‹ Histoire universelle (volume 3)Chapitre 172 sur 224 · Lettre non connue · texte numérisé non relu

Lettre non connue

4. Jean-Charles Dupuy, seigneur de Roquetaillade, capitaine-châtelain de Compayré et Milhau.

De mesmes, à toutes les fois que le duc demandoit des hommes, il leva ou fît semblant de lever, esloigna ses trouppes des ennemis, les envoia gaster le pays le plus à conserver, ou bien, par diverses incommoditez, fit désirer aux capitaines qui n'estoient point de sa faction de rompre leurs compagnies, et à ceux qui estoient attachés à ses volontez leur fît faire cri de nation1, notamment à deux fois que le Conseil des provinces les voulut envoier vers le duc de Rohan, quoiqu'au para van t le mesme Conseil eust exigé serment de n'user plus de telles désobéissances.

Enfin, l'Assemblée du Languedoc eschauffée par le peuple à jetter les yeux à bon escient sur les actions de Chastillon, on mit sur le bureau, après les premières pertes que nous avons déduites, les endroits où il avoit laissé perdre les siens sous la mousquetade, comme à...

Le fait de Marguerites2, qui fut conduit par Giraudan, catholique, prisonnier à Mompelier et libéré par son autorité, sous couleur d'aller traiter avec le duc de Mommorenci pour le trafic et labourage, et, en la surprise de ce petit lieu, la mort de cent Réformez

1. Cette expression se retrouve dans une lettre d'A. d'Aubigné, t. I, p. 184 : « Faites justice pitoyable, hormis aux propos de lascheté, rébellion, cri de nation et trahison. » Elle signifie sans doute revendication des droits ou privilèges d'un corps, d'une province, d'un groupe.

2. Marguerittes, ch.-l. de cant. de Tarr. de Nîmes, à sept kilomètres au nord-est de cette ville. L'affaire à laquelle d'Aubigné fait allusion eut lieu le 1er juillet 1621. L'armée de Montmorency s'empara de cette petite place, où s'étaient retranchés 400 protestants, par surprise « un gentilhomme de M. Giraudan servant de guide », dit Malingre, p. 464. D'après lui, 90 soldats protestants moururent dans le combat.

esgorgez, et puis, aiant quatre mille hommes pour marcher et la reprendre par force, il tourna le dessein sur une métairie, pendant quoi il donna loisir et avis au duc de Mommorenci de faire déplacer de nuit ses hommes de Marguerites, qu'ils ne pouvoient tenir. On n'oublia pas de lui reprocher la perte de deux navires, équippez et chargez d'armes, amenez de Holande, tous deux perdus par le défaut de ceux que Ghastillon avoit envoie pour les conduire1. Et surtout l'Assemblée mit en évidence les ruses par lesquelles il traversa le secours de Montauban. Toutes ces choses et autres pareilles à craindre la contraignirent de désautoriser Ghastillon, et lui, de s'aller jetter en Aiguesmortes2, eschappant la prison qu'on lui préparoit, par les moyens qu'il tenoit toujours prêts, en se doutant de ce qu'il méritoit. Ceux de Mompelier, pensans le contraindre de rendre au parti Aiguesmortes, retindrent son filz et sa belle-mère, laquelle ils accusoient d'estre architecte du mesnage de son beau-filz3.

Le duc de Rohan, après avoir esté malmené de ce costé, n'eust pas moins de peines (lors qu'il fut nommé et confirmé général au département de Ghastillon, joinct au sien) à demesler les différends de l'Assemblée du cercle avec les villes, qui vouloient qu'elle rendist conte des deniers; ce qu'elle refusa, se main-

1. Voir le récit de la capture, à Cette, de l'un de ces vaisseaux hollandais, dans Malingre, p. 528.

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