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Chapitre XX

Reproches mutuels du lèvement du siège et quelques affaires de la Cour,

Ce ne fut pas sans grands reproches entre les auteurs du siège qu'il fut ainsi abandonné sans délibération au Conseil, avec perte de quinze à seize mille hommes, de vingt-cinq mille coups de canon, d'une infinie quantité de poudre, à cause des embrasements, et, qui estoit le plus à regretter, d'une longue liste de gens de bonne maison qui firent enchérir la sarge noire et effrayer les grands chemins de deuils et de corps qu'on emportait. Et encor ces corps furent cause d'une espèce de massacre à Paris2, où, entre quelque nombre

1. Voici, d'après le Mercure francois, t. VII, p. 883, pour quelles raisons le roi abandonna le siège de Montauban : « La nouvelle receue de la continuation des actes d'hostilité en Dauphiné par le sieur de Montbrun, où la présence du mareschal d'Esdiguieres estoit du tout requise, pour le refus de la Province, jointe à l'importante nécessité de reprendre Monheur, qui troubloit toute la Garonne et la Guyenne; et les pluyes continuelles avec le desborderaent du Tarn... »

2. L'émeute du 26 septembre, au cours de laquelle le temple de Charenton fut brûlé, les Réformés molestés et trois d'entre eux tués. Voir plusieurs relations de cette journée dans Pan-

qui en patit, fut trainée nue la demoiselle de..., battue long temps de coups de baston pour lui faire invoquer autre nom que Jésus, en fin tuée de ces lentes battures 1 , et sa fille de chambre, massacrée sur elle pour avoir plaind celle qui lui donna du pain. On dit que l'esmotion commencea par un frère de la Frette2 qui estudioit à la Sorbonne.

La maladie de l'armée, qui, depuis, en fit mourir trois fois plus que le siège mesme, et notamment à Tolose, tourna toute l'envie du fait sur le Conestable, et lui de se défendre par lettres et apologies publiques, rendant pour cause du lèvement du siège : 1° la grand'ruine de gentilshommes faicte par les violences du duc du Maine, sur laquelle les assiégez s'affermirent et les autres perdirent coeur ; %° la maladie du duc de Monmorenci, par laquelle ceux du bas Languedoc quittèrent le jeu sans conjé, aussi bien que les Toulousans3; 3° la maladie de l'armée4, de laquelle (disoit le Conestable)

nier, l'Église réformée de Paris sous Louis XIII (Paris, 1922), chap. xvii et xvm.

1. « Une femme qu'ils traisnèrent morte par les rues, parce que, lui ayant voullu faire adorer l'image de la sainte Vierge, elle avoit dit que c'estoit une guimbarde » (lettre de Marbault à Duplessis-Mornay, citée par Pannier, p. 633).

2. Florent Renard, seigneur de la Frette, était un secrétaire de Lesdiguières, devenu trésorier général de Savoie et de Bresse, puis premier président de la Chambre des comptes en Dauphiné.

3. « Ledit duc de Montmorency devenu malade à l'extrémité, tous ses régiments abandonnèrent le quartier et s'en allèrent » (Mercure françois, t. VII, p. 883).

4. Le pourpre, peste pétéchiale, forme de la peste hémorragique. Voir dans le Journal d'un prébendier . . . d'Agen, p. 407, une description du fléau.

(( nul n'a esté exempt que le roi et moi » ; 4° mais, surtout, il chargea sur la fripperie du duc d'Angoulesme pour avoir laissé passer le secours.

Gela nous oblige à vous déduire les occupations de ce duc après avoir dit qu'il remontroit que ceux qui avoient levé le siège de Montauban , où ils avoient engagé l'honneur et la personne du Roi, ne se pou voient excuser ni sur le manquement d'hommes, puisque toute la France y contribuoit et que tous les quartiers estoient sans cesse refraîchis, ni sur le temps, duquel la sérénité avoit esté incomparable, ni sur aucun défaut de commodité à l'armée, qui avoit pour ses deux mamelles Tolose et Bourdeaux et tant de grandes villes riches et animées à contribuer; que l'armée pouvoit aussi bien demeurer là que les imaginaires blocus qu'on y avoit desseigné, car il n'y avoit aucun cléfaut que les deniers des finances, détournez et ravis à millions, comme on fera paroître en son temps.

Quant au passage du secours, ce prince disoit deux raisons puissantes : la première, que le Conestable pour empescher l'entrée de la ville n'avoit à respondre que d'une demie-lieue de tour, et lui, qui en estoit à dix, avoit trente lieues à garder, s'il en eut eu la charge, ce qu'il n'avoit point, mais seulement de s'opposer aux armées, comme il fit à bonnes enseignes; et c'est la seconde de ses raisons pour laquelle il oppose ses combats aux paroles de ceux qui s'excusent sur lui. Ce sera d'eux que nous rendrons conte au chapitre suivant, voulans, puisque nous sommes en quelque intervalle de la guerre, donner le reste de cestui-ci au mesnage de la Cour.

De ce roole doit estre la magnifique entrée du Roi à

Tolose, excellente et en despense et en inventions1 ; et, pouree que ce n'est pas ma coutume de charger mon papier des parties de l'Argenterie, je me contenterai de dire que, parmi les fictions poétiques, il y eut du satyrique en beaucoup de façons et sur tout aux despens du Gonnestable, lequel, en la comédie des Escholiers, fut représenté portant pour espée un fourreau de damas rempli de foin, cela avec plusieurs sarcasmes sur le dessein de la guerre pour se faire voir connestable et sur les mauvaises exécutions pour le faire voir mal establi.

Les gens de la faveur prirent ces hontes fort aigrement, en attribuèrent le premier mouvement aux Jésuites et particulièrement à Arnoux, et cela fut la véritable cause pour laquelle il fut chassé, mais sous des prétextes mieux séants. En sa place succéda le Jésuite Segueiran2.

Dez le commencement de ceste guerre fut publié un édit par toute la France pour défense à toutes personnes de non changer d'habitation dans le royaume, ni en sortir sans déclarer en justices les lieux et la cause du changement. Cet édit fut suivi d'une déclaration en ces termes...

Geste déclaration fut présentée par ordre en toutes les parts du roiaume, pour en tirer ce profit de rendre

1. Le Mercure (rancois consacre plus de trente pages à la description de cette entrée de Louis XIII à Toulouse, d'après la relation du sieur de la Boissière, « autteur des belles devises qui s'y virent aux sept arcs triumphaux dédiez aux sept astres du ciel, comme s'ils fussent descendus çà bas en terre pour accueillir Sa Majesté et pour l'honorer en ceste entrée ».

2. Le P. Gaspard de Séguiran, jésuite, remplaça le P. Arnoux comme confesseur du roi en novembre 1621.

les plus fermes confîscables et criminels et les plus lasches perfides à jeu découvert, pour ce que par elle ils renonçoient en termes conceus au serment solennel preste auparavent, qui les avoit liez de foi à l'obéissance de l'Assemblée. Gela fit une estrange épreuve des courages par tout le roiaume, et contraignit quelquesuns de se jetter au périll de leurs frères plutôt que de tomber en la déloyauté.

Ceux qui ne gardèrent pas la foi de laquelle les Reformez faisoient jadis tant d'estime demeurèrent diversement mastinez en leurs maisons1.

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