D'après le Mercure francois, t. VIII, p. 431, un grand de
Entre les entreprises de ceste sorte fut celle de Caussade, faite par Balaguiers, gouverneur de Saint-Antonin. Les consuls de Gaussade lui aiant refusé l'assistance qu'il demandoit et s'estant renforcez de 1 ,500 hommes par la diligence du mareschal de Themines, ayans de plus retranché leur ville, par barricades, près à près, garnies d'artillerie et de fougades, attendirent les eschelles à planter près la porte du Temple, que mesme le Temple fut pris, et puis mirent le feu aux pièces, firent jouer 1 ,200 hommes de leur renfort. Ce fut aux entrepreneurs à sauter la muraille, et qui n'est pas chose commune se ralier et rasseurer, de façon qu'ils reprirent leur chemin et firent leur retraite à Saint- Antonin en combattant une lieue durant. Trois capitaines y moururent; Balaguiers et deux hommes de commandement furent prisonniers ; le meurtre presque pareil; Vaillac et Saint-Cire blessez.
Vignaux ne faillit pas Bourniquet, quoi que, en mesme temps de l'entreprise, Justaret, du régiment de Pybrac, y fit entrer sa compagnie. Geste place pourtant composa avec le duc d'Angoulesme, les Reformez remportants à Montauban non seulement leur équipage, mais les bleds qu'ils purent enlever4.
Une compagnie de Montauban, qui vouloit gagner Castres, s'estant relaissée dans un bois, fut contrainte par le froid d'y alumer du feu. Par là estans descouvert, le marquis d'Ambres eut loisir d'amasser les gar-
la Religion, « qui faisoit le neutre », c'est-à-dire Sully, « faisoit emplir les granges des bassecourts de ses chasteaux; ceux de Montauban alloient les prendre, les emmenoient et lui en tenoient bon compte de la vente dans Montauban ».
1. D'Aubigné continue de résumer le Mercure françois ou tout au moins de le suivre dans l'ordre donné aux faits.
nisons voisines et les communes. Peu se sauvèrent dans le résolu combat qu'ils attaquèrent au commencement, le reste tué, horsmis quarante prisonniers1.
Les chevaux légers au feu duc de Mayne et quelques autres râliez avec eux sous le capitaine Girard2 donnèrent l'amorce de quelques bœufs pris à ceux de Montauban; sur laquelle Vignaux estant sorti les mesla sans marchander à une lieue et demie de la ville, et, montant un jeune cheval, fut porté loin des siens et tué d'un coup de pistolet. Nonobstant sa mort, les Catholiques furent contraints à la retraitte.
Le duc de Sulli avoit dressé au port de Gadenac un fort pour avoir le passage de la rivière de Lot libre. Pibrac, assisté du comte d'Ayen et de plusieurs compagnies, aiant trié les siennes de chacune trente hommes, se résolut de l'emporter de haute lutte comme il fit à soleil levant, quelque defence que fissent ceux du dedans, jusques aux maisons et cabanes du fort, la courtine estant perdue : si bien qu'il falust jouer du pétard à quatre ou cinq endroits. De soixante hommes qui estaient dedans, quelque peu se sauva à la nage, d'autres se noyèrent; la perte fut presque pareille; on tua de sang froid quelques prisonniers, pour le regret que eurent les vainqueurs de la mort de Justaret3.
1. Le 23 janvier 1622. Cette compagnie, de 300 hommes, était en réalité licenciée par les consuls de Montauban. Voir Mercure francoîs, t. VIIÏ, p. 436.
2. « Girard, Périgourdin, cornette des chevau-légers du feu duc du Maine ». dit le Mercure francois, t. VIII, p. 438.
3. « Le duc de Sully mesme, qui estoit dans Cadenac pendant ce conflict, fit semblant de vouloir secourir ce fort, mais on ne vit paroistre qu'un seul batteau qui se retira à la haste » [Mercure francois, t. VIII, p. 437).
A peu de temps de là, les habitants de Nègrepelisse, ne pouvans plus suporter les instences et sur tout les forcements de leurs femmes et autres barbaries qu'exerçoit le régimen de Vaillac sur eux, ayans appelle quelques uns de leur voisins, se jettèrent sur ceste garnison, en tuèrent de quatre à cinq cents et les femmes en assommèrent leur part.
Il est temps de faire un tour vers les Pyrénées, où commandoit en Foix pour les Reformez le comte de Léran, qui, aiant commencé la guerre dez l'an passé et aiant en vain attaqué le fort des Alemans à demilieue de Pamiers1, où il fut bruslé, ne fut pas plutôt guéri, que le baron son filz retourna d'avec le duc de Rohan, auquel il a voit mené 500 hommes et impétré l'assistance de quelques compagnies des Sévènes; avec cela un canon et deux régimens, le comte aiant feint d'assiéger Montaut2, il attaqua Logarede3 qui lui fut rendue par composition. 11 emporta de force le fort des Alemans, où il avoit esté estropié. Il en fit autant à la Verniole4, nouvellement fortifiée contre lui. Après il attaque le mas Saint- Antonin, à la veue de Pamiers, et qui l'incommodoit fort : il l'eut par composition. Il avoit aussi assiégé Varilles5, aiant lors 3,500 hommes, où il avoit trouvé force dehors et petits retranchemens qu'il gagna avec perte des siens. Pilon, qu'il avoit
1. Ch.-l. d'arr. de l'Ariège. Le fort des Allemans est situé à l'est de cette ville.