Léon d'Albert, seigneur de Brantes, marié à Marguerite
après la cavalerie légère du Roi. Les ducs de Chevreuse et de Vendosme1 et le chevalier son frère a voient charge de pousser une foule d'infanterie à la suite de cela. Le duc de Montmorency, les marquis de Portes et de Villeroi2 promettent de forcer le Paillas.
A Villebourhon, il y a une mine preste, à laquelle doivent donner comme enfans perdus soixante hommes du régimen de Bajaumont venus de nouveau, et une autre trouppe du mesme régimen pour se jetter dans la poussière.
Une autre mine doit ouvrir le rempar de la grand 'corne et le régimen des Gardes ha son partage là. Mais l'attaque de laquelle on espéroitle plus estoit au Moustier et celle-là à l'honneur particulier du Gonestable, qui se servit de ce Père Jésus-Marie et de forces pieuses qu'ils appeloient de dévotion pour faire merveilles de ce costé. A l'ouye d'un coup de canon qui enfila la rivière, le régimen des Gardes fit jouer sa mine, qui fit dedans la corne une ouverture de dix pas. La sentinelle qui avoit l'œil sur le premier feu de la trainée se jette au corps de garde. Le capitaine France, qui y commandoit et avoit pris ses mesures, pratiqua ce que nous avons dit ailleurs pour les mines, que le premier logé dans la poussière l'emporte. Il fut donc habile à prendre le partage que la poudre fit. Et fut bien tost secouru des gardes du comte d'Orval et du baron d'Islemade; de l'autre parti se présentèrent souvent à la bresche
Charlotte de Montmorency- Luxembourg, créé duc de Piney- Luxembourg le 10 juillet 1620. Il mourut en 1630.
1. César, duc de Vendôme (1594-1665), fils naturel de Henri IV et de Gabrielle d'Estrées, légitimé en 1595.
2. Nicolas de Neufville (1598-1685), marquis, puis duc de Yilleroy, petit-fils du ministre de Henri IV7.
les meilleurs, mais peu, car le commun des soldats, rebuté de tant de meurtres, crioit qu'on les envoioit à la mort1.
Geste première occasion estant perdue, après quinze ou seize canonades à la plus haute pointe de la corne, dans le fracas de la barricade qui y estoit, les assaillans se logent, les autres quittent. Le capitaine Freschet et le sergent des gardes du comte y furent tués, et ceux-là arrestèrent ceux qui eussent passé plus outre. Des attaquans moururent le comte de Mieulan2, nouveau maistre de camp, les enfans du Bordet et quantité d'hommes choisis.
A Villebourbon, le mareschal de Themines fit jouer une mine, qui fit trois grandes toises de bresche au bastion qui avoit esté entamé le dimanche au paravant. Bajaumont, qui avoit la pointe, perdit les pius eschauffez des siens, quelques-uns enterrez par la mine; quelques volontaires d'après furent receus si rudement que la troisième troupe demeura du ventre dans les aproches. Le mareschal y venoit redonner, Caissac et Perdigal l 'arrestèrent, et s'y perdirent.
Devers le Paillas, qui estoit la bresche la plus facile pour ceux de dehors et la plus redoutée aux autres, avant donner on fit reconoistre Rinville, duquel le raport arresta ceux qui dévoient y donner, et de quoi on pratiqua un commandement du Roi, qui n'estoit pas loin : qu'on voulut par force planter quelque barricade sur la ruine, mais elle n'y dura pas longuement.
1. L1 Histoire particulière..., p. 145, rapporte leurs murmures.
2. Jean-François Mitte de Miolans, baron d'Auge, en Dauphiné.
Le duc de Montmorency voulut prendre ceste occasion pour taster le passage de Tescou et prendre un logis au delà. Mais la perte qu'il fit au commencement arresta son dessein. En toutes ces attaques moururent du dehors plus de deux cens hommes, du dedans quelque trente et, sur tous, fut regretté Charnier, qui, ayant dit à ses amis, le jour au paravent, qu'il lui faloit mourir d'un coup de canon (comme il arriva), ala prèscher sur la promesse donnée à Jérusalem assiégée par Rabsaké1 et acheva par ces mots répétez trois fois : « Non, non, ils n'y entreront pas; ils s'en retourneront par le chemin qu'ils sont venus ».
Le lendemain, au point du jour, se jettèrent dans la ville soixante-dix soldats désarmez, de ceux du secours qui s'estoient relaissez de Saint-Antonin. Ceux du Tescou firent avance à la rencontre des deux fossez, quand un soldat, qui en mourut, y porta le feu, et n'y eut ren de ce costé-là pour ce jour qu'une feinte de donner, sur laquelle le canon emporta quelques-uns de la ville. Et ceux de Villebourbon, rendans une autre ruse, chargèrent de nuit un cheval, qu'ils mettoient hors la ville par nécessité, de mesches attachées avec des gloubes, qui donna grande alarme aux tranchées.
1. Cf. Rois, IV, 19 : « Non ingredietur urbem hanc, nec mittet in eam sagittam, nec occupabit eain clvpeus, nec circumdabit eam munitio. Per viam qua venit, revertetur et civitatem hanc non ingredietur. » Cf. Histoire particulière..., p. 149 : « On remarque encores qu'en sa prédication du jour précédent, sur le 34 v. du 37 d'Esaye, il appliqua à Montauban la promesse de délivrance que fit le Prophète de la part de Dieu à Jérusalem assiégée par Rabsaké, général de l'armée de Sénachérib, répétant avec grande véhémence ces mots : Non, non, ils n'y entreront pas, ils s'en retourneront par le chemin qu'ils sont venus. »
Deux jours après, le travail du Tescou estant poussé jusques au nouveau fossé, ceux du dedans les chassèrent, mais à leur perte ; car, aians esté malmenez à coups de canon, pointé pour cela, il falut y faire place aux autres qui s'y logèrent dans une heure. Les assiégez en voulurent avoir raison par une mine, les autres par une autre voulurent ouvrir le fossé : pas une des deux ne fît son effect. Aussi mal à propos fut appliqué un pétard, le 25 d'octobre, pour avoir pris à l'endroit du ferme, et encores, le feu estant mis à la galerie, les assiégez ne purent s'y loger, pour le canon qui y estoit paré.
Quelques jours se passèrent à un nouvel ordre dans la ville à faire des proconsuls1, habiller les soldats, etc. Et, des causeries qui se faisoient à la tranchée, on vint à quelque traité d'un passeport pour aller vers le duc de Rohan : ce qui pour l'heure demeura indécis entre Landeresse2 et Marcillac3.
Cependant, le duc de Ghevreuse fait voir avec le jour une ouverture au fossé neuf du Paillas et une galerie qui le traverse et va baiser le bastion, avec une petite attaque sur le soir. Comme telles aproches avoient toujours esté cause de faire résoudre aux grandes sorties, ceste-ci, comme estant l'endroit par lequel Mon-
1. « Cinq proconsuls, le conseiller Constans Vieux, Burgade, Roquez, Périll et Restes » (Histoire particulière..., p. 153).
2. Lendresse, gentilhomme béarnais, qui avait été arrêté par les royalistes au moment où il venait se jeter dans Montauban, joua le rôle de négociateur pendant tout le siège. Voir les Mémoires de CastelnaUy t. IV, p. 210.
3. D'après les Mémoires de Castelnau, t. IV, p. 296, le sieur de Marsillac était l'un des entremetteurs et messagers officieux de l'armée royale.
tauban a couru le plus de risque, fit conclurre qu'on prendrait six soldats de chacune des quarante-cinq compagnies et que tout s'exécuteroit par la direction d'Amet, filz de La Force1, comme estant la sortie de Finvention du père.
Reines doit marcher à la teste de cinquante soldats et prendre un tour, le plus grand qu'il pourroit, pour se jetter dans quelque tranchée plus esloignée et moins garnie. Saint-Sébastien, Tesque et Bourguet le doivent suivre et soutenir avec chacun vingt hommes ; Boutaric2 avec cinquante doit, à l'ombre de cela, forcer la ridotte qui avoit esté gagnée le %0 de septembre. Le Roi, avec autant, le doit soutenir. Amet, assisté de Saint-Orse et de quatre-vingts volontaires, doit faire halte hors de la contrescarpe, entre Reines et Boutaric, pour le premier besoin; Salze s'aider d'une mine toute preste, qui doit jouer dans la chaleur de l'alarme, pour entreprendre sur la barricade qui approchoit le Paillas, et, s'il se peut, chasser les assiégea ns de la galerie et du corps de garde à la descente de Tescou.
Demie-heure avant jour, Reines et le jeune Moncaud, qui de gayeté de cœur se joingnoit à lui, marchent à leur besongne. Montelon, sortant des tranchées, crie aux armes, et avoit raison, car le régimen de Picardie fut enfoncé si brusquement, que trois corps de garde desfaits et grande quantité d'hommes tuez en dormant, le reste s'achevoit, sans un capitaine, duquel je voudrois
1. Pierre de Caumont, baron d'Eymet, était le cinquième fils du maréchal de la Force. Voir, sur cet épisode, les Mémoires du marquis de Castelnau, t. IV, p. 277-278.
2. Boutaric, « très brave jeune homme de la ville, qui avoit été chef des enfants perdus à toutes les sorties », dit Gastelnau [Mémoires, t. IV, p. 282).
scavoir le nom, lequel, aiant ralié cinquante piques et peu de mousquets dans une ridotte, arresta ces mauvais garçons.
Boutaric, aiant fait brusler l'émorche par un sergent et neuf mousquetaires, donne à la demi-lune; Saint- Quentin, qui la défendoit opiniastrement, est tué d'un coup de pique dans l'œil. Amet s'employa là. Le régimen de Navarre prend l'effroi jusques au moulin de l'Abadie. Toutes les tranchées et gabionades demeurent abandonnées, les femmes courent y mettre le feu, une fille, nommée Marthe de Camus1, monte sur le canon pour l'enclouer.
Quant à Salze, sa mine ne fit aucun effet, et là fut bien attaqué, mieux défendu. Les assiégez se firent tuer les uns sur les autres pour emporter la galerie. L'aisné Pérille ralie et s'y fait tuer; son père et son frère se précipitent, résolus, comme il avint, de s'unir à la mort, et vit-on le père baiser le filz en mourant2. Le reste de la sortie fut heureux aux assiégez, qui se retirèrent à la veue du soleil et de l'armée raliée, aians fait des tranchées demie-heure à leur plaisir.
Je ne veux ennuyer mon lecteur, ni moi aussi, de vaines paroles qui se passèrent entre le duc de Chaune3 et les principaux chefs de la ville. Je dirai seulement que cela servit à avoir un passeport pour envoier au duc de Rohan et à rendre suspecte la fermeté des chefs et sur tout du comte d'Orval, qui, aiant tasté le vouloir
1. Le nom de cette héroïne n'est pas donné par Y Histoire particulière..., qui relate son exploit, p. 158.