les grandes troupes de vaches, que menoyent les courtisans mesmes et personnes de grande marque, eurent recours aux Suisses ; qui n'eurent pas plustost envoyé remonstrer la neutralité et protection que les Bernois devoyent aux Contois, que le roi fut bien content de venir, au commencement de septembre, faire son entrée à Lion, où nulle magnificence ne fut oubliée. Là, il mit ordre aux affaires de Dauphiné, Provence et Languedoc, qui estoyent en Testât que vous verrez en leur lieu. Ceux3 du chasteau de Dijon4, ayans sceu la retraite des forces espagnolles, firent leur capitulation tant honneste qu'ils la voulurent.
1. Bataille de Fontaine-Française. Victoire de Henri IV sur les Espagnols, 3 juin 1595. Le roi avait échappé à un grand danger; il écrivit à Catherine, sa sœur : « Peu s'en est falu que vous « n'ayez été mon héritière. »