Sorèze, coram. du cant. de Dourgne, arr. de Castres
(Tarn).
au cul du secours, fit ferme à la mousqueterie des tranchées, jusques à ce qu'il eut veu les compagnons dans le fossé, quoiqu'il vid toute l'armée en bataille et preste à charger. Le capitaine Rey, à la teste des secourans, trouva premièrement quatre sentinelles qui tirèrent leur coup; il en tua une d'un coup de pique. Ces sentinelles estoient soutenus par quarante mousquetaires, qui firent place, aimans mieux tirer en flanc qu'en front; par là, les secourans entrèrent et les soutenans firent leur retraite à propos. Le duc fit pendre deux sergents pour n'avoir bien gardé leurs postes, et fit tirer une tranchée, des vignes du costé de Mourat à Saint-Gauzen1, pour couper le chemin des secours.
Les assiégez travaillèrent plus ardemment que de coutume à leur contremine, jusques à ce qu'ils jugèrent qu'il n'y avoit plus qu'un peu de terre entre les deux, et connurent que les assiégeans aloient sceler la leur, parce qu'ils virent porter du mortier rouge, qu'ils jugèrent bien pour estre ciment.
Les assiégez tindrent leurs hommes en bataille dez la nuict; mais se dispensèrent sur les onze heures d'aler disner, au poinct que la mine joua, qui enleva le boulevard, avec lui quinze ou seize soldats d'un et d'autre parti. Les assaillans, selon le précepte des mines, furent habiles à succéder, donnent dans le trouble, gagnent tout le reste du bastion et le couridor plus proche, et percent jusques au second retranchement. Mais le bruit aiant servi d'alarme, les capitaines de la garnison premiers, et les soldats après, se jettèrent si folement dans le périll qu'ils y firent demeurer
1. Saint-Gauzens, coram. du cant. de Graulhet, air. de Lavaur, au sud de Briatexte, dont elle est en réalité un faubourg.
ceux qui estoient armez plus pesamment. L'assaut, néanmoins, fut repris et dura jusques au soir, avec des fausses attaques pour faire jouer le canon contre ceux qui paroissoient, avec grand dommage des assiégez. Les canoniers, par leur diligence, firent éventer deux canons. Un grand orage, sur la soirée, fit cesser le combat.
A la minuict du samedi au dimanche, les assiégeans mirent le feu à leur gabionade; un peu après à leurs huttes, et au poind du jour se mirent en bataille pour marcher; laissèrent les corps morts sur la bresche qu'on avoit promis de leur rendre, et quantité de blessez et malades à la miséricorde des femmes, desquelles quelques-unes, pour avoir esté blessées au siège, en tuèrent. Si, en lieu du monde, ce sexe s'est guéri de la peur, c'a esté à Briteste, où, entre autres, on fait mémoire avec elles d'un enfant qui n'avoit pas achevé onze ans, lequel, avec une escoupette de sa portée, se trouva en toutes les occasions, aussi avancé que les plus mauvais garçons, et fut tué d'une mousquetade au dernier assaut.
Telle fut la fin du siège, après avoir duré un peu plus d'un mois, cousté seize cens coups de canon, dix-huit cens hommes à ceux du dehors et parmi ceux-là plusieurs de commandement; aux assiégez près de trois cens (avec quatorze officiers), de huit cens que la place s'est veue, et qu'à peine elle contenoit. Les désassiégez se mirent à la suitte de l'armée, avec soixante méchans chevaux, qu'ils avoient tant du commandement que des secours et en tuèrent plus qu'ils n'estoient.
Deux choses contraignirent le duc à lever le siège :
l'une, le commandement du Roi qui vouloit remplacer ce que les sorties et maladies avoient fait perdre à Mompelier; l'autre, l'estonnement de ces gens de guerre, qui protestoient ne vouloir plus aler aux assauts, et les assiégez qu'on avoit tant dédaignez au commencement, qu'au lieu des sommations acoutumées, ils n'avoient ouy parler que de potences et de cordeaux, ceux-là avoient haussé le caquet et devenoient plus fâcheux sur la fin. D'ailleurs, le marquis de Malauze, fortifié de cavalerie, rendoit les chemins de l'armée très dangereux. Les siens estoient fort ardens à entreprendre les secours, notamment Sézigny, esmeu particulièrement à la conservation de Faucon, capitaine de son régimen, et qui emporta la principale gloire du dedans.
Sur la fin du siège, le comte de Léran estoit venu joindre le marquis, n'aiant peu arriver plutôt, pour les occupations violentes qu'il avoit eu en Foix, et desquelles ce chapitre sera encores chargé.
C'est que le comte de Garmain, pressé par le parlement de Tolose, exécuta l'arrest de rasement donné sur les maisons du comte de Léran : comme Mirebal * , qui, n'estant pas équippée en guerre, fut enlevée de plein jour, les habitans tuez et la place brûlée. Le Peyrat2, mieux accomodé, renvoia les troupes, mais, l'armée estant formée et menant de l'artillerie, la place se défendit contre toute aparance, le canon la perçant d'une part à l'autre; on fit mourir la garnison et tous les habitans, et le tout mis en cendre, partie en ven-