Lectoure, ch.-l. darr. du Gers
3. Les îles de Riez, canton de Saint-Gilles, arr. des Sablesd'Olonne, sont une partie du marais vendéen. Les localités principales en sont Saint-Jean-de-Monts, La Barre-de-Monts, Saint-Gilles.
aquatique, avec la Barre-de-Mons1, se pouvoit défendre contre les forces royales. Ceste opinion, eschauffée du désir de maintenir la fortification de la Chaume2 (où ils avoient laissé six-vingt que blessez que malades) et, de plus, de contenter les Rochellois pour les bleds qu'ils avoient amassez et qu'ils espéroient leur faire tenir par mer, tout cela fît prendre la résolution de tourner virage vers Nantes, où le Roi l'avoit aussi tourné.
Il se présentoit d'abordée une autre dificulté, que, outre le peuple des isles, qui est grand et bien armé (ce que moi, qui escris, puis dire, pource que, alant assiéger Rié, ils me présentèrent hors de l'isle 1 ,800 arquebuziers et 600 piques, comme il est dit ailleurs3), le Bois de Kergois1, qui avoit changé de parti, leur avoit pratiqué quelques compagnies estrangères.
Il falut donc forcer ce logis avant que le défendre, et que les soldats y missent l'ordre dans le désordre qu'ils aportoient : car il falut forcer tous les retranchemens, notamment celui de Rié, où il falloit passer
1. Saint-Jean-de-Monts, ch.-l. de canton del'arr. des Sablesd'Olonne.
2. La Chaume, château situé dans une presqu'île formée par un étroit bras de mer au nord des Sables-d'Olonne.
3. Au chap. vu du livre XIV. « C'estoit pour les isles de Rié, où le peuple, souslevé par l'aide de quelques compagnies de Nantes, présenta le combat aux troupes du Roi, qui le refusèrent. Mais celui qui les commandoit, les ayant ralliées, attaqua le principal retranchement des liguez, et, l'ayant emporté, tout le reste du Poictou se ploya à l'obéyssance. » Ed. de Ruble, t. IX, p. 40.
4. De Rergroadaz, seigneur du Bois et de Kergroaz, en Bretagne.
dans l'eau, à la merci des mousquetades, et n'estoit pas aisé de persuader aux soldats de s'abstenir de piller après avoir beu ce périll ' .
Il y a trois actions que l'on peut appeller les chefsd'œuvre d'un capitaine2, et à quiconques s'en est aquité heureusement, c'est injustice de lui oster cest honorable nom : le premier est une retraitte avec combat à la barbe de forts et vaillans ennemis; le second, l'entrée dans une ville assiégée avec bon et heureux succez; le tiers est un logement fait à la veue d'un puissant ennemi, la truelle, comme on dit, en une main et l'espée en l'autre.
11 est certain que, si Soubize eust fait son dessein de sens froid, avec les commoditez de la mer et avec l'ordre qui s'est pratiqué en plusieurs endroits de Holande, et notammant à l'Isle, il estoit assez capitaine et ses soldats assez hasardeux pour entreprendre cest honorable coup.
Mais il faloit faire par dessein ce qui se fit là par
1. « En raesme temps; le Roy depescha aussi le sieur de Boiscargrois qui avoit une cognoissance particulière de ces pays maritimes du bas Poistou, afin de s'aller jetter dans l'isle de Rié pour avec les habitans en défendre l'entrée aux ennemis, ce qu'il fit, et asseura les habitans de Rié, qu'il trouva vouloir capituler avec le sieur de Soubise, de n'en rien faire, les asseurant que le Roy seroit dans deux jours à leur secours; ce qu'ayans creu, il faict à l'instant pointer deux petites pièces de fer, avec lesqueles il fit desloger le canon des ennemis... » Mercure françois, t. VIII, p. 599.
2. « Bien faire une retraite, dit d'Aubigné au chap. xv du livre V (éd. de Ruble, t. III, p. 106), et entrer dans une ville de près assiégée sont deux chefs d'œuvre du mestier de la guerre. » Il ajoute ici une troisième opération parmi celles qu'il considère comme les chefs-d'œuvre du capitaine.
nécessité. Car avant avoir reconnu la prise et pensé à la défense, le Roi part4 le lendemain de la prise de Rié, prend son logis à Vieillevigne2 et le jour suivant son quartier à Ghalans3. Il envoie le comte de la Rochefoucaut pour menaces du costé de Saint-Gilles avec les régimens de son frère4, de La Rinvile et de Saint- Vincent. Le mareschal de Vitri5, menant la teste avec quatorze compagnies des gardes, ceux du pays qui avoient quitté l'Isle lui servans de guides, gagna les Mons. Et le Roi, paré entre les deux au premier conquérant, accourut au maréchal de Vitri, à qui le prince de Gondé s'estoit joint.
La mer, qui montoit, arresta quelque temps le Roi de passer au reste des isles; mais aussi elle attiédit la résolution que les Reformez prenoient d'aler attaquer ceux qui estoient passé en l'isle de Mons. Quelques gens de cheval, aians veu de l'estonnement en leurs soldats, commencèrent à se desrober. Ge bruit semé parmi les compagnons, et quelques-uns d'eux aians veu les larmes aux yeux à un mareschal de camp au lieu du commandement qu'ils demandoient à la bouche, la foule se va jetter dedans des batteaux qu'ils espéroient faire flotter à la marée, mais elle n'aiant pu les soulever, et en mesme temps leurs ennemis à veue, tout fut au désespoir et à sauve-qui-peut. Soubize, avec la cava-
1. Le 12 avril, d'après le Mercure francois, t. VIII, p. 599.
2. Vieille-Vigne, cant. d'Aigrefeuille, arr. de Nantes, sur l'Ognon.