A l'ouest^de la place
assiégeans quatre-vingts, pour ce que le canon de la ville s'en mesla ; on envoia des tambours pour demander les morts, non sans vaines paroles d'une part et d'autre, qui ne sont pas de mon jeu.
Le 5 septembre avant jour, les assiégeans firent quitter le costeau Saint-Denys1 aux Réformez, puis à une petite sortie le quittèrent en désordre, et ceux de la ville commencèrent le fort nommé Saint-Denys, et apprirent la mort de Vie2, garde des sceaux, et de Zamet, tué d'un coup de fauconneau.
Il ne se passa rien, jusques au jeudi 8, que travail et quelques légères écarmouches indignes de récit. Ce jour-là, les assiégeans firent voir au matin trois retranchemens plus avancez que les gabions du clos Mignot, et cela à un jet de pierre de la ridotte, au-devant du bastion de Callonges. D'autre costé, devers les Carmes, dans les mazures de Boutonnet furent logées les premières pièces. A ceste nouveauté se fit une sortie par le capitaine Chalon, qui, avec soixante mousquets et vingt volontaires et une troupe préparée pour soutenir, donna aux deux premières barricades, bien défendues au commencement, puis emportées, et Deschamps qui commandoit dedans emmené prisonnier. Il y eut quelque soixante morts de ceux du dehors, mais les assiégez, parmi sept des leurs, y perdirent Meyrargues, Saint-Ravy, les capitaines La Pérille et Basque, ce dernier sergent -majour de Lerms. Ce travail, n'ayans esté que démoli et
1. La butte Saint-Denys, devant le bastion du même nom, au nord-est de la place.
2. Méry de Vie, seigneur d'Ermenonville, conseiller d'Etat, fait garde des sceaux le 24 décembre 1621, mourut à Pignan le 2 septembre 1622.
quitté, tut regagné et racommodé , la nuit d'après, par les assiégeans, qui firent ouir sur la soirée les premières eanonades. Sur ceste nouveauté, nous changerons de chapitre pour rendre conte de ce que l'armée du Roi fait ailleurs. Nous ajouterons seulement comment les coureurs de Nismes, aiants rencontré le vicelégat d'Avignon, qui aloit trouver le Roi par commandement du Pape pour lui offrir une entrée honnorable dans la ville et toute l'artillerie et les magasins, le prindrent en chemin et avec lui plusieurs seigneurs françois, personnes notables, qui estoient allé au-devant de lui. Le prisonnier se repentit de n'avoir voulu prendre pour son escorte une belle et grande compagnie de gensdarmes entretenue en Avignon et nommée La Pucelle.
Il couroit en ce temps-là parmi les gens de guene réformez une opinion nouvelle à ce parti : c'estoit qu'il f aloit surtout sauver l'honneur du roi. Sur ceste maxime, dans le cours de ceste guerre, les Réformez n'usèrent pas de tous leurs avantages. Une marque notable de cela fut que, pouvans tirer cent mille ducats de rançon de cette dernière prise, le respect du Roi, vers lequel le voyage se faisoit, leur fît renvoier le vicelégat sans rançon, et avec la courtoisie entière, de tout son équippage, de ses armes et de ses gens.