‹ Histoire universelle (volume 3)Chapitre 186 sur 224 · Juin. En réalité, le 13 de ce mois · texte numérisé non relu

Juin. En réalité, le 13 de ce mois

détournèrent, parce que le duc de Retz1 y lut blessé2.

La première attaque fut entre deux cornes, où le régimen de Normandie se voulut loger; il y fut receu si rudement par toutes sortes de défenses, qu'avec grande perte il fallut abandonner ce morceau. Le régimen voulut le lendemain, comme il disoit, réparer cette honte; mais ce fut encore pis, car ils furent meslez par les soldats de la ville, et jusques aux femmes aidèrent à la tuerie.

Le Roi, irrité du spectacle, fit résoudre au 20 du mois, après quelques mines qui jouèrent, l'attaque générale par tous les endroits de la place, avec tous les régimens, à la teste desquels grande quantité de noblesse mit pied à terre. Dez le commencement, fut frappé à mort Laverdin3, et d'une mesme main, où donnèrent Vibray et Vaillac, et plus avant encore Navarre, se perdirent plus de 150 hommes : Paluau, maistre de camp4, un sergent maj ou r, trois capitaines,

1. Henri de Gondy (1590-1659), duc de Retz et de Beaupréau, fils de Charles de Gondy, marquis de Belle-Isle, et d'Antoinette d'Orléans-Longueville.

2. Cf. Mercure françois, t. VIII, p. 643 : « Il se voyoit dans ces montagnes depuis le matin jusques au soir plus de six mil personnes qui regardoient les attaques, le travail des assiégeans et celuy des assiégez, de là on pouvoit mesme veoir ce qui se faisoit dans la ville. Le Roi y alloit presque tous les jours, ce qui ne contentoit pas beaucoup ceux qui l'y voyoient, pour la fortune qu'il y couroit; car le duc de Retz y fut blessé d'une mousquetade au genouil, n'estant pas si proche du péril que Sa Majesté. »

3. Laverdin, capitaine au régiment de Piémont, sénéchal du Maine.

4. Henri de Baude, comte de Paluau, était mestre de camp du régiment de Navarre.

entre ceux-là Paillez1, presque tous les capitaines blessez.

De l'autre costé, Ghappes trouve moien d'entrer dans la corne par derrière. Le régimen des Gardes donna au petit ravelin. Les trois mareschaux de camp Arpajon, Senecé2 et Marillac3 donnèrent à la teste des chevaux légers par tous les endroits où les repoussez avoient besoin de réconfort. Il en demeura sur la place plus de vingt et, par tous les autres endroits, il y eut grand meurtre. Mais aussi, par le moien des commandemens, il y eut grande dissipation des assiégez. Tout estant demeuré en mauvais estât d'une part et d'autre, on poussa la batterie jusques aux ruines, où fut tué Bétancourt4. Et la nuit d'après, à force de petites mines, la contrescarpe fut esplanée. Lors, ceux de la ville ne voians plus moien de résister, n'ayans pas le tiers de leurs hommes en estât de combattre, ils vindrent au parlement, où ils envoièrent le consul Martin. Gestuici eut promesse de la vie pour induire les autres à se rendre à discrétion, laquelle estant acceptée, le Roi en lit pendre onze. La nuit d'après, ceux de Montauban, pour rendre quelque pareille de secours aux assiégez, y envoièrent Salze et Rousselière avec huitvingts hommes, lesquels, nesachanspoint la reddition, furent finement receus par les Catholiques, les pre-

1. Roger de Villemur, baron de Pailley, capitaine et sergentmajor au régiment de Normandie depuis 1621.

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