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Chapitre XVII

Surprise d'Amiens et commencement du siège.

On estoit à Rouen, sur la fin des petits Estats, et à en faire valoir les résolutions, comme aussi au traité

1. Les Mémoires de la Ligue (t. VI, p. 498) contiennent une pièce relative à ce fait d'armes.

de paix, quand le roi eut la nouvelle1 que l'Espagnol avoit emporté Amiens, de la façon que vous entendrez.

Hernan Teillo de Porto-Garreiro2, duquel vous avez veu ie nom à la guerre de Grenade3, estant souvent dans Amiens, quand la ville estoit de la Ligue, et voyant qu'elle y alloit perdre son crédit, s'estoit employé à la bien reconnoistre , à y faire quelques amis des plus bigots qu'il put choisir, comme le Majeur. Depuis, y faisant plusieurs voyages, habillé en diverses manières de religieux, des ecclésiastiques, et de ses yeux apprenant tous les jours Testât de la ville et surtout des gardes, fait son dessein4; met ensemble quatre mil hommes de pied et cinq cents chevaux. Avec cela , il prend logis à six lieues d'Amiens, qui estoit où les troupes espagnoles pouvoyent s'approcher sans alarmer la ville. De là, il part au soir, arrive à un quart de lieue de la porte de Montrescu au poinct du jour, qui estoit l'onziesme de

1. Henri IV reçut la nouvelle de la prise d'Amiens à son retour de Rouen. Il se rendit aussitôt à Gorbie en passant par Beauvais et Montdidier et donna immédiatement ses ordres pour rassembler des troupes (De Thou, liv. CXVIII). Les Mémoires de la Ligue contiennent (t. VI, p. 87) une relation du temps, datée du 11 mars 1597, de la prise d'Amiens par les Espagnols.

2. Dom Ferdinand Tello de Porto -Garrero, gouverneur de Dourlans. Les Mémoires de la Ligue (t. VI, p. 503 et 505) contiennent plusieurs pièces, émanées de ce capitaine, dans lesquelles il se qualifie de commandant d'Amiens.

3. La guerre de Grenade eut lieu en 1570. Voyez le tome III, p. 226.

I. D'après de Thou, l'idée de cette entreprise reviendrait à un certain Dumoulin, habitant d'Amiens, qui, pour inconduite, avait été chassé de la ville (De Thou, liv. CXVIII).

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mars; là garnit tous les chemins et sentiers de vedettes et sentinelles, si curieusement qu'il ne put passer aucun de ceux qui avoyent accoustumé d'attendre la porte à ouvrir pour le marché. En leur place, il fait arriver quelque trentaine de soldats, qu'il avoit fait desguiser en paysans, quelques-uns en femmes, et menoyent avec eux des charges de fruicts et après une charrette, qui, entr'autre chose, portoit un sac de noix descousu ; cette charrette-là suivie de deux autres, accommodées comme vous verrez. Gela estant arrivé, cinq cents hommes1 choisis demeurèrent à une mousquetade des premiers, cachez de quelques hayes.

La porte ouverte, cet équipage marche avec des hotteurs, qui portoyent des noix. Quelqu'un verse dans le corps de garde. Ceux d'Amiens se jettent aux noix et aux pommes en se mocquans des versez. Sept ou huict des plus officieux paysans, en leur reprochant leur larcin, se serrent pour relever la charrette, et tout à coup les uns tuent les amasseurs de noix, les autres saississent les armes. Ceux de la garde qui eschappent s'enfuyent dans la ville. La deuxiesme et troisiesme charrette estoyent menées de façon qu'il en demeuroit une sous le rasteau, à point nommé. Celui qui estoit sur le portail fait jouer ce rasteau, qui estoit fait à pilotis ou à orgues, si bien que, les costez fermez, les premiers exécuteurs passèrent entre les quatre roues; et ainsi faisoyent place au reste des Espagnols, desquels les cinq cents accoururent sur le

4. Il n'est question dans de Thou que de 200 arquebusiers, commandés par Dom Fernand de Deza et Inigo d'Otalora, envoyés par le sergent François de l'Arco et le capitaine La Croix (De Thou, liv. CX VIII). °

signal. Et après que les premiers eurent gagné la tour, tué la sentinelle et relevé le rasteau, quelques gens de cheval, qui arrivèrent les premiers, mirent pied à terre, et habilement mettent deux de leurs charrettes debout, les poussent dans la rue pour s'en avantager, s'ils eussent trouvé grand combat. Mais l'effroi porté par les fuyars leur servant plus que les charrettes, ils les quittent là pour gagner la tour du befroi et la maison de ville, où il n'y avoit point de vedette, par l'intelligence du Majeur; se mettent en bataille aux deux places, tout cela à l'heure du sermon et au feu des moines.

Le comte de Sainct-Paul1, qui estoit lors dedans, n'eut loisir que de se lever et passer l'eau. Quelques gentilshommes se sont vantez d'avoir voulu r'allier pour combattre, mais nous leur avons ouy jetter et partager la honte les uns sur les autres, avec tant d'incertitude, que le desplaisir leur en demeura en gros, le dommage à la France et l'effroi à la Picardie et mesmes à Paris2.

Entre les dommages qu'aporta cette place prise, il arriva que les restes de la Ligue et sur tous le duc de Mercœur3 en prit occasion de discontinuer les traitez commencez.

Au bruit de la prise, la garnison de Corbie se mit promptement aux champs, sur le raport que ceux d'Amiens débatoyent leurs rues, espérans joindre sept

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