Henri-Aimery de Faudoas, seigneur de Seguenville
un bois, nommé la Gauterenque, et les plus pesants furent tuez en assez bon nombre. Et y en eût eu davantage sans l'avertissement que receut le duc que le siège se portoit mal.
C'est que le mesme jour, au lever du soleil, aians esté ouïes les charges du combat, selon l'ordre projette entre les assiégez, Lacicourt, Lentillac et Dariscon, se jettant dans les tranchées, tuent tout ce qui s'y trouve ; Morin pousse droit à la batterie : le grand front de piques et de mousquets qui y paroit estonne ceux qui le suivent, qui ne marchèrent pas de son train ; il ne se voit derrière soi que le jeune Lion, Barrière, Serri et deux autres. Avec cela, il engage la besongne. Le gros, qui défendoit l'artillerie, l'attend à la longueur de la pique. La résolution de ces six espouvante leurs ennemis et appelle leurs compagnons, donnent dans la fumée de la mousqueterie et à travers les piques. Lors la foule de la ville accourt, le canon est pris et emmené, les fuyards poursuivis jusques dans Garonne et ceux qui ne se vouloient point noier percez de mousquetades à bout touchant. Là fut un grand meurtre de ce qu'on avoit laissé du régimen de Picardie, où quelques capitaines demeurèrent, et entre autres Bonnueil, lieutenant-colonnel.
Ceux de la ville, voians que 200 hommes ne se défendoient pas contre vingt, suivans leur prospérité, poussent jusques à 800 pas de la ville, prenent une grange où il y avoit un magazin à armer 300 hommes. Les tentes et les logements furent pillez parles femmes. Enfin, ils esplanèrent les tranchées au loisir de trois heures; au bout desquelles le duc marcha pour les reconquester ; donna les enfans perdus à Pleinpoint et
au baron de Bellade, soutenus par le régimen de Ribeirac. Mais ils trouvèrent leurs postes tellement applanies, que les deux premiers y moururent, et autant d'hommes pour le moins que la sortie en avoit tué.
Gomme j'ai esté eurieux d'avoir les mémoires de ceux qui ont commandé dans l'armée du Roi, et notamment des maréchaux de camp, j'ai eu cestui-ci de Vignoles, qui ne se peut tenir d'en dire ce mot : Ceuxci se sont trouvez de la race de ces vieux huguenots, qui autrefois ont si bien défendus leurs places1. Et en cest endroit, il raconte comme il print l'infanterie du duc, fit ses attaques par petites troupes souvent rafraichies, fit donner d'un mesme temps à droite et à gauche et au milieu. Partout les assiégez se défendirent : le combat fut chaud et opiniastré six heures durant; sur le soir néanmoins ceux de la ville ne gardèrent que le logement qui estoit fait sur le demi-bastion, où l'on avoit accomodé un canon et une couleuvrine2. Ce dernier combat de la tranchée cousta au Roi 1 50 hommes et neuf capitaines, tuez sur la place. À la sortie ceux du dehors estimoient leur perte pareille, mais les assiégez doubloient la dose de toutes deux ; et presque tous en venoient à compenser le combat de la campagne avec cestuy-là . Vrai est que les Reformez n'avoient pas perdu des gens de l'estoffe de Cornusson, maréchal de camp et sénéchal de Tolose, d'Ambres3, aussi maréchal de camp, du vicomte de Montclair4, son neveu,